Recensement général de la population: Et si l’afflux de réfugiés faussait les données?

Le flux d’étrangers en provenance de la Rca et du Nigéria vivant hors des sites pourrait être un obstacle pour le quatrième recensement général de la population et de l’Habitat.

Au 30 août 2015, le Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés et le Ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd) dénombraient des dizaines de milliers de réfugiés accueillis au Cameroun. Concrètement les populations centrafricaines présentes dans les sites de refugiés  se chiffraient alors à 251 232 personnes reparties dans 5 régions du pays. Il s’agit principalement de l’Est, de  l’Adamaoua, du Nord. On dénombre ainsi, 162 293 refugiés à l’Est, près de 60.000 dans l’Adamaoua, plus de 4000 dans le nord.  Le «reste disséminé de manière diffuse dans les zones frontalières et les autres régions du pays», selon les conclusions du 6ème comité interministériel Ad hoc chargé de la gestion des situations d’urgences concernant les refugiés au Cameroun. Au total donc, 70 221 réfugiés vivent dans les camps et 65073 hors desdits camps.

Outre les populations centrafricaines, le Cameroun se veut une terre d’accueil pour des réfugiés  d’origine nigériane ayant fui les exactions de la secte Boko haram. Toujours selon les chiffres du Hcr datant de ce 30 août, environ 58 000 Nigérians sont installés au Cameroun. Dans la région de l’Extrême-nord, il s’agit concrètement de plus de 45 000 dans le site de réfugiés de Minawao et son extension à Gawar, et plus de 10 000 hors des sites. L’insécurité principalement dans cette partie du pays a conduit au déplacement de 100 000 Camerounais repartis notamment dans les départements du Logone et Chari, du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Diamaré.

De fausses identités

Ces données sont toutefois flouées par la présence de réfugiés non enregistrés dans les camps. En effet, pour la majorité des gestionnaires des sites de la région de l’Est et de l’Adamaoua, les chiffres actuels sont erronés du fait de l’arrivée quotidienne de réfugiés, de la présence de personnes non enregistrées dans les camps, dans les villes et villages. Ce dernier point pourrait dès lors avoir un impact sur le quatrième recensement général de la population et de l’habitat.

En effet le futur recensement annoncé par le président de la République devra se heurter à la  présence non enregistrée de milliers de refugiés sur l’étendue du territoire national. L’on sait par exemple que des réseaux d’accueil et d’insertion de ces derniers notamment dans la région du nord prolifèrent. Des étrangers qui bénéficient souvent au-delà de cet accueil, des documents d’identité camerounaise, notamment la Carte nationale d’identité. Des documents issus de réseaux de faussaires tels que celui démantelé à Kari au Nigeria, il y a quelques mois. L’opération avait détecté plus de 60 000 fausses cartes de séjour et CNI. Ce genre de réseau devrait fausser les chiffres des populations, notamment dans les régions de l’Extrême nord, du Nord, de l’Adamaoua et de l’Est. Des populations qui se chiffraient en juillet 2015, à  1 200 970 individus dans l’Adamaoua, 2 442 578 dans le Nord, 835 642 dans la région de l’Est et 3 993 007 dans l’Extrême nord, selon des estimations du Bureau central de recensement et d’Etude de la population au Cameroun (Bucrep).

Ben Christy Moudio

Encadré

Des données du Minatd
Réfugiés nigérians dans la Région de l’Extrême nord
81693 personnes déplacées internes
57 581 réfugiés nigérians  vérifiés et préenregistrés par le HCR depuis mai 2013.
44 889 réfugiés vivants au camp de Minawao
58.000 réfugiés nigérians dans la région de l’Extrême nord.
Financement
62 799 052 USD requis par les agences et les partenaires pour couvrir l’ensemble des besoins dans le cadre du « refugee response plan ».

45% seulement ayant un financement

Réfugiés centrafricains

251 232 réfugiés repartis dans les régions de  l’Est,  de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême nord.

70221 réfugiés vivent dans des sites.
65 073 vivent en dehors des sites.
5989 enregistrés à Douala et Yaoundé.
Financement
145,304,541 USD requis par les Agences des nations unies et les ONG pour couvrir l’ensemble des besoins.
30% seulement ayant un financement.
Déplacés internes
Estimés à 100.000 à ce jour et repartis dans les départements du Logone et Chari, du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Diamaré.
Populations hôtes touchées
Près de 1.000.000 dans une trentaine de communes des régions de l’Est,  de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-nord.