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SÉCURITÉ DE L’ETAT : QUAND AMADOU ALI PARLAIT DE GUERANDI À PAUL BIYA

SÉCURITÉ DE L’ETAT : QUAND AMADOU ALI PARLAIT DE GUERANDI À PAUL BIYA

En mars 2012, le vice-Premier ministre chargé des Relations avec les Assemblées envoie une note au chef de l’Etat, dans laquelle il évoque un projet de déstabilisation mené par l’ancien putschiste avec le soutien des Etats occidentaux et les membres du G11 emprisonné à Kondengui.

Si on en croit Amadou Ali, le Cameroun l’a échappé belle. Dans une « note spéciale » adressée au président de la République le 7 mars 2012, le vice-Premier ministre en charge des Relations avec les Assemblées fait valoir ses talents de sécurocrate. Il informe Paul Biya que : « Avant, pendant et après l’élection présidentielle du 9 octobre 2011, des afro-américains d’origine camerounaise ont été infiltrés dans notre pays pour essayer de provoquer des mouvements de contestations devant aboutir à des soulèvements. » Selon Amadou Ali, ces mouvements étaient coordonnés par un « certain Alama Alexander d’origine camerounaise (département de la Mvila). »

L’ancien Mindef indique dans sa « note spéciale » que Alexander Olama a « travaillé sur les candidats originaires de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sans réussir à les convaincre de provoquer du désordre. » Amadou Ali révèle au président de la République qu’Alexander Olama a rencontré clandestinement et à plusieurs reprises certains hauts dirigeants du clergé catholique anglophone dont le cardinal Christian Tumi. La suite de la correspondance est bien plus intéressante au regard du contexte actuel marqué par la disparition de l’ancien putschiste Guerandi Mbara, réfugié au Burkina Faso depuis le coup d’Etat manqué du 6 avril 1984.

UN GROUPE NOMMÉ RÉVOLUTION CAMEROUNAISE

Amadou Ali confie à Paul Biya qu’à la suite de l’échec d’instrumentalisation des leaders de l’opposition pendant la présidentielle de 2011, « une organisation méthodique semble se mettre en place, notamment sous le nom de « Cameroon revolution » ou la « Révolution camerounaise » dont l’inspirateur, l’organisateur et le financier semble être l’ancien capitaine Guerandi Mbara ». Dans sa « note spéciale », le fils de Kolofata indique au passage que Guerandi Mbara est un proche de Blaise Compaoré dont ce dernier s’est servi dans son coup d’Etat contre Thomas Sankara et dans la déstabilisation des pays voisins, notamment le Liberia et la Côte d’Ivoire.

Envoyée à Paul Biya en mars 2012, seulement trois mois après la présidentielle, la « note spéciale » d’Amadou Ali est une petite bombe. L’homme parle d’un dispositif qui a été mis en place par Guerandi Mbara au Nigeria, au Niger, au Cameroun, au Tchad et en République centrafricaine pour atteindre son objectif, renverser Paul Biya par l’intermédiaire de la rue. La mission des cellules ainsi réparties en Afrique centrale et de l’Ouest est d’«organiser des systèmes de cache d’armes et de munitions et de recruter des combattants. »

Le vice-Premier ministre affirme avoir obtenu des contacts qui lui ont permis de reconstituer les éléments-clé du réseau mis en place. Au Cameroun, Amadou Ali identifie les personnes contactées, dont certaines sont connues. Par exemple le député SDF, Jean Michel Nintcheu, le maire SDF de Douala IVème John Kumasi, ou encore Mahamat Ndjidda. A Ngaoundéré, la cellule est constituée, selon Amadou Ali, de Karim Garba Boulama, homme d’affaires et ancien colonel tchadien à la retraite. Le commerçant Adoum est indexé par Amadou Ali comme le point focal à Maroua et Mahamat Sanoussi à Kousséri. Les tentacules du réseau identifié par Amadou Ali sont étendus jusqu’en RCA, où Robert Tonjum, ancien capitaine de l’armée centrafricaine, avait été chargé de construire sur la frontière camerounaise des magasins de dépôt de bois dont la vraie fonction était de servir de cache d’armes et de munitions.

LA FILIÈRE AQMI

Au Nigeria, la note adressée au chef de l’Etat avait a repéré Ismaël Abdel Aziz, installé à Maïduguri et présenté comme le coordonnateur du dispositif de Guerandi Mbara. Selon les informations d’Amadou Ali, c’est lui qui organise les attentats au nom de Boko Haram au Nigeria. « L’intéressé a déjà fait des incursions de reconnaissance au Cameroun », indique la « note spéciale ». Deux autres pays abritaient une cellule Guerandi : le Niger, avec Kalil, identifié comme l’intermédiaire entre l’Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique) et Boko Haram, deux sectes islamistes. Et le Tchad, avec le général, Masrane, toujours en activité dans l’armée tchadienne, et le général Alain Mbaïomdenande Dionadji, chef d’état-major déchu.

Après cette identification du réseau mise en place par Guerandi Mbara pour renverser le pouvoir de Paul Biya, Amadou Ali aborde la question du financement. Il révèle au Président que « le financement dont bénéficie Guerandi proviendrait à la fois de certains Etats occidentaux via leurs ONG spécialisées dans le financement de la subversion et des membres du groupe dit G11 détenus à la prison de Kondengui. » Ces deux groupes auraient mis à disposition des « moyens financiers considérables. » Selon le rapport de l’ancien Mindef, les bailleurs de fonds seraient devenus impatients, demandant que soient organisées des émeutes avec au moins cinq morts pour provoquer l’instabilité pouvant justifier une intervention extérieure.

ACCUSATIONS PEU ÉTAYÉES

Le vice-Premier ministre invite le chef de l’Etat a procédé aux recoupements de ces informations par les services spécialisés, mais avec une extrême précaution. Et pour cause : « Le capitaine Guerandi se vante en effet qu’il a déjà suffisamment infiltré nos forces de sécurité pour que le moment venu il puisse activer ses partisans en leur sein », affirme Amadou Ali. Au moment de cette « note spéciale », qui a pour objet « au sujet de la question de sécurité régionale et nationale », Amadou Ali ne s’occupe plus des questions de sécurité depuis bien longtemps, puisqu’il est cidevant vice-Premier ministre en charge de la Justice puis en charge des relations avec les Assemblées.

Pourtant on découvre que dès les émeutes de la faim de février 2008 et bien plus tard, Amadou Ali a « eu à suivre avec les encouragements de la très haute hiérarchie, les questions liées à la sécurité dans les régions Afrique centrale et de l’Ouest ». En tout cas, c’est ce qu’il indique à l’entame de sa note. On apprendra aussi que pour cette oeuvre, Amadou Ali a eu recours à des correspondants avec « qui [il a] travaillé pendant la période de ses activités professionnelles au sein des forces de sécurité. » Le sécurocrate ne dort ni ne sommeille.

Deux ans après cette fameuse « note spéciale », aucun coup de force n’a été mené, aucun soulèvement n’a eu lieu et Guerandi Mbara est porté disparu. On ignore si le lanceur d’alerte Amadou Ali a, grâce à son rapport, permis de désamorcer toutes les actions prétendument en cours. De plus, le vice-PM reste discret sur la nationalité des pays occidentaux qu’il évoque dans son texte comme étant les bailleurs de fonds de l’opération. Tout comme il étaye peu les accusations portées contre certaines personnalités camerounaises, comme Jean Michel Nintcheu ou les supposés membres du groupe fictif G11.

En revanche, avant, pendant et après la présidentielle de 2011 plusieurs informations de déstabilisation du Cameroun avant circulé, obligeant le gouvernement à des mesures de circonstance.

 

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