Séjour privé du président : les incidents de Genève vus par la presse Suisse

La presse suisse a suivi et relayé la manifestation des Camerounais de la diaspora samedi dernier.

La manifestation des Camerounais de la diaspora, prévue le week-end dernier à Genève a mobilisé quelques centaines de personnes, selon diverses sources : “Ce samedi à la mi-journée, la manifestation camerounaise a tourné à l’affrontement avec la police dans le quartier des Nations. Réunis sur la place, quelques centaines de Camerounais (250 selon la police, soit bien loin des 5000 personnes attendues) étaient venus de différents pays (Suisse, France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni) pour protester contre la présence en Suisse du président Paul Biya”, note Tribune de Genève, quotidien suisse francophone fondé en 1879 dont le tirage avoisine 56 333 exemplaires.

Le Temps, quotidien suisse édité à Lausanne, le seul généraliste francophone de dimension nationale en Suisse fondé le 18 mars 1998 dont le tirage en 2013 atteignait 39716 exemplaires, souligne les heurts entre manifestants et force de l’ordre : “Les forces de Tordre ont sorti la tonne-pompe et fait usage de gaz lacrymogènes, a constaté un photographe de Keystone-ATS sur place. Quelques heurts ont eu lieu entre les pro Biya et les opposants. Les manifestants se trouvent à mi-chemin entre la Place des Nations et l’hôtel Intercontinental. De nombreux policiers, pour la plupart en tenue antiémeute, avaient pris place autour du luxueux hôtel où séjourne le chef de l’Etat, âgé de 86 ans, avant la manifestation d’opposants dénonçant son régime.”

Les routes ont été fermées

L’Agence France presse (Afp) dont la dépêche a été reprise par les quotidiens 20 minutes et 24 heures précise que “La police a fait un premier barrage avec des lacrymogènes et des canons à eau. Il a été forcé par les manifestants qui se sont retrouvés face à un deuxième rideau d’eau et de gaz, à mi-chemin entre la Place des Nations et l’hôtel Intercontinental. Les routes ont été fermées dans le secteur de la place des Nations. Les polices vaudoise et neu-châteloise étaient présentes en renfort.”

Selon-Tribune de Genève, “l’intention des manifestants était de rejoindre l’Hôtel Intercontinental, situé un peu plus haut, pour clamer leur colère devant le palace. Ceia n’a pas été possible. Venue en nombre, la police a bloqué la route de Ferney pour empêcher tout passage. Dès 13h30, elle a lancé à plusieurs reprises des gaz . lacrymogènes contre les manifestants et utilisé la tonne-pompe, afin de les disperser. Plusieurs personnes ont ressenti des brûlures aux yeux et à la gorge, dont les photographe et journaliste de la “Tribune de Genève”.

Le quotidien suisse ajoute que “Cette répression a surpris et choqué les Camerounais” citant quelques manifestants: « Nous sommes venus les mains nues manifester pacifiquement et la Suisse nous envoie des gaz! C’est inacceptable, disent-ils. La Suisse se fait complice I», rapporte la Tribune de Genève citant des manifestants.Arrivé de Paris, Henri, 55 ans, interrogé par le quotidien suisse n’en revient pas: «Nous sommes reconnaissants à la Suisse de nous laisser manifester, car dans notre pays, on nous tire dessus. Mais il est plus que choquant d’employer les gaz. Est-ce qu’on est armés? Tout ce que nous voulons, c’est aller devant l’intercontinental. La police aurait pu nous encadrer tout en nous laissant manifester…»

D’autres témoignages recueillis par Tribune de Genève dépeignent un pays exsangue : «Chez nous, il n’y a pas d’eau, pas de routes, pas d’hôpitaux, les gens meurent!», s’exclame Lylian, 34 ans, venue de Milan pour manifester. «On a l’impression que la Suisse est complice, enchaîne Fulbert Tent, enseignant au Royaume-Uni La moindre des choses qu’elle aurait dû faire est de dire à Paul Biya qu’il n’était pas le bienvenu.» Les messages des manifestants ont particulièrement ciblé le chef de l’État : «Paul Biya responsable no 1 de l’immigration en Europe», a lu l’Atp sur des pancartes.

Gaz lacrymogènes

Selon le porte-parole de la police genevoise, Sylvain Guillaume-Gentil, cité par Afp, “certaines personnes ont été incommodées, mais personne n’a été hospitalisé. A cause de la chaleur, quelques manifestants ont eu des malaises passagers. En fin d’après-midi, ils n’étaient plus que 30 à 50 personnes à manifester calmement”, précise-t-il. Le porte parole de la police s’est défendu de l’accusation de riposte disproportionnée : «Mes collègues n’ont pas eu cette impression, répond Silvain Guillaume-Gentil. Les manifestants sont venus au contact. Quand la présence de policiers en tenue antiémeute ne suffit pas, il faut utiliser des moyens de contrainte.» Le porte-parole précise à Tribune de Genève que l’usage des gaz lacrymogènes reste «bien sur rare à Genève. A ma connaissance, la dernière fois, c’était pendant le G8, en 2003. »

Le policier répond que «les directives étaient claires»: les opposants avaient reçu l’autorisation de manifester à la Place des Nations, pas devant l’Hôtel Intercontinental. Cependant, «des partisans de Paul Biya ont pu manifester à l’avenue de Budé, car ils avaient demandé et obtenu cette autorisation».

Le porte-parole précise enfin: «Notre mission consiste à empêcher les déprédations et les violences physiques tout en permettant à chacun de s’exprimer librement. Aujourd’hui, il y avait un risque très important de frictions entre les pro et les anti Paul Biya. Le matin, ils se provoquaient et s’invectivaient. Il a fallu une vigilance de tous les instants pour empêcher des heurts. Nous voulions absolument éviter la confrontation entre ces deux groupes. Si vous devez passez l’après-midi à éviter que les uns et les autres se fondent dessus, ce n’est pas gé-rable. Par ailleurs, nous avons une responsabilité envers un visiteur étranger. La visite de Monsieur Biya a beau être privée, cela ne change rien. Il reste un chef d’Etat. Enfin, on ne peut pas admettre que l’Hô-tel Intercontinental soit envahi par 200 personnes et qu’il y ait de la casse. »

La police de Genève a indiqué qu’elle s’attendait à une «importante» mobilisation, qui ne serait pas autorisée à approcher à moins de 500 m de l’hôtel de Paul Biya. L’établissement était aussi protégé samedi par des membres du service de. sécurité du président camerounais. Mardi, des affrontements avaient opposés sa garde à des manifestants, jusque dans le hall de l’hôte!.