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TCHAD :: BOKO HARAM : TRÈS RUDES COMBATS

TCHAD :: BOKO HARAM : TRÈS RUDES COMBATS

Le Tchad mène actuellement au Nigeria une grande offensive terrestre contre les islamistes de Boko Haram, lesquels ont encore fait 40 morts, hier, dans une série d’attaques dans le nord-est du pays. Point de départ de l’opération tchadienne, Fotokol n’a pas été épargnée par les horreurs. Reportage dans cette ville camerounaise frontalière du Nigeria.

Un pick-up Toyota chargé de soldats ouvre la piste avec un immense drapeau du Tchad bleu, jaune, rouge qui flotte derrière la cabine. À l’arrière, la tête coiffée d’un chèche et les jambes qui pendent dans le vide, les combattants semblent se moquer du nuage de poussière qu’ils soulèvent en traversant Fotokol, la sous-préfecture du Nord-Cameroun, aux trois quarts déserte depuis l’attaque surprise de Boko Haram.

Suit un camion-citerne flambant neuf couleur camouflage, escorté par un blindé, et un autre 4×4 armé d’un canon à tir rapide de 14,5 mm. Le convoi qui vient de N’Djamena, distant d’une centaine de kilomètres, vient ravitailler le millier de soldats tchadiens qui sont rentrés au Nigeria pour neutraliser, ou tout au moins repousser, les groupes de Boko Haram qui harcèlent le Cameroun, le Tchad et le Niger voisin. La grande bataille a été la prise du pont qui enjambe l’Elbeid, la rivière asséchée qui marque la frontière entre le nord du Cameroun et l’État du Borno, situé au nord de la République Fédérale du Nigeria.

Les civils fusillés ou égorgés

Aujourd’hui, le gros des troupes tchadiennes, composé de vieux grognards fidèles et de jeunes guerriers Zagawas, la tribu du président Idriss Deby, occupent Gamburu, la ville nigériane qui s’étend sur l’autre rive où flottait, jusqu’au début du mois, le drapeau noir des fanatiques Boko Haram. C’est de là qu’ils tiraient des obus sur le Cameroun. La semaine dernière, les combattants de Boko Haram ont réussi à se faufiler dans Fotokol. À l’heure de prière du Fajr, la première des cinq prières quotidiennes pour les musulmans. Dans la première mosquée, ils ont abattu les 22 fidèles présents d’une balle dans la tête.

Un autre groupe en a exécuté d’autres dans une autre petite mosquée avant d’égorger l’imam, à leurs yeux un collaborateur de la République et de ses institutions qu’ils exècrent et veulent remplacer par un califat qui ramènerait la région à des siècles en arrière. À chaque rencontre, ils égorgent les passants ou les abattent d’une rafale de kalachnikov. Les combats sont rudes. Carcasses de camions de voitures et de blindés jonchent les rues ensablées.

Des zones de non droit

Depuis, l’armée camerounaise a installé un poste derrière un remblai de terre et un fossé de deux mètres de profondeur pour se protéger des assauts de Boko Haram dont les assaillants ont récupéré des blindés, des armes lourdes, des munitions et des moyens de transmission pris à l’armée nigériane qui, terrorisée, a détalé sans combattre. Au point qu’aujourd’hui, tout le nord-est du Nigeria, surtout l’État du Borno, peuplé de 4,5 millions d’habitants, est devenu une zone de non droit où règne Boko Haram. Vêtus de treillis noirs, les BIR, les commandos des Brigades d’intervention rapides camerounais, entraînés par des officiers israéliens, sont postés derrière des sacs de sable sur le pont, le doigt sur la détente de leur fusil-mitrailleur pour ne pas se faire surprendre par les hordes islamistes qui attaquent, à plusieurs centaines, aux cris d’« Allah Akbar » (« Dieu est grand »), sans peur de se faire hacher par la mitraille pour devenir martyrs, et monter au paradis.

 

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