Paul Biya invite Guillaume Soro dans ses champs de Mvomeka’a

Paul Biya invite Guillaume Soro dans ses champs de Mvomeka’a

Dans la foulée de ses nombreuses articulations inscrites pendant son offensive de charme au Cameroun, visiblement ému et très enthousiaste, Guillaume Soro annonce aux représentants du conseil national des chefs traditionnels, l’invitation que lui a adressée le chef de l’Etat Paul Biya, à séjourner et à visiter ses plantations dans son village natal à Mvomeka’a.

Mission terminée.

La flamme qui brûlait entre le Cameroun et le régime du « Prado » (président Alassane Dramane Ouattara), est désormais éteinte. En bon « Zorro », Soro Kigbafori Guillaume, le président de l’Assemblée nationale de Cote d’Ivoire, a fait du bon boulot. Par le biais d’une overdose médiatique, l’ex-rebelle, ex-ministre de la Défense, ex-Premier ministre, intronisé président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, a créé un rapprochement, un bain populaire même entre les populations camerounaises et le régime qu’il sert. Même s’il n’a pas réussi à détruire le capital d’estime que certains réfractaires continuent d’avoir pour Laurent Gbagbo, seul président de la République ivoirienne, démocratiquement élu, Guillaume Soro a réussi l’exploit de semer le doute, de faire bouger les lignes et d’engranger une grande dose de sympathie. Au moment où, se bousculent encore dans nos têtes, les mille et un clichés de la densité des activités accomplies par le Pan ivoirien au Cameroun, la controverse enfle et s’intensifie dans les points chauds et à l’hémicycle.

Et si c’est Guillaume Soro qui avait tout arrangé et négocié son arrivée au Cameroun ? Après le passage des ministres de la Communication, celui de la Défense, le crime aurait été presque parfait de voir la 2ème personnalité de la Côte d’Ivoire, arriver au Cameroun, sans un motif probant. Et comme il n’y avait pas mieux que Soro, très bon tribun (du fait de sa maîtrise de l’art et de sa qualité de personnage et acteur incontournable dans l’enfantement douloureux de la démocratie en Côte d’Ivoire), pour une opération de charme et d’anéantissement des derniers décombres du capital d’estime que les Camerounais cristallisent pour Laurent Gbagbo, Soro Kigbafori Guillaume a séjourné en terre camerounaise. Le prétexte d’une éventuelle invitation de Cavaye Yegue Djibril, son homologue de l’Assemblée nationale du Cameroun, s’apparente à de la poudre aux yeux. Sinon comment expliquer cette abondance d’actions en marge de la visite ? Jamais homme politique de la taille d’un Pan, n’aura accordé autant d’interviews fleuves, des conférences de presse, des plateaux de télévision…

En Afrique, l’hospitalité suggère que lorsque vous êtes invité par quelqu’un de très influent, vous ne faites pas de grandes sorties en public, sans lui. L’on a vu quelques rares sorties en public de Soro Kigbafori Guillaume, en compagnie de son homologue camerounais. Rusé et fin stratège, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, avait un agenda bien caché : démystifier la prise du pouvoir d’Ado, par les armes ; légitimer et crédibiliser le règne du Prado ; fédérer les émotions chaudes des peuples ivoiriens et camerounais ; tracer les bornes et les balises d’un environnement qui préfigure d’une ambiance électorale de la présidentielle de 2015. A cela s’ajoute l’équation personnelle de l’enfant terrible de la Côte d’Ivoire qui a déjà arboré, en l’espace de 42 années de vie, presque toutes les casquettes. Excepté le costume de président de la République.

Gouvernance médiatique

« Je ne suis pas un homme d’ambition, mais un homme de missions. Mais j’ai de l’ambition» répond Soro, à la question d’un journaliste, sur ses démangeaisons « légitimes » pour la magistrature suprême en Côte d’Ivoire. « Je veux que l’Assemblée nationale aide et accompagne la Côte d’Ivoire vers l’émergence en 2020. Je suis avec le Prado ; je le soutiens ; je le soutiendrai en 2015 ; je ferai tout pour qu’il soit élu en 2015. En trois ans, les résultats de son règne sont exceptionnels pour un pays qui sort de crise » ajoute-t-il. Avant de dévoiler en filigrane, l’un des grands axes de son séjour en terre camerounaise. « Mon souhait le plus ardent est celui de tout faire pour amener les journalistes, les médias camerounais à contribuer dans le processus de pacification et de réconciliation en Côte d’Ivoire» lance Soro Guillaume.

L’offensive de Soro Kigbafori Guillaume, ses yeux doux et aguichant en direction prioritairement des chaînes de télévisons camerounaises, expliquent à souhait, la volonté de l’homme de main du Prado, à soigner l’image des hommes du sérail, aux yeux du peuple ivoirien. Pour parvenir à cette opération d’éclat, sachant que les téléspectateurs ivoiriens s’abreuvent dans les programmes et chaînes de télévision camerounaise…

Vêtu d’un maillot des lions indomptables, le Pan ivoirien a sauté sur la main tendue de Roger Milla qui l’a invité à aller vivre avec lui dans un snack au quartier Bastos, la rencontre de football, opposant le Cameroun au Mexique. Dans la même foulée, Soro Kigbafori Guillaume, n’a pas craché sur une opération de marketing avec le conseil des chefs traditionnels du Cameroun. Se faisant ennoblir au titre de « Majesté », il a plaidé pour la pérennisation et l’épanouissement total de la chefferie traditionnelle. Tout en proclamant son intention d’inviter une délégation des chefs traditionnels à l’ouverture d’une des sessions de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Soro Kigbafori Guillaume, affirme devant les chefs traditionnels camerounais, que pour marquer de l’affection à son endroit, «Paul Biya avec qui nous avons parcouru différents sujets, m’a adressé une invitation à séjourner dans son village natal» souligne-t-il.

Soro a de bonnes raisons d’être heureux. Si la différence d’âge avec Paul Biya (entré aux hautes affaires 12 ans avant la naissance de Soro) ; avec Cavaye Yegue Djibril, son homologue (député depuis 1970, deux ans avant la naissance de Soro), n’a pas permis des échanges intergénérationnels entre des personnes du même âge, de raviver, de créer de nouvelles alliances et des ponts d’intégration dans le cadre de la coopération Côte d’Ivoire-Cameroun. Le Pan ivoirien ouvre ainsi, un boulevard à l’arrivée annoncée dans les prochains jours, du Prado, au Cameroun.

Focal: L’amour «interdit» de Guillaume Soro pour Le Messager

Pour avoir pris l’habitude de prendre des coups et d’en donner suffisamment aussi, Soro Kigbafori Guillaume, qui veut aller loin, sait également, que pour y parvenir, il faut ménager sa monture. A la différence de son ambassadeur, Adama Dossou, arrogant, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, est un belligérant qui fait allégeance à l’adversité. Interrogé par le quotidien Le Messager, qui quoique convié à la conférence de presse, n’a pas été retenu dans le casting des médias devant adresser des questions au conférencier, Soro Kigbafori Guillaume a saisi la balle au bond. Comme si, on lui avait offert un caviar. «Je suis content que vous êtes là et de répondre aux questions du Messager. Vous avez écrit pour savoir si le président Paul Biya osera me recevoir. J’espère que demain, en lisant Le Messager, vous écrirez qu’il a osé» lance-t-il sous un ton tinté d’humour et d’invitation à être bien compris dans ses réponses. «J’espère que Le Messager prend l’engagement ici de publier ce que je vais dire» ajoute-t-il.

Poursuivant dans ses réponses, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, qui apparaît plus que courtois, décontracté, dans sa démonstration et une détermination à convaincre, effleure les rapports de Laurent Gbagbo avec les entreprises françaises dont les intérêts, à le croire, n’ont pas été mis en cause, ni en péril. En douce, il surfe et évite de se répandre sur « les relations dangereuses » entre Laurent Gbagbo et le chairman du Sdf, que certaines langues proches de la suite de Guillaume Soro et de l’ambassade, ont épinglé en laissant croire qu’il allait s’approvisionner en argent chez le président ivoirien.

«C’est vrai que pour avoir été Premier ministre de Laurent Gbagbo, l’intensité de l’amitié entre le président de la République et le leader du Sdf, était considérable. Entre amis, il y a des transactions et des cadeaux qu’on se fait », balance-t-il ; non sans renvoyer le journaliste du Messager à lire ses mémoires qu’il écrirait un jour et où, il ferait des révélations qu’il se réserve d’officialiser pour l’instant. «Même, Premier ministre sous Laurent Gbagbo, je savais être l’homme de missions. D’ailleurs il a dit à tout le monde qu’au départ, il doutait de mes compétences, mais à la fin, il s’est rendu compte que de tous ses premiers Premiers ministres, je suis le meilleur » clame Guillaume Soro. Et d’ajouter avec beaucoup d’emphase : « Je souhaite et voudrais que Le Messager écrive cela. Je ne vous vois pas prendre des notes, pourtant Le Messager doit s’engager à écrire cela » martèle-t-il.

En l’espace d’une dizaine de minutes, difficile au décompte de savoir le nombre des fois que Soro Kigbafori Guillaume a prononcé le titre du journal «Le Messager». Sans dédain, ni discourtoisie; signe que malgré le fait que le journal ne partage pas ses points de vue, il garde de la hauteur et de l’admiration pour ce journal. Un autre politicien du dimanche, se serait plongé dans la méprise, le dénigrement, la chasse aux sorcières. Bien plus, du haut de sa posture de Pan, un autre se serait embarqué dans des déconsidérations du genre «une certaine presse», «la presse de pacotille». Dans une attitude raffinée, tintée d’affabilité, de civilité, de politesse et d’élégance qui caractérise les hommes à l’éloquence puissante, Guillaume Soro a lui aussi marqué Le Messager. Il est également la preuve que ce qui est fait quotidiennement par ceux que les esprits malveillants, hostiles, rustres « grattes papiers » même si cela rencontre une volteface désapprobatrice, reste fortement ancré dans les mémoires de ceux qui gouvernent. Une autre leçon sur la rupture managériale dans les pratiques et les mentalités que doivent intégrer ceux qui comptent faire bouger les lignes.

camernews-Soro-Biya

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