Travaux Publics: Victime de son incompétence, le Ministre des Travux Publics doit également faire face aux coups bas de la primature et de la présidence

En sa qualité d’Ingénieur de l’Etat dans tout ce qui touche aux travaux publics au Cameroun suite à une récente réforme initié par le Premier ministère, le Ministère des travaux publics (Mintp) à travers le chef de ce département ministériel, Patrice Amba Salla, était sur le terrain dans la région du Sud ce lundi 04 mai 2015.

Le Mintp a visité le chantier de construction de la route Sangmélima-Bikoula qui marque le pas sur place. Le tronçon de 65 kilomètre, faisant partie du projet d’aménagement transfrontalier Sangmélima-Djoun-Mintom-Ouesso au Congo Brazzaville n’en est qu’à un taux de réalisation de 23,68%, près de 03 ans après son démarrage et en dépit de la période contractuelle signée avec l’entreprise Iranienne adjudicataire du marché Kayson Inc, délai arrivé à expiration depuis le mois d’Avril 2015.

Les engins sont visibles sur le site du chantier, mais pas le moindre kilomètre de route.

En dépit des explications maladroites données par Patrice Amba Salla face à la presse le 05 mai 2015 pour justifier l’injustifiable, la raison majeure de ce fiasco parmi tant d’autres au sein de ce même ministère et au sein même du gouvernement Biya reste la corruption endémique qui a plongé l’univers camerounais des marchés publics dans un état de putréfaction si avancé que les scandales et l’incompétence n’attirent plus l’attention.

Le Cameroun est un pays bilingue. On y parle le français, et l’anglais. De plus, de nombreuses entreprises ont par le passé fait leur preuve dans les délais sans trop de bavures ; à l’instar celles ayant assuré la construction du palais des sports ou du palais des congrès de Yaoundé, idem pour l’échangeur de Nlongkak dans la même ville.

Pourtant des camerounais ont trouvé sous le prétexte fallacieux de « l’offre la moins disante », le moyen de confier le marché de construction de la route Sangmelima-Bikoula à une entreprise Iranienne ; une entreprise dont le Mintp reconnaît dans sa sortie médiatique, que « Ce n’est pas le fait du propriétaire du projet, ni de l’Etat du Cameroun. Le problème se situe au niveau de la nationalité des responsables de l’entreprise ». En tant qu’entreprise iranienne, et l’Iran appartenant à une communauté économique précise, les fonds destinés au paiement de l’entreprise suivent, selon le maître d’ouvrage, un long circuit avant de parvenir dans les comptes de l’entreprise ». C’est là un aveu de l’incompétence, de la corruption ou du sabotage de la part de toutes les personnes qui ont piloté ce dossier et qui auraient dû effectuer toutes les vérifications avant même de valider le dossier de Kayson Inc.

Le Ministre des travaux publics (Mintp) achève de scier la branche sur laquelle il est assis en qualité de membre du gouvernement, en reconnaissant au sujet de l’indemnisation des riverains pas encore effective jusqu’ici, que « l’argent est déjà disponible ». Seulement, « nous attendons le décret d’indemnisation. J’ai d’ailleurs ouvert une discussion au Premier ministère afin que les bases de l’indemnisation soient réactualisées. Lorsque le décret sera signé, les indemnisations vont débute ».

Une sortie qui amène à se poser la question de savoir pourquoi effectué une avance de démarrage au prestataire Kayson Inc, alors que les conditions les plus élémentaires pour démarrer les travaux n’étaient pas réunies à savoir l’indemnisation des riverains concernés et « le déplacement d’habitations, de sépultures et l’organisation de funérailles » ? Ironie du sort, le mot démarrage est un peu excessif dans la mesure où en 03 ans, l’Iranien Kayson Inc n’est pas parvenu à poser le moindre mètre de bitume. Entre temps, les fonctionnaires camerounais qui ont favorisé l’arrivé de cet entrepreneur incompétent doivent jouir du fruit de leur avidité doublée d’une corruption maladive.

Mais la déclaration du Mintp rappelle aussi le phénomène grandissant en passe de devenir ce qu’on pourrait mieux exprimer en anglais par « the best project killer » au Cameroun, à savoir cette propension légendaire qu’ont les fonctionnaires du Premier ministère et de la présidence de la république à bloquer les dossiers, du plus insignifiants s’il y en a, au plus important.

Le plus gros mal du malade Cameroun à l’heure actuelle s’avère donc être la primature et la présidence de la république du Cameroun (Prc), où des projets aussi importants soient-ils, peuvent être montés en 30 jours mais attendre 30 jours durant une signature pour quitter les bureaux de ces deux hauts lieux de la république où certains ennemis de la patrie tire le Cameroun vers le bas chaque jour.

Le Mintp a en fin de compte une grande part de responsabilité dans le piétinement observé dans l’exécution des chantiers relevant de sa compétence au Cameroun, car au lieu d’entendre un ministre dire que « La manière de travailler des membres de l’entreprise n’est pas usuelle. Ils prennent des décisions sans l’autorisation de la mission de contrôle et du propriétaire du projet. Ce n’est pas acceptable » comme l’a fait Patrice Amba Salla au sujet de l’entreprise Kayson Inc ; les camerounais ont tout à fait le droit, une fois n’est pas coutume d’entendre un ministre prononcée une phrase quasi impossible dans notre pays du genre « Nous sommes heureux d’inaugurer aujourd’hui cet ouvrage X dont la réalisation a finalement mis  Y nombre de mois en moins, par rapport au délai initialement arrêté avec le prestataire Z ».