Présidentielle française : le dernier round

Le deuxième tour a lieu dimanche prochain avec une issue incertaine, malgré les prévisions des sondages.

Emmanuel Macron ou Marine Le Pen ? L’une de ces deux personnalités sera le prochain président de la France. Et d’après les dernières tendances des sondages, ce serait plutôt le candidat du mouvement En Marche, Emmanuel Macron, qui tiendrait la corde pour succéder à François Hollande. D’une manière constante depuis la fin du premier tour, Emmanuel Macron tourne autour de 60 % des intentions de vote contre 40 % à Marine Le Pen. Cette tendance favorable pour le candidat d’En Marche s’est confirmée jeudi au lendemain du débat télévisé d’entre-deux-tours qui a opposé les deux finalistes. D’après les différentes enquêtes d’opinion effectuées à la suite de ce débat, Emmanuel Macron a été conforté dans sa posture de favori pour le scrutin de dimanche prochain.  Bien au-delà de la présidentielle, une dernière enquête d’opinion publiée jeudi laisse entendre que le mouvement En Marche remportait haut la main les prochaines législatives, pour conforter la victoire attendue d’Emmanuel Macron. Le match est-il plié ? La prudence reste de mise.
En tout cas, bien que distancée dans les sondages, la candidate du Front national, Marine Le Pen, croit en sa bonne étoile. Et elle n’est pas seule. Les millions de Français qui ont voté pour elle lors du premier tour entendent bien la porter jusqu’au palais de l’Elysée. Malgré le vent défavorable pour Marine Le Pen, dans son camp, ces derniers jours, l’on ne cesse  de rappeler que les sondages ne décrètent pas le résultat de l’élection. Et l’exemple de la présidentielle américaine revient permanemment dans le camp de madame Le Pen et chez certains analystes, pour dire que rien n’est joué. En effet, à quelques jours de la présidentielle américaine, la plupart des sondages donnaient Hillary Clinton vainqueur au détriment de Donal Trump. Finalement, c’est l’homme d’affaires qui trône aujourd’hui à la Maison blanche. Davantage pour certains analystes de la scène politique française, le candidat d’En Marche aurait tort de chanter victoire trop tôt. Car l’élan de sympathie dont il bénéficie n’est  nullement la manifestation d’une réelle adhésion à ses idées. C’est plutôt l’expression d’un rejet total de celles de Marine Le Pen.
Ainsi, au cours de l’entre-deux-tours, en refusant systématiquement de mettre de l’eau dans son vin pour donner des gages à ceux et celles qui n’ont pas voté pour lui au premier tour, Emmanuel Macron rend  finalement le duel qui l’oppose à Marine Le Pen plus indécis que jamais. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, crédité de 19 % des suffrages lors du premier tour, pourraient alors faire basculer l’issue du scrutin. S’ils ont d’ores et déjà annoncé dans leur grande majorité qu’ils s’abstiendront dimanche, les positions trop tranchées (?) d’Emmanuel Macron pourraient faire bouger les lignes selon des observateurs. Pour l’instants, il ne s’agit encore que de conjectures. Le fin mot de l’affaire appartient aux 41 millions d’électeurs français qui commencent à voter dès ce samedi dans plusieurs territoires ultramarins. En France métropolitaine, le vote a lieu dimanche et on saura alors sur les coups de 19 heures (heures du Cameroun) qui d’Emmanuel Jean-Michel Frédéric Macron ou de Marion Anne Perrine Le Pen aura été choisi par les Français. Dans l’un et l’autre cas, ce sera un choix inédit en France. Sous la cinquième  République, le président élu ne sera issu,  d’aucun des deux courants politiques traditionnels qui dominent la politique française.

Interview :

Dr Alain Roger Edou Mvelle: « Il y a un bouleversement des codes »

Politologue.

Quel commentaire vous inspire l’affiche Macron-Le Pen pour le deuxième tour de la présidentielle française dimanche prochain?
Le ticket du deuxième tour a une configuration actorielle qui traduit la recomposition du champ politique français pour trois raisons. Premièrement, les deux partis politiques qui structurent traditionnellement la vie publique ont été déclassés du deuxième tour, en raison de l’absence de figures charismatiques liée au jeu des primaires, du besoin de renouvellement des personnels politiques, de la pollution de la campagne du premier tour par certaines affaires et des factionnalismes au sein des Républicains et des Socialistes. Deuxièmement, la nature duale de l’affiche est un marqueur de sa figuration duelle en ce sens que les offres programmatiques des deux candidats sont aux antipodes sur l’essentiel des thématiques. Troisièmement, il y a là un bouleversement des codes, du poids et de la sémiologie politique avec la redistribution du rapport de force sur l’échiquier politique et le changement du contenu et de la forme du discours politique. Le Front national accédant pour la deuxième fois à cette phase et le parti En marche se positionnant comme le nouvel hégémon politique.
Les deux candidats ont des programmes diamétralement opposés. Mais, paradoxalement se rejoignent sur le fait qu’il faut rompre avec la « Françafrique ». Est-ce possible ?
Au plan conjoncturel, la France est engagée dans des théâtres conflictuels en cours en Afrique autant qu’elle se repose sur le continent dans son rayonnement économique dans une Europe en crise. Les entreprises de France demeurent présentes dans l’ancien pré-carré et ont besoin du gouvernement pour résister à la pénétration des autres acteurs. Au plan structurel, le realpolitik qui a prévalu avec les deux précédents présidents prévaudra. Car, la France et l’Afrique c’est le franc CFA, les accords de défense, l’aide bilatérale, la coopération culturelle fondée sur la langue. Ces éléments sont constants et survivent aux trajectoires fluctuantes des chefs d’Etat. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant. Je pense que la rupture décisive de la « Françafrique » viendra de l’Afrique et non l’inverse.
Au terme du scrutin de dimanche prochain, qui voyez-vous à l’Elysée pour les cinq prochaines années ?
Mathématiquement, Emmanuel Macron sera le prochain président de la République française à moins que l’effet Trump ne soit une réalité exportable. Les derniers sondages d’opinion qui n’ont pas failli dans leur dimension prédictive au premier tour l’attestent. En outre, 63% de Français l’auraient trouvé convaincant au détriment de Marine Le Pen lors du débat de mercredi dernier. A cela, il faut ajouter les reports de votes des soutiens du premier tour et la mobilisation de la classe politique interne et internationale contre le projet du Front national.