Quand Boko Haram réconcilie les deux frères ennemis

Le président nigérian, Muhammadu Buhari, est en visite aujourd’hui même, chez son voisin camerounais, Paul Biya.

Une visite annoncée depuis son accession au pouvoir, et qui survient à un moment où le contexte sous-régional est marqué par la recrudescence des attentats-suicides de la secte islamiste Boko Haram, dans les deux pays. On se rappelle qu’au lendemain de son investiture, le 29 mai dernier, le président Buhari s’était rendu au Niger et au Tchad, deux pays confrontés comme le sien, aux attaques meurtrières des fous d’Allah. Mais si le nouveau président a voulu, à travers sa première sortie, annoncer la couleur en affirmant sa détermination à combattre par tous les moyens la nébuleuse, il est à noter que cette même sortie n’a pas manqué de susciter des interrogations chez bien des observateurs. Pourquoi a-t-il réservé sa première sortie officielle au Niger et au Tchad, alors que le Cameroun combat bien avant ces deux Etats, Boko Haram ? Certains même n’ont pas manqué d’y voir un lien

avec le climat politique tendu entre les deux pays.
On sait, en effet, qu’Abuja et Yaoundé ne filent pas le parfait amour depuis l’affaire de la presqu’île de Bakassi qui a mis à mal les relations de bon voisinage entre les deux voisins. Un désamour que du reste, la présidence de Goodluck Jonathan n’a rien fait pour arranger. Bref, Buhari a décidé de tourner cette mauvaise page en appliquant tout simplement l’adage selon lequel « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Et il était grand temps pour cela, car cette relation difficile risquait de compromettre sérieusement toute chance de venir à bout de la bande à Abubakar Shekau. Dommage que le prédécesseur de Buhari n’ait pas apprécié la situation avec la même hauteur de vue. Aujourd’hui, aussi bien par devoir que par instinct de survie, les deux nations sont obligées de se donner la main.

Le Cameroun est un partenaire important dans la coalition anti-Boko Haram
Ainsi, Boko Haram, involontairement, a réussi là où les voisins des deux pays, l’Union africaine (UA) et la communauté internationale ont échoué : réconcilier les deux frères ennemis que les prétentions territoriales avaient séparés pendant bien longtemps. Cela dit, il ne fait pas le moindre doute que la question de la lutte contre la secte islamiste sera au centre des entretiens que les deux chefs d’Etat auront au cours de ces deux jours de visite « d’amitié et de travail ». La première visite du genre qu’a effectuée le président nigérian, avait été pour le Niger et le Tchad, deux pays engagés comme le Nigeria, dans la lutte contre Boko Haram devenu depuis peu le Groupe de l’Etat islamique pour l’Afrique de l’Ouest.
En se rendant cette fois-ci à Yaoundé, Buhari remet les pendules à l’heure et coupe ainsi l’herbe sous les pieds de toutes les mauvaises langues qui avaient vu dans sa première sortie officielle au Niger et au Tchad, sa volonté de maintenir l’hostilité qu’à entretenue et lui a transmise son prédécesseur Goodluck Jonathan. Une attitude qui, si elle se confirmait, n’aurait rendu service ni au Cameroun ni au Nigeria. Car, il est clair qu’aucun de ces deux pays ne peut prétendre, à lui seul, venir à bout de Boko Haram. Il est vrai que les soldats tchadiens ont largement fait la preuve de leur courage et de leur efficacité sur le terrain de la lutte contre la secte, et que les Nigériens ont fait la preuve de leur bonne volonté.
Mais avec sa logistique notamment son aviation, très bien équipée et les précisions dans ses opérations, le Cameroun est un partenaire important, sinon indispensable dans cette coalition anti-Boko Haram. C’est dans une synergie des forces et à travers le renseignement que la secte Boko Haram sera vaincue. Espérons que ce déplacement de Buhari au Cameroun provoquera, au niveau des relations des deux pays, le dégel nécessaire pour que leur efforts communs contre la bande à Abubakar Shehau soient couronnés de succès.