PLAN D’URGENCE DU GRAND NORD : LES FAUSSES PROMESSES DU GOUVERNEMENT

PLAN D’URGENCE DU GRAND NORD : LES FAUSSES PROMESSES DU GOUVERNEMENT

Le programme d’urgence spécifique aux régions septentrionales n’est plus à l’ordre du jour.

Il a fallu que des interrogations fusent après l’annonce du plan d’urgence national de 925 milliards Fcfa étalé sur trois ans pour que des faisceaux sur le sort du plan d’urgence spécifique aux régions septentrionales du pays instruit par le chef de l’Etat en juin 2014 soient enfin perceptibles. Ce sont les médias gouvernementaux, notamment la Crtv et Cameroon tribune, qui sont montés au front pour rassurer l’opinion sur le destin de la promesse présidentielle. Les portes flingues des médias publics ont martelé deux mieuleux slogans : Non, le plan d’urgence du Grand Nord n’est pas mort ! Oui, la promesse présidentielle sera tenue !

Les arguments n’étaient cependant pas au rendezvous. Le quotidien gouvernemental, dans son édition du 15 décembre 2014, est allé jusqu’à convoquer un prêt de 35,5 milliards Fcfa pour la réhabilitation de la route Maroua-Kousseri pour forcer les traits sur la mise en oeuvre du plan d’urgence du Grand Nord. Un financement pourtant antérieur à la promesse présidentielle…

Les journalistes qui se sont longuement exprimés sur le sujet tout au long du week-end dernier et en début de semaine sont-ils les porte-voix du gouvernement ? Autrement dit, le gouvernement a t-il enfin arrêté un plan d’urgence pour les régions septentrionales ? Si oui lequel ? A quel hauteur et sur quelle durée ? Comment sera-t-il financé ? Et, interrogation suprême : pourquoi le gouvernement n’en a-t-il pas fait lui même l’annonce ?

En attendant, votre journal s’est procuré le document du gouvernement que nous publions d’ailleurs en intégralité (pages 2 et 3). Surprise : dans les faits, il ne s’agit plus d’un plan d’urgence, c’est-à-dire une opération coup de poing pour amortir la pauvreté, combler le retard des régions septentrionales, amorcer le développement et lutter contre les mouvements extrémistes en offrant aux centaines de milliers de jeunes désoeuvrés une perspective. La promesse du gouvernement a même changé complètement de nom : elle ne s’appelle plus plan d’urgence ou Programme d’investissement prioritaires (PIP) pour les régions septentrionales, mais «Programme d’Aménagement du Territoire», en abrégé PAT.

La nouvelle initiative du gouvernement comporte quatre composantes. La première touchera la Construction et l’aménagement des ouvrages de retenue d’eau ; la seconde, l’Aménagement des périmètres irrigués et des étangs pastoraux et piscicoles tandis que la troisième concerne la réalisation des infrastructures socio-économiques et la dernière, le renforcement des capacités des acteurs au niveau local. Coût total de l’opération : 78.860.218.694 Fcfa. Début d’exécution de ce fameux programme qui comporte 94 projets : 2015.

MENSONGES

L’on comprend dès lors pourquoi le gouvernement est si discret sur son fameux Programme qui ne répond tout simplement pas aux attentes des populations, tant l’annonce de l’initiative du chef de l’Etat avait suscité l’espoir. En effet, beaucoup s’étaient mis à rêver trop tôt d’un véritable plan Marshall. «Nous attendons que le gouvernement se prononce officiellement. Ce Programme d’Aménagement du Territoire, c’est de la pure plaisanterie, de la gnognotte.

78 milliards Fcfa pour les trois régions septentrionales ? Qu’est ce que c’est ?», s’interroge un membre du «Comité Cavaye» qui a participé à l’élaboration du projet participatif du Grand Nord dont le coût estimatif est de 1600 milliards Fcfa. Il rejette au passage les allégations du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire pour qui le PAT est issu d’une concertation avec les populations locales. «Les Camerounais doivent savoir que nous n’avons jamais été conviés à une discussion de haut niveau sur les propositions transmises au gouvernement.

Ce PAT qu’il avait sans doute déjà élaboré avant de nous saisir est leur oeuvre. Il ne lutte pas contre la pauvreté. Il faut que ce soit dit ainsi, pour l’Histoire», explique un des membres du «Comité Cavaye». Les populations, encore dans l’expectative, s’interrogent sur les véritables intentions du gouvernement à travers ce Programme d’Aménagement du Territoire dont la maigre cagnotte se repartit comme suit dans les détails : 17, 495 milliards Fcfa pour l’Adamaoua, 16, 489 milliards Fcfa pour le Nord et 41,45 milliards Fcfa pour l’Extrême-Nord.

«Je ne suis pas surpris par la tournure des évènements. Cela ne surprend que les naïfs car la pauvreté des régions septentrionales est d’abord le résultat d’une politique d’abandon du gouvernement. Les bailleurs de fonds et les partenaires du Cameroun ont été les premiers à attirer l’attention du gouvernement sur le niveau de pauvreté inquiétant des régions septentrionales et avaient même montré des dispositions à apporter leur concours, et voilà que le gouvernement se terre dans son coin pour pondre un Programme qui nous confine dans notre pauvreté. Le gouvernement est dans sa logique, il est sur sa lancée», regrette un député du Rdpc, originaire du Nord.

De l’avis même du gouvernement, cette partie du pays concentre les indicateurs de pauvreté les plus élevés du pays. Elle est de 73% dans l’Extrême-Nord, 64% dans le Nord et 54% dans l’Adamaoua. L’on s’étonne alors du peu de considérations qu’il lui accorde au quotidien.

 

camernews-Lamidat-Ngaoundere

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