Pourquoi aider les régions menacées par Boko Haram ?

L’aide au développement, dont la tâche est rendue périlleuse par la présence de la secte « Boko Haram » dans la zone du lac Tchad, est plus essentielle que jamais pour faire reculer durablement la menace terroriste en Afrique.

La percée du groupe radical Boko Haram est un phénomène aussi soudain que massif. Son combat asymétrique mené à dos de motos chinoises a surpris les professionnels de la sécurité. Malgré de récentes défaites, il nargue les forces nigérianes, parmi les mieux armées du continent, et inflige de lourdes pertes à l’armée tchadienne – longtemps considérée comme l’une des plus agiles.

Ses mutations impromptues interpellent les chercheurs en sciences sociales. Mouvement sectaire, politique et social à l’idéologie malléable, enraciné dans un terreau local tout en empruntant les codes de l’internationale djihadiste, il échappe aux grilles de lecture traditionnelles de la région. Enfin, son expansion au-delà des frontières du Nigeria met au défi les organisations de la solidarité internationale, démunies face à l’usage illimité de la brutalité et dépassées par l’ampleur des besoins. Leur action sur le terreau économique et social de la violence est pourtant un maillon clef du retour de la paix dans la région du lac Tchad.

Dans une situation volatile et pleine d’inconnues, trois constats semblent établis. Premièrement, la seule répression ne permettra pas de venir à bout des mouvements djihadistes : si l’alliance des armées de la région a permis d’acculer le « califat » décrété par Boko Haram, le mouvement réapparaîtra comme il a pu le faire par le passé si ses causes sous-jacentes ne sont pas traitées.

Deuxièmement, sans une action en profondeur aux périphéries de la crise, celle-ci se répandra comme une tâche d’huile au Niger, au Nord-Cameroun et au Tchad : le déplacement de centaines de milliers de réfugiés déstabilise des sociétés vulnérables et menace d’embraser les tensions entre communautés.

Troisièmement, l’expérience montre que le coût – économique, (…)