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QUAND LA PAROLE D’UNE ICÔNE SE BANALISE

QUAND LA PAROLE D’UNE ICÔNE SE BANALISE

Le Cameroun est certainement l’un des pays au monde où l’espérance de vie des sélectionneurs sur le banc de touche est la plus courte. Entre la Coupe du monde foireuse de 2010 en Afrique du Sud et celle calamiteuse de 2014 au Brésil, quatre sélectionneurs ont été utilisés et chaque fois sacrifiés à la moindre contre-performance. Est-il encore besoin de dire le désastre qu’une telle instabilité chronique sur le banc de touche peut causer aux Lions Indomptables qui manquent de plus en plus d’âme et de philosophie de jeu ?

Toujours est-il qu’ils ont décidé de remettre ça depuis l’élimination du Cameroun au premier tour de la Can 2015 en Guinée Equatoriale. La tête de Volker Finke est désormais réclamée. Il a été désigné comme le coupable de la déconvenue équato-guinéenne et doit en payer le prix. Têtu comme une mule, on lui reproche ses choix tactiques et son entêtement à ne pas aligner Clinton Njié, le nouveau chouchou de certains supporters des Lions Indomptables à la recherche absolue d’un héros de substitution à Samuel Eto’o Fils.

Parmi les justiciers, un certain Roger Milla, 63 ans, icône du football camerounais. Le vieux Lion n’a pas attendu l’échec à la Can pour déverser sa bile sur Finke. Il a sonné l’hallali contre l’Allemand dès son arrivée au Cameroun. Quelques heures avant l’élimination des Lions Indomptables, Milla s’exprimait sur les antennes de Canal 2 et d’autres médias avec une rare acrimonie contre le technicien. Quelques extraits font fureur sur les réseaux sociaux et autres sites Internet.

« Finke a des problèmes avec tout son staff. On lui a dit que c’est lui le grand patron, mais je suis désolé les Camerounais ne peuvent plus accepter des choses comme ça » ; « Si Samuel Eto’o avait été là, il aurait filé 3 ou 4 buts et on gagnait le match » ; « Cela se voit que depuis 25 ans, il [Finke] n´a pas mis les pieds dans un stade de football. Son dernier club qu´il a entrainé, c´était Fribourg, il y a 800 ans de cela », etc.

Difficile de se souvenir d’un sélectionneur des Lions Indomptables qui trouve grâce aux yeux de Roger Milla. On a encore en mémoire le rôle qu’il joua dans l’éviction incompréhensible de Pierre le Chantre  qui venait de remporter avec les Lions Indomptables la Can de 2000 au Nigéria. On peut également  citer Paul Le Guen, Denis Lavagne, Javier Clemente, etc. qui gardent tous un mauvais souvenir du plus illustre des footballeurs camerounais.

Seul Jean-Paul Akono a jusqu’à présent bénéficié de son soutien et les malheurs de Volker Finke viennent précisément de ce qu’il a remplacé le protégé de Milla sur le banc de touche du Cameroun. Personne ne doute de l’amour de Roger Milla pour la sélection nationale du Cameroun dont il a contribué à lui donner ses lettres de noblesse. Mais cet amour, qui peut parfois prendre les traits d’une véritable passion, le rend excessif. L’ambassadeur itinérant a tellement multiplié des sorties intempestives que sa parole ne vaut plus son pesant d’or. Elle a été banalisée au point qu’il n’est plus désormais consulté que sur la forme. « Cause toujours », semble-t-on désormais lui dire dans les plus hautes sphères de décision de la République.

Il en est de Roger Milla comme de beaucoup d’autres « anciennes gloires ». Elles ont rendu de grands services au football camerounais et le pays leur sera éternellement reconnaissant. Est-ce pour autant qu’elles ont la science du football infuse ? N’est-il pas temps de promouvoir d’autres anciens Lions, plus conciliants, modérés et moins clivant que certains de 1990 ?

 

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