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RÉTROSPECTIVE 2014 : LE CAMEROUN SUR LES FRONTS DE GUERRE

RÉTROSPECTIVE 2014 : LE CAMEROUN SUR LES FRONTS DE GUERRE

2014 a été une année de guerres. Coincée entre les rebelles centrafricains à l’Est et des assaillants aux frontières septentrionales, l’armée nationale compte ses points.

Le 31 décembre 2013, le père Vandenbeusch, curé de la paroisse de Nguetchewe enlevé quelques semaines plus tôt, était libéré. Ses ravisseurs dans une déclaration transmise par des canaux à la fois flous et suspects, indiquaient qu’ils avaient remis le prélat en liberté, « par compassion ». On était alors la veille du nouvel an 2014. De quoi susciter un espoir sur le front septentrional marqué en 2013 par des enlèvements d’expatriés dont les sept membres de la famille Moulin-Fournier. La compassion des preneurs d’otage n’a finalement duré que le temps d’une déclaration de circonstance.

En effet, le 5 avril 2014, dans la nuit, deux prêtres italiens, Giampaolo Marta et Gianantonio Allegri, ainsi que la religieuse canadienne Gilberte Bussier, tous de la paroisse catholique de Tchéré à l’Extrême-Nord, ont été enlevés à leur tour. Parallèlement aux enlèvements, les auteurs des rapts procédaient au harcèlement des positions militaires camerounaises le long de la frontière. Le commandement militaire restait muet en même temps que la communication du ministère de la Défense avançait la thèse d’une « menace asymétrique », orchestrée par des hommes armés qui attaquent et replient sur leurs bases. Le chef de l’Etat, Paul Biya, affirme quant à lui que les assaillants viennent dans la nuit, au moment où nos soldats dorment.

Cette sortie du président de la République traduisait en réalité une méprise de la situation réelle sur le terrain tout comme elle indiquait que des informations contradictoires, les unes moins fondées que les autres en rajoutaient à la confusion. Mais pour le haut commandement militaire, rien à craindre, la situation est sous contrôle. Mais le 17 mai 2014, la base d’une entreprise chinoise de construction est attaquée. Les assaillants en grand nombre n’ont pas eu de peine à s’emparer de 20 tonnes d’explosifs et du matériel roulant, après avoir tué un soldats et blessé un autre. 10 ressortissants chinois sont pris en otage sur ce coup.

Le camp habituellement tenu par une trentaine de soldat avait été dégarni en raison du défilé militaire du 20 mai. L’on épiloguait encore sur les conditions rocambolesque d’une telle attaque lorsque, le 27 juillet, des dizaines d’assaillants ont envahi la localité de Kolofata faisant au moins 17 morts et enlevant une quinzaine de personnes dont l’épouse du vice-premier ministre, Amadou Ali, et le maire de la ville. Lorsque survient cet incident, le chef de l’Etat, contrairement aux rapports circonstanciés établis depuis huit mois par la hiérarchie militaire, conclut à une défaillance du dispositif militaire sur le terrain.

Conséquence de ce manquement, les chefs militaires en zone, dont le commandant de la troisième région militaire, sont remerciés. De nouveaux responsables sont nommés. Pour le ministre de la Défense, les nouveaux chefs sont appelés à réussir, sinon ce sont eux qui disparaîtront. Le 11 octobre 2014, les 17 otages de Kolofata, ainsi que les 10 Chinois enlevés à Waza ont été libérés. Kidnappés sur des sites différents, les captifs ont été regroupés avant l’aboutissement des négociations. Finie alors l’angoisse des familles. Mais ces incidents n’ont pas été élucidés à ce jour. Dans son allocution à la suite des libérations, le président Biya a juste rappelé les conditions difficiles dans lesquelles ils se battent, avant de louer la bravoure des forces de sécurité.

Bilan lourd

Chaque jour qui passe, les Camerounais sont rassurés par les nouvelles qui viennent du front. A ce jour, on compterait plus de 1100 membres de Boko Haram tués par l’armée camerounaise, si on n’assistait pas à une communication de guerre émaillée de contre-vérités et de maladresses stratégiques. La « guerre asymétrique » imposée à l’imaginaire collectif a établi, au fil des mois, une « symétrie » dont la toile de fond est la mutation permanente en tactique et en stratégie. Le bilan humain côté camerounais est lourd. Un officier supérieur des forces armées nationales parle d’un bilan « plus lourd que celui des années du maquis upéciste et du coup d’’Etat de 1984 ».

Pour cet officier qui est au fait des opérations en cours à l’Extrême-Nord, « au temps du maquis, on pouvait parler de deux morts tous les trois ou six mois, pas plus ». Réaction contraire d’un autre officier supérieur en poste à Garoua, « il ne faut pas confondre d’époque et de guerre ». Toujours est-il que pour les seules journées des 28, 29 et 30 décembre 2014, les forces camerounaises ont enregistré plus de dix morts.

Passés les enlèvements et les opérations de harcèlement des positions militaires camerounaises au front, les assaillants poussent à une guerre totale, avec objectifs politique et territoriale. Le principal signe de la visée est la présence d’un drapeau ennemi en sol camerounais, hissé le 28 décembre non loin d’Amchide. L’autre indicateur de la logique de progression et d’occupation territoriale des assaillants c’est la pose des mines antipersonnelles. Pour le commandement militaire, c’est la grande inconnue de cette guerre imposée aux forces camerounaises.

Les assaillants rendent périlleux tout mouvement militaire au sol, tout renfort de troupes, le ravitaillement et les apports logistiques. Il reste l’appui aérien que les forces au combat appellent de tous leurs voeux. Hier mardi, un responsable militaire assurait que des moyens aériens importants allaient être déployés bientôt. La fissure sécuritaire septentrionale a relégué au second plan la menace qui vient de la frontière-est. Les rebus de la crise centrafricaine, les bandes armées incontrôlées ou encore les fidèles de plusieurs soustraitants rebelles dont le groupe d’Abdoulaye Miskine libéré récemment par Yaoundé en échange de plusieurs otages, continuent de surgir au gré des calculs politico-militaires.

Bien sûr, sans objectifs militaires sur le Cameroun. Au Nord comme à l’Est, les militaires camerounais ont l’expérience et le courage qu’il faut pour gagner. En plus, le soutien populaire est acquis, surtout dans la vérité des faits d’arme. Restent les moyens à mobiliser pour la victoire sur tous les fronts.

 

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