Urbanisme: la population, artiste de la ville

Les habitants de la cité économique s’impliquent dans les projets du Salon urbain de Douala

 

Réaliser des interventions artistiques, mais qui sont des débuts de solution à certains problèmes que rencontrent les habitants de la ville. C’est le but poursuivi par l’association Doual’art à travers le Salon urbain de Douala (Sud), dont la quatrième édition se tiendra dans quelques mois, en décembre 2017. Trois quartiers ont été choisis pour les interventions artistiques de cette année : Ndogpassi III, Makepe-Missoke et New Bell-Nganguè. Des quartiers qui, selon Aude Christel Mgba, commissaire d’exposition au centre d’art contemporain Doual’art, « doivent servir de modèles urbains ».
Et plus que jamais, notamment en raison du thème sur « la place de l’humain » qui interpelle, les Doualais sont impliqués dans la préparation de cette 4e édition. Ndogpassi III et Nganguè par exemple ont déjà accueilli des activités, en plus des différentes rencontres avec les riverains. Les jeunes ont été amenés à donner leur point de vue sur le thème. Tout comme cela a été demandé aux jeunes de trois établissements qui ont collaboré avec l’équipe du Sud depuis 2015, année où les préparatifs de l’édition 2017 ont été lancés : lycée technique de Koumassi, lycée bilingue de Bepanda, collège Saint-Michel.
Résultat des ateliers de dessin et de peinture, des fresques murales réalisées par les élèves avec l’aide d’artistes. En plus de cela, New Bell a de son côté accueilli l’exposition documentaire itinérante « Kamerunstadt ». Ceci afin de questionner les habitants de la ville sur « quelque chose qui nous rassemble autour d’une identité commune, l’identité camerounaise », comme l’a expliqué Nadège Ngouegni, médiatrice socioculturelle à Doual’art.
Du côté de Makepe-Missoke où Doual’art est associé à un projet de développement durable par son partenaire, la Cud, les repérages et les discussions avec les riverains ont commencé. Comme le prévoit la démarche de Doual’art. Il s’agit d’aller à la rencontre de la population, d’identifier ses besoins, de voir ce qu’elle-même a déjà entrepris pour améliorer les conditions de vie dans le quartier, de recueillir les différentes suggestions.

 

Parole à

 

Nadège Ngouegni: « Une démarche participative »

Médiatrice socio-culturelle à Doual’art

Comment les habitants des différents quartiers accueillent-ils les projets que vous leur présentez ?
C’est à bras ouverts qu’ils accueillent ces projets, parce que Doual’art ne les leur impose pas. Nous sommes dans une démarche participative. Nous connaissons les problèmes de la ville, nous recueillons les besoins des habitants. Et du fait que les populations sont impliquées dans les démarches du début jusqu’à la fin d’un projet, quand le résultat est là, elles ne peuvent que se l’approprier. Par populations, il faut entendre leurs représentants qui sont les comités de développement, les associations dans les quartiers, les chefferies, etc. Et les œuvres que Doual’art réalise concourent à la mobilisation, la rencontre, au dialogue, à la convivialité.
Pourquoi cette année, plus que lors des autres éditions, vous vous êtes autant intéressé aux jeunes ?
C’est la cible principale dans notre démarche, parce qu’on s’est rendu compte qu’ils n’ont pas toujours droit à la parole. Et pire encore, ils sont très souvent instrumentalisés dans les questions politiques. Du coup, le droit qu’on leur brandit chaque fois, c’est celui de manifester, de faire grève, etc. Mais on ne leur dit pas qu’eux aussi ont le droit d’émettre des idées, de dire ce qui serait bien pour eux ou alors de poser un regard critique sur leur société. Donc dans les quartiers, on forme les jeunes à être des tribuns, à pouvoir accueillir des spectacles, à pouvoir accueillir des visiteurs et pouvoir présenter leur quartier, à pouvoir eux-mêmes être des acteurs culturels. Pour le mini-Sud qui a eu lieu du 6 au 11 février dernier, nous avons décidé de donner officiellement la parole à la jeunesse, parce que nous sommes conscients qu’elle a beaucoup de choses à dire.