OPPORTUNISME : PAUL BIYA EST À LA RÉCUPÉRATION

OPPORTUNISME : PAUL BIYA EST À LA RÉCUPÉRATION

En 32 ans de magister, le chef de l’Etat a su tirer les marrons des victoires d’un football qu’il n’a jamais servi.

 

Huit ans après avoir pris les rênes du pouvoir à Yaoundé, Paul Biya s’offre son heure de gloire. Le 08 Juin 1990 au stade San Siro de Milan, les Lions Indomptables réalisent l’un des plus grands coups de l’histoire de la Coupe du Monde. Les Camerounais font chuter l’Argentine, tenante du titre en match d’ouverture de la 14e Coupe du Monde. Dans la tribune d’honneur du San Siro, Paul Biya serre fièrement les mains de ses homologues encore abasourdis par ce séisme footballistique. Le président ne boude point son plaisir et savoure jusqu’à la lie cette exposition médiatique inespérée.

 

Cet authentique exploit n’était alors que le prologue d’une pièce envoutante écrite à l’envie et à la détermination par un groupe de joueurs subjugués et portés par l’inspiration démiurgique d’un talent inoxydable : Albert Roger Milla. « C’est moi qui ait eu l’idée de le sélectionner et je crois que je ne me suis pas trompé » confiera en substance, sourire triomphaliste en coin, le président camerounais a des journalistes français après le somptueux été italien des Lions,  première sélection africaine à atteindre les quarts de finale de la Coupe du Monde de football. Le syllogisme coule de source. Milla est le principal artisan de cet exploit. Milla a été sélectionné par Paul Biya, donc Paul Biya est à l’origine de cet exploit. Le président s’en tirera ainsi avec les honneurs et les louanges  d’une conquête hardiment menée par les joueurs.

 

Contestation sociale et politique

 

Mieux encore, grâce à ces Lions, il désamorcera une forte contestation sociale et politique, préservant ainsi son pouvoir d’un embrasement quasi certain à l’aube des années 90. Belle pioche, bon filon sur lequel le « premier sportif » va continuer à rogner sans faiblir. Bien servi par une politique sportive mise en place par son prédécesseur, profitant du travail acharné de deux centres de formations privés (Kadji Sport Academy et Brasseries du Cameroun), Paul Biya va gaillardement cueillir les lauriers d’un travail qu’il n’a jamais fourni, s’affichant fièrement aux cotés des Lions Indomptables, lors de leurs victoires en  Coupe d’Afrique des Nations, 2000 et 2002 ainsi qu’à l’occasion de leur triomphe aux Jeux Olympiques de Sidney en 2000. Paul Biya a tant aimé sa sélection nationale que le président candidat est lui-même devenu l’homme Lion pour terrasser ses agneaux d’adversaires lors des élections présidentielles de 1992. Mais au fond, s’est-il vraiment senti concerné par le devenir du football camerounais ?

 

A-t-il seulement eu un jour un projet viable pour ce sport qui a tant donné à son pouvoir ? En 32 ans de règne, le régime de Yaoundé n’a construit aucun stade. Oh si, un… dans les arrêts de jeu a Limbe, et encore il n’est pas achevé. Le fameux Programme national de développement des infrastructures sportives Pndis, lancé en 2008 a les allures d’une belle fable. Bien malin qui pourrait à ce jour en définir les contours réels. Candidat à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de 2019, le pays de Paul Biya a étalé toutes les lacunes de son programme infrastructurel devant des émissaires de la CAF abasourdis, lors d’une séance de présentation au mois de Mai dernier à Yaoundé.

 

La charte des activités physiques et sportives de 1996 n’est appliquée qu’en partie. L’Etat a organisé deux fora sur le sport et le football en 2010 dont il a immédiatement rangé les résolutions dans les tiroirs. En matière de football, le gouvernement joue en rangs dispersés, sans stratégie, sans objectif, sans vision. Et quand le capitaine président veut reprendre la main, il se prend les pieds dans le tapis. Paul Biya en est réduit à faire la cour au taciturne et capricieux Samuel Eto’o qu’il fait recevoir à la veille des matchs par son Secrétaire général espérant d’autres gloires, d’autres coups. C’est raté ! On est en 2014 et Samuel Eto’o n’est pas Roger Milla. A la veille de grandes compétitions, il fait porter des sacs emplis de billets de banques aux Lions Indomptables espérant d’autres victoires venues de nulle part.

 

Encore raté, le talent ne s’achète pas et en football les victoires ne se décrètent pas elles se préparent. Aujourd’hui, le président est partout dans la sphère football, sauf là où on l’attend. En 2010, il est à l’origine de la venue de Paul Le Guen au Cameroun pour les résultats que l’on sait. Il aurait pu en finir avec l’incurie à la Fecafoot en exigeant depuis fort longtemps le départ de Mohamed Iya et en impulsant un renouvèlement de la classe dirigeante de la Fédé. Mais il s’est contenté de laisser pourrir la situation pour faire porter le chapeau à un Iya Mohamed qu’il a prestement immolé pour calmer le peuple.

 

300 maigres millions

 

Et quand on lui parle de la professionnalisation du football local, il balance 300 maigres millions, comme un chalutier lancerait quelques sardines à des mouettes. Ignorance ou mépris ? Toujours est-il que l’homme d’Etoudi supporte très mal les corvées à lui imposées lors des Finales de Coupe du Cameroun qu’il est  contraint de se coltiner chaque année. Excédé et déboussolé par la décrépitude d’un football camerounais qu’il n’a jamais su préparer à des lendemains meilleurs, le président de la République a commandé une enquête à son Premier ministre après la débâcle du Brésil.

 

Façon une fois encore de dire qu’il est au chevet d’un football devenu moribond. Façon de dire qu’il porte quelque attention à ce sport dont il ne sait que se servir. Le philosophe Hubert Mono Ndjana dit de Paul Biya que son histoire est intimement liée à celle des Lions Indomptables. Concédons-lui cette curieuse assertion même si l’on cherche désespérément des pics dans la carrière de l’homme Lion à la tête de la nation. Concédons à cet ancien sherpa du biyaisme, ce point de vue, pour constater l’état de décrépitude de la sélection nationale qui épouse si bien le délabrement social et politique du pays.

 

Ressassons cette trivialité affligeante pour en appeler à un nouveau cycle dans notre football et nécessairement à la tête de l’Etat.

 

 

 

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