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UN PREFET CHARGE LES CARGOS A DOUALA

UN PREFET CHARGE LES CARGOS A DOUALA

Sensationnel ! Tel est le mot pour décrire l’action initiée depuis hier dans la ville de Douala par le Préfet de Douala V. Environ une centaine de cargos arrêtés et conduits en fourrière. Pour une première sortie, le chiffre est plutôt impressionnant, sensationnel. Sensationnel est aussi l’action en elle-même. Tape à l’œil, foireuse, question plutôt que réponse, problème bien plus que solution.

Les cargos sont ces véhicules qui arpentent chaque jour les rues qui servent de routes à Douala, afin de servir des passagers qui se recrutent pour la plupart dans la basse classe. Celle qui ne peut s’offrir un taxi sans que le ménage, et le ventre n’en souffre. L’oreille de l’affamé du cargo écoute et pense pour son ventre. L’oreille qui écoute et suit le ronflement du cargo se demande, si prendre un taxi serait la meilleure option : « que feras-tu après ? ». Le désir de prendre un taxi est vite évacué par la réalité des difficultés futures pour la journée.

Le cargo c’est l’impasse, l’impossible qui est bien camerounais cette-fois. L’impossibilité de faire autrement diront tous les passagers dont on ne fait plus la différence avec les sacs qui les remplacent sur les sièges, les assiègent parfois dans ces engins devenus des « cercueils à moteur » pour reprendre J.J Zé dans son 20h.

Au client qui veut parfois économiser un argent qu’il n’a pas, se substitue le désir du chauffeur qui n’est pas toujours propriétaire de se faire le max de bénéfices en faisant le plus de tours possible. De la course on passe au rallye. Le cargo est une affaire de calcul, de stratégie. Mais stratégie et calcul, ils ne sont pas les seuls à l’avoir ou à ne pas l’avoir. Le gouvernement aussi.

Le cargo de Kondi, aux encablures de Ndokoti et PK8, qui a laissé presqu’une dizaine de morts dans ce qui apparemment semble être un cours d’eau sous l’invasion des bouteilles, ordures diverses, et hautes herbes, a sonné la fin de la récréation. La récréation d’un jeu qui pourtant a commencé devant les autorités, d’un jeu qui se faisait chaque jour à leur nez. On accuse aujourd’hui ces reliques de défectueux. Les cargos sont les vestiges de la civilisation automobile qui pourtant, trouvent toujours le moyen d’arriver au Cameroun. On est le pays du non-choix. « On a le choix ? ». Comme on ne l’a pas, on prend tout ce qui nous tombe sur la tête comme ces cargos parachutés qui ne passent jamais certainement vers le port. Les cargos sont « sans-papiers », comme beaucoup de camerounais et d’africains ailleurs. On inverse juste les rôles.

Mais tandis que les « sans-papiers » camerounais sont traqués, chassés, « tués aux frontières et que nos autorités gardent le silence, ici on laisse tout passer, on laisse passer les cargos « sans-papiers ». Mais ce laisser-aller à un prix à payer. On a pensé au départ que le seul prix à payer c’est celui que du bureau de transport en passant par les collecteurs de taxes et d’impôts, jusqu’aux policiers on pouvait prélever. Mais il y avait un autre prix.  Les nombreuses vies : celles des passagers qui finissaient sous un gros porteur, celles des conducteurs de moto qui se font accrocher et arracher à la vie, celles des piétons distraits ou embouteillés sur des routes trop petites pour contenir, tout ce beau monde qui court chaque jour après la vie, avant de se voir conduire à la tombe.

Les cargos sont là depuis, les morts qui vont avec aussi. Rarement réflexion a été bien menée à leur sujet. Comme toujours une solution à la va-vite est prise. Comme ce ministre qui en son temps interdisait le transport de nuit sur l’axe Yaoundé-Bafoussam, comme celui qui aujourd’hui ferme les auto-écoles « clandestines » après avoir évoqué la mise en place des permis à point ; comme celui qui attend la rentrée pour faire fermer lui aussi les écoles « clandestines » ; comme celui qui a interdit les écrans à tube cathodique, les sacs plastiques. Tout au pays est clandestin, y compris ses habitants. Le Cameroun c’est « le front ». Chacun fait ce qu’il veut, décide comme il veut. Le plus important étant de s’en sortir, de sauver sa tête.

Et, arrêter les cargos fait partie de ces décisions superfétatoires ayant pour but de « sauver sa tête ». Le même cours d’eau demeure, toujours dans les mêmes conditions, à savoir : l’absence de balise, de garde-fou, de drainage, etc. Si ce n’est pas un cargo, ce sera un taxi, une moto, un homme, ou n’importe quelle véhicule y compris celui du préfet, du gouverneur, du président ou de-je-ne-sais-qui. Non bien sûr qu’on se trompe, cela ne peut leur arriver. À leur passage on fait libérer la voie.

Mettre la charrue avant les bœufs. C’est ainsi que l’on peut qualifier la politique globale de ce pays. Du sommet qui décide de la création d’une académie supérieure de foot sans définir le contour des enseignements et leur finalité, à ces valets de ministre qui interviennent toujours comme ces policiers des films hollywoodiens ou nos pompiers, après coup. Evidemment, le système LMD est aujourd’hui en marche et pourtant on l’a mis en place sans trop définir son fonctionnement. Mais aussi les tracteurs d’Ebolowa plutôt que d’arracher les herbes pour faire place aux plantes, sont envahis par ces herbes.

Quelles sont les solutions de rechange proposées à la mise hors circulation des cargos lorsqu’on sait que l’augmentation du prix du carburant a entraîné l’augmentation du prix du taxi que la plupart de ces infortunés ne peut s’offrir tous les jours ? Socatur, peut-être. Mais combien de bus possède cette société ? Dans quel état sont ses bus actuels ? Comme les torches flambantes, un bus de socatur brûle au moins une fois par an et personne n’a pour autant fermé ses portes.
Sans faire dans le sensationnel à notre tour, nous dénonçons la précipitation qui précède la plupart des décisions politiques, les impasses vers lesquelles elles conduisent. Penser une solution concertée avec les différents acteurs du transport, des communes et de la communauté permettrait à chacun de prendre ses responsabilités, et à éviter l’évènementiel qu’on veut faire des problèmes.

 

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