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MYSTERE: Qui avait enlevé les otages de Tchéré ?

MYSTERE: Qui avait enlevé les otages de Tchéré ?

Alors que les pouvoirs publics ont remis aux autorités italiennes et canadiennes les trois otages enlevés dans la nuit du 4 au 5 avril 2014, aucune information n’a été divulguée sur l’identité des ravisseurs. Boko Haram n’ayant jamais revendiqué le rapt.

« Le président de la République, son excellence M. Paul Biya annonce à l’opinion nationale et internationale que les trois religieux enlevés à l’Extrême nord, localité de Tchéré, dans la nuit du 4 au 5 avril 2014 ont été remis cette nuit aux autorités camerounaises. Les deux prêtres et la sœur sont sains et saufs et se portent bien ». C’est la texture du communiqué rendu public hier, 1er juin 2014 par le secrétariat général de la présidence de la République pour annoncer ce qui de tous points de vue est une bonne nouvelle pour les familles et les amis, de Giampaolo Marta, Gianantonio Allegri et Gilberte Bussier et simplement pour la cause humaine. Mais aussi vecteur d’enthousiasme que ce communiqué puisse être, il entretient le mystère sur plusieurs pans du dossier de l’enlèvement, de la détention et de la libération desdits otages.
Car, comme le communiqué, aucun autre message du gouvernement ne dit où étaient détenus les trois religieux occidentaux. Etaient-ils otages en terre camerounaise ? Avaient-ils été transférés au Nigeria comme la famille Moulin-Fournier ou le prêtre Vandenbeusch? Qui les a remis aux autorités camerounaises comme le stipule le communiqué ? Pour le moment, rien ne filtre des sources proches du dossier pour tenter une réponse à ces questions qui transpirent du communiqué laconique des pouvoirs publics. Les observateurs n’auront donc qu’à l’analyser et l’interpréter. On retiendra par exemple que si Yaoundé écrit que « les trois religieux enlevés(…) ont été remis cette nuit aux autorités camerounaises », c’est bien que cette libération s’est faite sans violence ou même la simple friction entre les ravisseurs et services de sécurité. Et donc que ces derniers ont peut être été identifiés formellement et même ménagés.
Cette grille de lecture pousse naturellement, à poser la question de savoir si une rançon a été versée pour que les otages soient « remis aux autorités camerounaises ». L’hypothèse la plus facile à défendre au vu des faits présentés à l’opinion est celle du versement d’une rançon contre la libération des religieux. Mais par qui ? Pas en tout cas par les gouvernements canadiens et italiens qui ont découvert quelques temps seulement avant «l’opinion» que leurs ressortissants étaient enfin tirés d’affaire.

L’autre fait curieux, c’est le silence de Boko Haram, prêt pourtant à faire feu de tout évènement de l’envergure de l’enlèvement de trois religieux occidentaux pour se faire de la publicité et renforcer sa légende de terreur des intérêts et de la pensée occidentale qu’il répugne. La secte islamiste n’a en effet jamais revendiqué le rapt. Le gouvernement camerounais ne le lui a non plus jamais attribué d’ailleurs. Fait inquiétant d’autant plus que Boko Haram gagnerait à présenter l’affaire comme un de ses faits d’armes. Le deal que le pouvoir de Yaoundé avoue en des mots à peine voilés dans le communiqué de la présidence a-t-il poussé la secte à se murer dans ce silence ? Ou alors la secte d’inspiration salafiste n’avait-elle aucun rôle dans l’affaire qui a débouché sur un heureux dénouement le 1 er juin 2014 ?

Si oui, les autorités devraient compléter l’information (parcellaire de tous points de vues) mis à la disposition du public pour qu’il sache si d’autres terroristes opèrent dans la région et donc se prépare en s’en prémunir ou si alors comme d’habitude les gens sont venus du Nigeria opérer au Cameroun. Sinon, on ne reprocherait à personne dans les chaumières de penser que les enlèvements et les libérations d’otages réglés par des sommes mirobolantes constituent désormais un business pour lequel des gens insoupçonnables tirent les marrons du feu.

 

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