Retour à Alger

ALGÉRIE • L’Algérie est un acteur incontournable de la lutte antiterroriste, relève Richard Labévière. Il importe que la Suisse, comme d’autres pays, participe aux efforts de stabilisation de ce pays, «vital pour l’ensemble de la région sahélo-saharienne».

De 1988 à 1998, l’Algérie a dû faire face à une vague de violences terroristes sans précédent. Rares sont les familles algériennes qui n’ont pas à déplorer victime(s) ou disparu(s) durant cette «décennie noire». A l’époque, ce pays méditerranéen majeur, l’un des trois grands du continent africain, n’a pas reçu beaucoup de soutiens internationaux et a dû faire face à la violence terroriste dans une quasi-solitude avec ses propres moyens. Pire, au plus fort de ces années sombres, une clique d’idéologues parisiens lançaient la campagne du «Qui-tue-qui?» laissant entendre que les autorités algériennes étaient elles-mêmes responsables et l’unique responsable des tueries… jetant le plus lourd discrédit sur l’armée et les autres appareils d’Etat du pays. Cette machinerie a fait des dégâts considérables, non seulement en France, aux Etats-Unis et en Suisse…

Avec le temps, criminologues, historiens, anthropologues et autres praticiens de terrain ont pu tordre le cou à cette campagne de désinformation, infligeant une deuxième mort insultante à l’ensemble des victimes d’un terrorisme qui décapitait déjà au nom de la restauration du Califat… Aujourd’hui, face à Nosra, Dae’ch, Boko-Haram, aux Shebab somaliens et autres héritiers des GIA (Groupes islamiques armés) algériens en Syrie, en Irak, au Nigéria et dans d’autres pays de la bande sahélo-saharienne, plusieurs capitales occidentales rendent désormais hommage à la lutte antiterroriste et aux initiatives diplomatiques menées par Alger.
Ainsi, ce pays connaît, depuis quelque temps, un certain retour en grâce. «En effet que se serait-il passé si l’Algérie s’était alors effondrée comme la Libye ou l’Irak d’aujourd’hui?», souligne un officier français de renseignement, «la Méditerranée serait devenue un véritable champ de bataille, rendant ingérables des flux migratoires face auxquels l’Union européenne a déjà tellement de mal à apporter des réponses minimales…»

Le même constat vient d’être dressé par le président du Conseil des Etats, Claude Hêche, dernièrement en visite officielle à Alger. Ce dernier plaide très clairement pour une meilleure prise de conscience du rôle essentiel de l’Algérie pour la stabilité de la région et la lutte contre le terrorisme. Il préconise également des échanges entre les deux pays pour la formation professionnelle duale. Incontournable au Mali, en Libye et en Tunisie pour son rôle dans la lutte contre le terrorisme et dans ses efforts de pacification, «l’Algérie mérite d’être soutenue plus ouvertement par la Suisse», a estimé Claude Hêche à l’issue de son voyage de quatre jours. Il a plaidé pour que la Suisse participe pleinement à la prochaine conférence internationale mise sur pied par Alger pour traquer le financement de la terreur.

«Avec sa connaissance approfondie de toutes les communautés et ethnies de la région, l’Algérie se révèle toujours plus un acteur déterminant de la sécurité en Europe «, a ajouté le président du Conseil des Etats, qui a eu des contacts intensifs non seulement avec son homologue Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation, mais aussi avec le Premier ministre Abdelmalek Sellal et les ministres de la Formation professionnelle et des Affaires maghrébines et africaines.

«La Suisse a tendance à sous-estimer le rôle de l’Algérie pour la stabilité non seulement de la région méditerranéenne, mais aussi de l’Europe, en particulier francophone. Car l’Algérie, elle-même confrontée à des années de plomb et de sang dans la guerre intérieure menée contre les groupes terroristes, joue un rôle-clé dans la stabilité», a insisté Claude Hêche, qui a plaidé pour une intensification des relations bilatérales. Non seulement en matière de renseignement, mais aussi en matière économique. Il a beaucoup insisté, selon le quotidien algérien El Moudjahid1, sur une reprise des négociations en vue d’un accord de libre-échange entre les pays de l’AELE et l’Algérie.

«Dans un pays qui reste très marqué par son passé colonial français et où seule la voie universitaire est considérée comme prometteuse, le ministre de la Formation, Noureddine Bedoui, a été très intéressé par le modèle de formation professionnelle suisse. Mais cela exige du pays un véritable changement culturel», a conclu le président du Conseil des Etats. Alors que l’émigration vers l’Europe tente toujours plus de jeunes Algériens, il importe que la Suisse et d’autres participent aux efforts de stabilisation de ce pays, vital pour l’ensemble de la région sahélo-saharienne.

Faire retour en Algérie? Même «Thalassa» –?l’émission phare de la chaîne française de télévision France?3?– vient de lui consacrer une belle émission: une Algérie tournée vers la mer –?avec ses 1600?kilomètres de côtes?–, une Algérie tournée vers l’avenir… Mais pour être durables, solides et productifs, les retours doivent être sincères, complets et réciproques…