A QUELQUES SEMAINES DU VERDICT…ME LYDIENNE EYOUM SE LIVRE A UN GRAND DEBALLAGE

A QUELQUES SEMAINES DU VERDICT…ME LYDIENNE EYOUM SE LIVRE A UN GRAND DEBALLAGE

Dans une lettre ouverte publiée la veille de l’audience du 7 août dernier, l’avocate franco-camerounaise relate que les autorités judiciaires et policières qui l’ont entendu puis inculpé et incarcéré ont dit n’avoir rien à lui reprocher mais subissaient des pressions venues d’en haut pour le faire.

Pour Me Lydienne Eyoum, son arrestation en janvier 2010 pour « détournements de deniers publics »est consécutive à des pressions venues de certains pontes du régime. C’est du moins l’impression qui se dégage après avoir parcouru ce message de l’avocate franco-camerounaise publié la veille du 7 août dernier, jour de l’audience au Tribunal criminel spécial (Tcs) consacrée aux plaidoiries de ses avocats. Les faits décrits dans cette lettre, si ils sont avérés, achèveront de convaincre sur le degré de caporalisation des institutions judiciaires au Cameroun par le pouvoir exécutif, du moins par certains d’entre ceux qui l’incarnent.

En effet, ce message de l’avocate franco-camerounaise publié sur la page facebook du « Groupe de soutien à Me Lydienne Eyoum » relate les conditions dans lesquelles elle a été interrogée, interpellée puis incarcérée. A l’en croire, c’est sous pression que les gendarmes du secrétariat d’Etat à la défense (Sed) l’ont entendu dans l’affaire pour laquelle elle se retrouve devant le Tcs :

« En 2006 au Secrétariat d’État à la Défense (SED),  ils m’ont dit à la fin de leur enquête de rentrer chez moi, qu’ils avaient fait leur enquête sérieusement et qu’ils n’avaient rien à me reprocher bien que certaines pressions se soient manifestées pour qu’ils me mettent en état d’arrestation ».raconte l’avocate.

« Nous avons les mains liées »

Deux ans plus tard, appelé à déposer de nouveau devant les fins limiers du Sed, Me Eyoum se souvient les avoir entendu lui dire « Maître rentrez chez vous. Nous n’avons rien à vous reprocher. Mais nos conclusions dans ce sens ont été corrigées au bic rouge » relate la franco-camerounaise qui poursuit son récit de ce qu’elle a entendu : « Et nous ne sommes que de simples fonctionnaires. Nous sommes cependant convaincus qu’aucun juge ne retiendra nos conclusions contre vous, c’est votre maison, vous saurez vous défendre » a déclaré, d’après elle, le gendarme chargé de l’enquête préliminaire. L’avocate dit avoir été interpellée le 8 janvier 2010 par « par une armée de forces spéciales de police » et « sans aucun mandat de justice ».

A en croire Me Lydienne Eyoum, cette pression n’a pas épargné le parquet du Tribunal de Grande Instance de Yaoundé. D’après son récit, après son arrestation, elle et ses co-accusés ont été présentés au procureur de la République près le Tgi de Yaoundé. Ce dernier  lui aurait tendu le mandat de dépôt « presqu’en [la] suppliant de signer » et lui aurait dit « Nous avons les mains liés ….on verra tout ça le matin il est tard ».

Craignant que cette inféodation du judicaire par le politique ne perdure, Me Lydienne Eyoum souhaite que lors du prononcé du verdict  de cette affaire, qui « pourrait être clôturé en septembre », les « juges aient les mains libres et [lui] disent: cette fois nous vous rendons définitivement votre liberté ».

Akame Mfoumou et Amadou Ali, « geôliers » de Me Eyoum?

Lors de l’audience du 7 août dernier au Tcs, Me Yondo Black, conseil de Me Lydienne Yen Eyoum, a ouvertement accusé deux proches collaborateurs de Paul Biya, à savoir l’ancien ministre des Finances, Edouard Akame Mfoumou et le Vice-premier Ministre, ministre chargé des relations avec les Assemblées, Amadou Ali, ministre de la Justice à l’époque des faits. Est-ce de ces autorités que venaient les pressions décrites plus haut par Me Eyoum ? Difficile de faire une telle conclusion de façon péremptoire.

Rappelons que ces deux proches collaborateurs du président camerounais, Paul Biya était au centre du scandale « des écoutes téléphoniques » qui a éclaté en 1997. Ce dernier a révélé le déploiement par ces deux hauts responsables du « rouleau compresseur » qui avait pour objectif de maintenir indéfiniment  l’ex-ministre Titus Edzoa et l’homme d’affaire français Michel Thierry Atangana. Ces derniers ont bénéficié de la grâce présidentielle en février dernier après presque 17 ans de prison.

Me Lydienne Eyoum et ses co-accusés dont l’ancien ministre des Finances, Polycarpe Abah Abah, sont accusés d’avoir courant 2004 détourné et participé au détournement de la somme de plus d’un milliards de F Cfa représentant une partie du montant retenu par la Société générale de banque au Cameroun (Sgbc) et qui était destiné à la liquidation de l’ex-Office national camerounais des produits de base (Oncpb). D’après l’accusation, l’avocate franco-camerounaise, mandatée par le ministère des Finances (tutelle de l’Oncpb) pour aller recouvrer ces fonds à l’issue d’une décision de justice favorable à l’Etat du Cameroun, aurait gardé dans son compte personnel cet argent plutôt que de le faire dans son compte bancaire d’avocat.

D’après ce qui ressort des plaidoiries des conseils de Me Eyoum le 7 août dernier, seul l’Ordre des avocats était compétent pour trancher ce problème et non un tribunal pénal. Ils ont par ailleurs soutenu que l’argent viré dans son compte n’était pas des deniers publics mais ce qui représentait ses honoraires et d’autres frais inhérents à la procédure judiciaire à l’issue de laquelle l’Etat du Cameroun a eu gain de cause face à la Sgbc.

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