Robert Alain Lipothy: Le soldat contre l’émigration

Après avoir tenté d’intégrer clandestinement l’Espagne, il est revenu au pays pour sensibiliser contre ce phénomène.

« Les drames sur la Méditerranée il y a quelques temps nous ont beaucoup affecté. Parce que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont morts alors même que c’est cela que notre association cherche à éviter », indique Robert Alain Lipothy. Après les récents naufrages de navires sur la Méditerranée qui ont mis le monde entier en émoi, l’Association des Rapatriés et de lutte contre l’émigration clandestine du Cameroun (Arecc), dont ce jeune est le président a fait le tour de plus d’une dizaine de médias. Il s’agissait d’une sensibilisation des populations sur les dangers de l’émigration clandestine avec pour cible principale, la jeunesse « Nous avons constaté que 70 à 80% de jeunes veulent émigrer pour des raisons de manque d’emploi au pays, de mauvaise conditions de vie. Je tiens donc à leur demander de ne pas miser sur l’émigration clandestine, de rester au pays et de travailler

dur pour mériter son pain quotidien », conseille le jeune avant de poursuivre.
« N’investissez pas vos économies pour une aventure sans issue. Il ne sert à rien de quitter le pays pour vivre par la suite comme un animal.» Telle est la principale recommandation d’Alain Robert Lipothy dans ses campagnes de sensibilisation contre la migration clandestine. Il y a près de dix ans, celui qui est aujourd’hui le président de l’Association des rapatriés et de lutte contre l’émigration clandestine du Cameroun (Arecc) n’aurait pourtant jamais tenu ce genre de langage.
C’est en 2006 que cet ancien étudiant en électrotechnique décide de quitter le pays pour l’Espagne. Il espère y trouver du travail et envoyer beaucoup d’argent à sa famille. Bien que nanti d’un passeport, il empruntera la voie terrestre pour atteindre son présumé eldorado. Il dispose de quelques millions Cfa d’économies. Robert Alain Lipothy part du Cameroun par les villes de Yaoundé, Douala, Kumba et Mamfe avant de se retrouver à Ekok, localité frontalière avec le Nigeria. Il traverse ce pays, se retrouve au Niger, en Algérie et au Maroc.

Viols
La centaine d’aventuriers qui constitue son groupe bravera, au cours de son périple, des agressions physiques, des assassinats, des conflits intercommunautaires, voire des viols. « Durant ce voyage, de nombreuses femmes étaient sexuellement abusées par des arabes qui faisaient irruption dans le désert, ou encore par des personnes faisant partie du convoi», raconte-t-il, le regard dans le vide. Plusieurs femmes auront ainsi enfanté dans des conditions inhumaines, et de nombreux voyageurs ont trouvé la mort durant le trajet. « Dans la traversée du désert du Sahara, nous découvrions, avec beaucoup d’effroi, des ossements humains ou encore des restes de dépouilles déchiquetées par des charognards», poursuit-il.
A Tamanrasset, ville marocaine frontalière de Melilla, en Espagne, Robert Alain Lipothy et ses compères vivent retranchés dans des grottes ou encore dans des taudis. Ils ont peur de sortir et de se faire prendre par la police. Ces sans-papiers sont ainsi contraints de passer plusieurs semaines sans prendre un bain. Ils vivent de métiers aussi dégradants les uns que les autres, et se retrouvent souvent contraints de voler du bétail pour survivre. La vie d’aventurier n’aura décidément pas réussi à M. Lipothy, qui est à six reprises pris par la police marocaine et refoulé à Ouchda, à des centaines de kilomètres de Tamanrasset d’où il sera par la suite rapatrié au Cameroun, sans avoir atteint l’Espagne rêvée et après plusieurs mois de calvaire.