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Opinion – Foot D1 à 19 clubs: Quand le Comité de normalisation de la Fécafoot valide l'imposture!

Passage des championnats professionnels à 19 et 18 clubs: Le comité de normalisation valide d’imposture.

Un communiqué signé du Secrétaire Général de la FECAFOOT, et du Président du Comité de Normalisation vient d’officialiser la décision de faire passer le nombre de clubs dans les championnats de 1ère et 2ème division respectivement à 19 et 18 clubs. Contre toute attente pour ceux qui avaient la naïveté de croire que le Comité de Normalisation avait la capacité de se mettre au-dessus des combines et tricheries de notre football.

« Adopted », c’est avec cette expression que la Fécafoot de ces 12 dernières années validait toutes les propositions assez souvent iniques qui étaient soumises à ses instances dirigeantes par ses membres. « Adopted » a tant et si bien été utilisé, que des « torchons » juridiques ont très souvent régi le football au Cameroun. Ce qui a conduit à l’implosion vécue en 2013, débouchant sur la mise en place du Comité de Normalisation de la FECAFOOT. Eh bien, le Comité de Normalisation de la FECAFOOT vient de se mettre au fameux « adopted », le séjour dans le même immeuble ayant certainement entraîné sa contamination.

Les combines ont eu raison de la science

Tous ceux qui refusaient ce changement du nombre de clubs brusque et illégal savaient pouvoir compter sur le Comité de Normalisation pour bloquer cette imposture initiée par des dirigeants de clubs à la moralité douteuse. La composition de ce comité, avec un grand nombre d’enseignants émérites, constituait une garantie qu’aucune prime ne serait accordée à la médiocrité. Car, on imagine mal que des étudiants n’ayant pas la note requise pour passer en classe supérieure, y soient quand même admis, sans être soumis au moins à un examen de rattrapage. C’est pourtant ce que des Professeurs d’universités viennent d’admettre dans le foot camerounais, et c’est effrayant pour des gens qui sont supposés forger de bons citoyens pour notre pays.

En admettant qu’on peut modifier les règles d’un jeu à la fin de celui-ci, des « sommités » du droit viennent de démontrer que des intérêts sordides peuvent constituer une sérieuse menace pour la science. Ces professeurs et Docteurs auraient pourtant pu mieux « manœuvrer » pour sauver leur magistère afin qu’on ne désespère pas de tout dans ce pays qui est devenu le berceau de la corruption.

En effet, en laissant les championnats « professionnels » se poursuivre sans rien dire, le Comité de Normalisation indiquait implicitement que les règles qui les régissaient restaient en vigueur. On aurait donc pu clôturer la saison 2012/2013 en identifiant les clubs champions et les clubs relégables. Puis, si on tenait vraiment à passer à un nombre plus élevé de clubs pour des raisons « sportives » (il paraît qu’il y a un nombre de matchs pour les pros édicté par la FIFA au seul Cameroun), on aurait alors tranquillement étudié les modalités de cet accroissement de clubs pour la saison 2013/2014. Cela aurait permis de gérer autrement le tournoi inter-régions pour la montée en 2ème division d’élite, ainsi que la montée en 1ère division pour passer à 18 clubs.

Fort du caractère définitif et contraignant de ses décisions, le Comité de Normalisation a démontré qu’il était bel et bien du Cameroun, pays où les détenteurs du pouvoir sont arrogants et méprisants, qui s’emploient régulièrement à montrer que c’est eux La Loi. « On va jouer à 19 et à 18, allez dire ! » ; c’est certainement ce que qu’ont dû se dire ces membres du Comité de Normalisation au moment de valider cette insanité.

Des considérations affectives pour alimenter une décision grave

Nous avons voulu croire que le Comité de Normalisation se mettrait au-dessus des considérations partisanes, tribales, et mafieuses qui transparaissaient dans l’acharnement de certains dirigeants de clubs qui voulaient absolument qu’on passe à 18 clubs. Il était évident qu’il fallait notamment sauver le Tonnerre de Yaoundé (TKC), et l’activisme de son président dans ce sens trahissait cet enjeu égoïste.

Des gens ont dû se réunir quelque part, et estimer que le TKC ne peut pas descendre en 2ème division, alors que c’est eux qui tiennent les rênes du foot camerounais en ce moment. La théorie du « pays organisateur » révélée par Charles Ateba Eyene aurait ainsi trouvé un terrain d’expression dans le football. Comme on ne pouvait pas décréter que le TKC ne descendrait pas, alors Panthère du Ndé, Sable de Batié, APEJES de Mfou, et quelques équipes recalées dans le tournoi inter-régions sont en train d’en profiter, ce qui a pu justifier certains silences et des arguments souvent tirés par les cheveux face à l’idée d’un passage à 18 clubs.

L’exhumation subite du dossier Bamboutos (après 7ans !) et la décision du Comité National Olympique et Sportif de réintégrer le club de Mbouda en 1ère division, ne sont pas fortuits non plus, sauf si on refuse d’écarquiller les yeux. Il fallait jeter un pavé dans la marre de ceux qui pensaient qu’on devait rester à 14 clubs, sous prétexte que c’était cela le règlement au départ des compétitions. Du moment où on accepterait un passage à 15 clubs, non prévu en début de saison, pourquoi refuserait-on le passage à 18 clubs ? Les gens du TKC embusqués au sein du CNOSC étaient sûrs de leur fait, et ils ont eu raison. Car, dans le Comité de Normalisation, et à la tête de la LFPC aussi, le TKC avait de solides défenseurs qui ont su, en jouant sur la fibre tribale, ficeler le Comité de Normalisation et le contraindre à valider cette proposition inique.

C’est décidé, allez dire!

En validant avec autant de légèreté le passage des clubs à 19 et 18 dans nos championnats d’élite, le Comité de Normalisation est en train de montrer qu’on peut enseigner la méthodologie et l’analyse, et ne pas les appliquer soi-même. Comment peut-on normaliser le football d’un pays si on refuse de faire le bilan des compétitions qui s’y déroulent ? Sur quelles bases objectives s’appuie donc le Comité de Normalisation pour penser qu’une augmentation du nombre de clubs d’élite va bonifier notre football ? Le seul argument que le président du Comité de Normalisation a brandi pour justifier cette option, c’est qu’il faut, quand on veut progresser, copier ce qui se fait chez les meilleurs. Il a alors cité les championnats anglais, espagnol, français, allemand, comme les modèles que nous devons suivre.

Formidable ! Il suffit d’avoir le même nombre de clubs qu’en Angleterre, pour que le foot du Cameroun progresse. Quelle logique implacable ! Les prochains championnats d’élite du Cameroun seront d’un si bon niveau que nos joueurs ne s’expatrieront plus vers le Gabon (14 clubs) ou vers la Chine (16 clubs), encore moins vers la Croatie (12 clubs) ou vers la Suisse (10 clubs), puisque ces championnats seront devenus d’un niveau inférieur à celui du Cameroun. En matière d’analyse, on atteint les sommets ! Le relèvement du niveau de notre foot était donc une banale question d’arithmétique !

Des 28 clubs ayant disputé la saison 2012/2013, combien sont effectivement devenus des sociétés ? Quel a été le budget des clubs qui ont réussi à terminer la saison sans arriérés de salaires ? Combien de clubs disposaient de ce budget minimal ? Quel va être le coût d’une augmentation de clubs en élite ? Sur quelle période tiendra la saison de 19 clubs, quand on sait qu’à 14 clubs, on est allé jusqu’à 10 mois? Comment va-t-on financer ces championnats après le départ du principal sponsor?

Ce qu’on croit gagner techniquement en donnant plus de matchs aux joueurs, ne va-t-on pas le perdre en déficit d’entraînement si on doit jouer 2 matchs par semaine dans un contexte où les déplacements sont difficiles ? On voit bien que toutes ces questions ne préoccupent pas le Comité de Normalisation. Il a décidé, « on » va réfléchir plus tard. D’ailleurs, le communiqué qui officialise le sauvetage de TKC et ses heureux accompagnateurs, enjoint la LFPC de trouver la formule pour qu’en fin de saison 2013/2014, la 1ère division revienne à 18 clubs.

Ils ont tous accepté l’installation d’une dictature à la Fédé!

Faustin Domkeu, le seul dirigeant de club qui n’a cessé de clamer son opposition à l’augmentation immédiate de clubs dans le foot « pro », a donc perdu cette bataille. Et il serait bien inspiré d’interrompre les recours qu’il disait vouloir engager partout où besoin sera, pour faire annuler cette imposture, car les décisions du Comité de Normalisation sont inattaquables. Lui comme les autres dirigeants de clubs ont accepté ce pouvoir excessif attribué à ce comité, malgré l’attention que certains analystes attiraient à l’époque sur cette dictature qu’on installait. Oui, nous étions quelques-uns à suggérer que l’Etat du Cameroun et les dirigeants de clubs fassent délimiter les domaines dans lesquels les décisions du Comité de Normalisation seraient définitives et contraignantes pour tous ; cela n’a pas été fait, et voilà à quoi on arrive aujourd’hui.

L’ivresse du pouvoir est d’ailleurs devenue si forte au Comité de Normalisation qu’il croit pouvoir décider sur tout : on se souvient du show du 08 janvier 2014 au Palais des Sports de Yaoundé, au cours duquel le Président du Comité de Normalisation a annoncé avec autorité que c’est Volker Finke (« Tchounkeu ») qui conduirait les Lions Indomptables au Brésil, comme si cette décision était de son seul ressort. Et on l’entend dans les médias faire des projections sur le football féminin et sur le football jeunes des années à venir, comme si cela faisait aussi partie de la gestion des affaires courantes jusqu’au 31 mars 2014, date de fin de son mandat. Idem pour ce qui concerne l’utilisation des retombées de la coupe du monde 2014 qui ne lui incombe pas du tout.

Du silence à l’arrogance

En validant l’imposture d’un passage immédiat à 19 et 18 clubs dans l’élite du foot camerounais, le Comité de Normalisation a peut-être fait tomber le dernier rempart de crédibilité sur lequel ceux qui croyaient encore en lui, pouvaient s’accrocher. Au début, il ne communiquait pas, et les rumeurs ont commencé à saper sa crédibilité. Puis, exaspéré par tout ce qui se disait sur lui, il est passé à une communication à réaction, faite de démentis et de mises au point, teintée de propos parfois vulgaires pour ce niveau d’administration. Désormais, il est passé au stade de l’arrogance et des rodomontades, fait d’invectives dures envers une « certaine presse », de distribution de bons points aux journalistes qui disent ce qu’il veut entendre, de rappels « d’exploits » individuels passés, de décisions prises avec légèreté et appuyées par des explications simplistes, ainsi que de projets énoncés avec une assurance que rien ne justifie.

Au sein de la FECAFOOT de Iya Mohamed, on parlait d’omerta. Au Comité de Normalisation, le mutisme des autres membres donne l’impression qu’ils sont terrorisés par le Président qui a seul le droit de s’exprimer sur toutes les questions. Même le vice-président en charge des affaires courantes (Prince Ngassa Happi) qui disait au début qu’il démissionnerait si les choses n’allaient pas dans le bon sens est muet comme une carpe, alors que ce sont justement les « affaires courantes » qui sont en train de décrédibiliser la normalisation.

La qualité des textes qu’il va produire va-t-elle nous réconcilier avec le Comité de Normalisation? Il est aujourd’hui permis d’en douter. Car les fossoyeurs du foot camerounais, profitant du laxisme des dirigeants régionaux installés ou gardés en poste par le Comité de Normalisation, ont pris position dans les clubs, et ils vont à coup sûr revenir aux affaires. Avec la rigueur, l’équité, le respect strict des normes, on aurait pu disqualifier ces gens qui ne savent nager qu’en eaux troubles ; mais le Comité de Normalisation vient de consacrer la légèreté et la médiocrité. Vous avez dit espoirs déçus?

 

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