Yaoundé : Déguerpissements à Nkolbikok

Pour redorer le visage de ce bidonville, une grande partie de ses riverains devra quitter les lieux.

Ce sera visiblement un cadeau de Noël pour les populations de Nkolbikok, un bidonville de Yaoundé. Des routes bitumées, de l’éclairage public, une desserte en eau potable, des logements décents, la construction d’un pont à l’exutoire du cours d’eau Edzoa Mballa… d’ici décembre 2015. Cette promesse leur a été faite par les responsables du Programme participatif d’amélioration du bidonville de Nkolbikok (Ppab) hier, à l’occasion du lancement de la troisième phase de ce projet. Mis en œuvre avec l’appui technique de l’Onu-Habitat et financé par l’Union européenne (Ue) et l’Etat du Cameroun, le Ppab vise à améliorer les conditions de vie des populations vivant dans cette zone recouverte en partie par le marécage. Ce projet devrait donc changer la physionomie des quartiers Melen 6, Melen 7 A, Melen 7B, Melen 9 et Nkolbikok II qui constituent cette zone.

Mais, sa mise en œuvre ne va pas sans dégâts. «Le changement engendre des douleurs. Que les gens acceptent qu’ils doivent partir s’ils sont sur les lignes concernées. On ne va pas les déguerpir, mais ils doivent partir», a martelé le ministre de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu), Jean Claude Mbwentchou, qui présidait la cérémonie. Un appel en somme aux populations situées sur les emprises concernées, à plier bagages. Et déjà, des grincements de dents se font entendre cà et là, bien qu’on reconnaisse le «côté salutaire» de ce projet. «Le projet est bon. Mais ce qui dérange, c’est qu’il faut partir. Mais pour où ?», se plaint Thérèse, une autochtone. «Je vis ici depuis 1969. J’ai tout investi dans ma maison. Maintenant, si on casse ou est-ce qu’il faut partir, va-t-on nous indemniser ?», se lamente Emmanuel Tchamanbe, un retraité.

Chèques

A ces interrogations, Emmanuel Ngnikam, le coordonnateur de Era-Cameroun, partenaire d’exécution de ce projet, répond qu’il est prévu «l’indemnisation pécuniaire et/ou en nature» des propriétaires fonciers, ainsi que le recasement des populations déplacées pendant les travaux. «Près de 98% des ménages (de cette zone) sont installés sans titres fonciers sur les parcelles qu’ils occupent», souligne-t-il par ailleurs. Une manière de dire que ces terrains sont occupés illégalement par les populations. «60% du tissu urbain au Cameroun est constitué d’habitats spontanés sous-structurés (…). Ce constat nous permet d’appréhender la mesure des défis que nous avons à relever et le chemin qu’il reste à parcourir pour réduire de façon significative la proportion des bidonvilles dans nos cités, et créer des espaces vitaux attrayants, attractifs et inclusifs», a déclaré Jean Claude Mbwentchou.

Le Ppab est pour le Cameroun «un véritable laboratoire en matière d’amélioration du visage des tissus humains anarchiques et lâches», a-t-il ajouté. En sus de Nkolbikok, deux autres quartiers précaires du pays bénéficient de ce programme : Afan Mabe (Kribi II) et Sisia (Bamenda III), a précisé Sipliant Takougang, le coordonateur du Programme de gouvernance urbaine (Pgu) au Minhdu. Cette année, le Ppab a financé sept projets identifiés et implémentés par les associations de quartiers. Des chèques ont ainsi été remis hier à sept associations concernées par le projet à Nkolbikok.