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Odeur de déchéance avant le remaniement : Philémon Yang annule des décisions de Atangana Kouna

Odeur de déchéance avant le remaniement : Philémon Yang annule des décisions de Atangana Kouna

Que se passe-t-il au sein du sérail ? La question mérite d’autant plus d’être posée que rarement on a vu le Premier ministre au Cameroun, rapporter, mieux abroger les décisions des membres de son cabinet. Tant il est vrai qu’en toute logique, lesdites décisions doivent avoir au préalable obtenu l’aval de ses services. A cet égard, l’Arrêté N° 053/CAB/PM/DU daté du 06 juin 2014 « portant création, organisation et fonctionnement du Comité de suivi-exécution et d’évaluation des contrats signés le 18 décembre 2007 par l’Etat du Cameroun dans le secteur de l’hydraulique » et signé du Premier ministre Philémon Yang, laisse à penser que le ministre de l’Eau et de l’Energie fait l’objet d’un désaveu cinglant de la part- de sa hiérarchie vis-à-vis de laquelle il se serait comporté avec un certain manque de  délicatesse.

On se souvient en effet qu’il y a environ trois mois, le Dr. Basile Atangana Kouna, ministre de l’Eau et de l’Energie, présidait à l’hôtel Hilton de Yaoundé la première réunion pour l’année 2014 du Comite de Suivi des Contrats de Concession et d’Affermage du secteur de l’eau dont le rôle est de veiller à l’amélioration de la qualité du service des sociétés CAMWATER – en ce qui concerne la concession et le contrat plan – et CDE en ce qui concerne l’affermage et le contrat de  performance.

Ces assises qui avaient duré pratiquement 7 heures, selon les informations qui nous étaient parvenues, avaient tablé sur les difficultés auxquelles font face la société de patrimoine (Camwater) et le fermier (Cde), dans le but d’y apporter des solutions adéquates. Avaient ainsi été passés au crible, lors de cette réunion  à laquelle assistaient des représentants de la Banque mondiale (BM), de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Agence française de développement (AFD) et de la Banque européenne d’investissement (BEI), l’état d’avancement des plans d’actions de CAMWATER et CDE, la situation des impayés des consommations d’eau des administrations publiques, l’état du partenariat à mi-parcours et la recherche des solutions pour le rétablissement de l’équilibre économique et financier…

C’est dire que jusqu’ici, tout allait bien. Mais comment se fait-il que début juin, le chef du gouvernement se soit fendu d’un arrêté dont l’article 1 stipule logiquement que le ministre de l’Eau et de l’Energie n’est plus celui qui devrait diriger le Comité de suivi ? « Il est créé et placé auprès du Premier ministre,  chef du gouvernement, un Comité Stratégique de suivi-exécution et d’évaluation des contrats signés le 18 décembre 2007 par l’Etat du Cameroun dans le secteur de l’hydraulique, ci-après désigné “le Comité” », peut-on y lire. A moins qu’il s’agisse d’un Comité supplémentaire qui vient en doublure de celui existant déjà que préside le Dr. Atangana, Kouna, ce qui ne serait pas moins un désaveu de la manière dont le chef du département qui assume la tutelle du secteur hydraulique a géré les choses jusqu’ici, on peut dire que le Premier ministre n’est pas en odeur de sainteté avec son collaborateur.

Ce qui n’est pas bon signe par ces temps de remaniement gouvernemental annoncé. Et pour marquer plus clairement sa position, Philémon Yang annule les décisions prises par son ministre il y a seulement quelques mois : Article 14 : « Sont abrogées toutes dispositions antérieures  contraires, notamment celles de la décision N° 00001071/MINEE/CAB du 18 septembre 2013 constatant la composition du Comité de Suivi du Contrat de Concession et du Contrat-Plan signés entre l’Etat du Cameroun et la Cameroon Water Utilities Corporation du 18 décembre 2007 et la décision N° 00001072/MINEE/CAB du 18 septembre 2013 constatant la composition du Comité de Suivi du Contrat d’affermage et du  Contrat de Performance du service public d’alimentation en eau potable des centres urbains et périurbains au profit de la camerounaise des eaux ».

Une sanction pour le ministre atangana kouna ?

Alors que Atangana Kouna présidait les Comités de suivi pour lesquels il avait même mis sur pied un Secrétariat Technique Permanent chargé de l’organisation et du suivi de l’application des résolutions issues desdits comités, lequel Secrétariat Technique Permanaient dirigé par le chef de la Division des affaires juridiques du MINEE, qui n’est autre que son ancien attaché et président de la commission de passation des marchés du temps où il était Administrateur Provisoire de l’ex-Snec, le Comité de suivi version Philémon Yang est « placé sous la supervision du Secrétaire général des Services du Premier Ministre et présidé par le chef de la Division des Infrastructures et des Affaires Techniques des Services du Premier Ministre » (cf. article 3 de l’arrêté du PM). Le président du Comité  est cette fois-ci assisté de deux vice-présidents qui sont les directeurs généraux respectifs de la Camwater et de la Cde.

Ses membres sont le Secrétaire Général du ministère chargé de l’Eau, le directeur général de l’Economie du ministère chargé de l’Economie, le Directeur Général de la Coopération du ministère chargé de l’Economie, le Chef de la Division des participations et contributions du ministère chargé des Finances, un représentant  de la division de l’Analyse Economique et de la Prospective, un représentant de la Division des Infrastructures et des Affaires Techniques, un représentant de la Division des Affaires Publiques et institutionnelles, un représentant de la Division de l’Economie, des Programmes, du Budget et des Finances, un représentant du secrétariat des Conseils de Cabinet et l’auditeur indépendant.

Il n’est pas inutile de noter que le ministre e l’Eau ne fait pas partie des membres du Comité, même si l’article 4 de l’arrêté indique que « Le Président du Comité peut inviter toute personne physique ou morale, en raison de ses compétences sur les questions inscrites à l’ordre du jour, à prendre part aux travaux du Comité, avec voix consultative ». Pour certains analystes, si le ministre ne fait pas partie des membres du Comité, c’est certainement par ce qu’il n’est pas question qu’un ministre se retrouve dans des assises présidées par un chef de Division des Services du PM. Sauf que même par assimilation, le même chef de Division n’a pas rang de secrétaire Général de ministère.

Et pourtant, le Secrétaire Général du MINEE est membre du Comité. Faut-il y voir un ostracisme ayant valeur de sanction dont le Premier ministre aurait frappé son ministre ? Allez donc savoir ! Les mêmes relents de déchéance pour le ministre qui avait créé un secrétariat technique permanent sont perçus quand le Premier ministre, dans l’article 6 de son arrêté, crée un Secrétariat Technique au sein du Comité, qui a pour Coordonnateur « un haut responsable de la Cameroon Water Utilities Corporation, et pour membres, un représentant de la Division des Infrastructures et des Affaires Techniques, un représentant du secrétariat des Conseils de Cabinet, un représentant de la division de l’Analyse Economique et de la Prospective, un représentant du ministère chargé de l’Eau et un représentant  de la Camerounaise des Eaux. Exit donc le Secrétaire technique permanent que certaines langues présentent comme « la pupille de Atangana Kouna qu’il traîne partout où il va depuis sa sortie des services du Premier ministre pour l’ancienne Snec, puis la Camwater, et depuis quelques temps, le ministère de l’Eau et de l’Energie » (Sic).

Difficile de ne pas voir derrière les mesures prises par le Premier ministre Philémon Yang Yundji, la fin des patates pour le ministre Basile Atangana Kouna.

Gare à la résurgence des vieux démons du sabotage interne

Il est cependant à craindre que cette perspective de déchéance amène les proches du ministre de l’Eau et de l’Energie à adopter cette stratégie de la terre brûlée dont on susurre dans les couloirs du MINEE et des Services du Premier ministre, sinon la pratique en cours, du moins la mise sur pied et son déploiement imminent. Cette politique, selon des sources plus ou moins dignes de foi, consisterait, pour le cabinet du ministre qui a des entrées notables auprès des bailleurs de fonds internationaux, à les dissuader d’apporter l’aide nécessaire promise au Cameroun pour la réalisation des projets dans le domaine de l’hydraulique urbaine et périurbaine.

L’éventualité d’un tel sabotage, quoique semblant relever pour l’instant du fantasme, est d’autant plus à craindre qu’à un certain moment, des rumeurs avaient couru sur de probables démarches insidieuses entreprises par le ministre Atangana Kouna auprès de l’AFD pour inciter cet organisme français de financement des projets de développement à suspendre ses concours financiers à la Camwater, au lendemain de l’arrivée d’une nouvelle équipe à la tête de cette entreprise qui gère le patrimoine du secteur de l’eau au Cameroun. Quelques temps après la survenue de ces rumeurs, on apprenait, désemparé, que des financements au profit de la Camwater avaient été suspendus, sous le prétexte que les bailleurs de fonds avaient reçu de on ne sait trop qui, des informations faisant état d’un réseau de détournement mis sur pied à la Camwater par l’équipe qui avait succédé à Atangana Kouna.

Les financements furent ainsi suspendus huit mois durant, pour ne reprendre qu’en août 2013, l’AFD intoxiquée décidant par la même occasion de ne plus adresser ses concours financiers qu’au gouvernement, à charge pour celui-ci de les affecter à la Camwater sous forme de subventions. Ces dernières semaines encore, on a entendu parler dans les coulisses d’une éventuelle suspension des financements par les bailleurs de fonds pour cause soi-disant de manque de lisibilité dans la gestion des prêts dont Camwater aurait bénéficié de leur part.

Par ailleurs, il nous a été signalé que l’AFD et la mission diplomatique marocaine seraient en train d’exercer d’énormes pressions sur le Premier ministre pour qu’il revienne sur la décision sus évoquée. L’un des moyens d’atteindre leur objectif serait, à en croire nos sources, la menace de suspendre le concours financier de l’AFD si le ministre de l’Eau n’est pas réintégré dans le Comité de suivi. Si ces informations se revélaient exactes, il ne resterait plus qu’à considérer combien certains compatriotes se servent de puissances étrangères et impérialistes pour mettre à mal la souveraineté de leur propre pays. Certes au moment où nous allions sous presse, des sources proches de la Camwater affirmaient que les incompréhensions avaient été aplanies, et que les choses étaient rentrées dans l’ordre. Mais la haute hiérarchie doit veiller au grain, car la Camwater semble être devenue le souffre-douleur de certains, qui, à peine ont-ils reçu un coup à gauche, se retournent à droite pour en faire souffrir la société chargée de gérer les infrastructures du service public de l’eau au Cameroun.

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