camernews-Michel-Biem-Tong

MICHEL BIEM TONG: COMMENT J’AI ÉTÉ MENACÉ DE MORT AU TÉLÉPHONE PAR UN CERTAIN ‘COLONEL DE GENDARMERIE MBABENA’

MICHEL BIEM TONG: COMMENT J’AI ÉTÉ MENACÉ DE MORT AU TÉLÉPHONE PAR UN CERTAIN ‘COLONEL DE GENDARMERIE MBABENA’

Le journaliste de Le Soir et correspondant au Cameroun du site d’information camer.be raconte la folle mésaventure qu’il a connue dimanche 25 mai dernier dans l’après-midi.

Dimanche 25 mai 2014, il est environ 13h à Yaoundé. Je suis assis dans un cybercafé au lieu dit Ekounou Impôts. Mon téléphone crépite. Je décroche et j’écoute : « âllo, bonjour monsieur, est ce que vous savez que la fille avec qui vous sortez-là, celle que vous gardez chez vous là, c’est ma femme ? », questionne mon interlocuteur à qui j’ai eu cette réponse pour le moins musclée « et c’est pour de telles bêtises que vous m’appelez cher monsieur ? allez chercher votre femme la où elle se trouve et collez moi la paix ». Et le monsieur de monter sur ses quatre chevaux : « Ah bon ? C’est ce que vous dites ? Je suis le colonel de gendarmerie Mbabena, vous allez passer votre soirée en cellule parce que je vais vous faire enfermer », jure ce mystérieux haut gradé de gendarmerie que je ne connais ni d’Adam ni d’Eve et qui répond au numéro 51 17 03 24 (qui ne fonctionne plus aujourd’hui et vous comprendrez pourquoi).

Convaincu de ce qu’il s’agit d’une plaisanterie de mauvais goût, je rappelle le monsieur qui se cache derrière le nom d’un homme en tenue et lui fait cette mise en garde : « cher monsieur, sachez que vous avez affaire à un journaliste et si vous touchez à un seul de mes cheveux, votre nom sera à la Une de tous les journaux et vous verrez ce qui va vous arriver ». Nouvelle poussée de fièvre du ‘gendarme’ : « Vous me parlez sur ce ton ? Vous savez à qui vous avez affaire ? ok, j’arrive chez vous tout de suite et je vais vous abattre avec une arme ». Il raccroche. Pendant les minutes qui suivront, le ‘colonel Mbabena n’aura de cesse de m’appeler pour me demander où je me trouve et qu’il m’attend à l’entrée de ma maison.

J’entreprendre tout d’abord de lancer un SOS accompagné du numéro de ce ‘gendarme’ sur les réseaux sociaux. Puis vers 14h 30, toutes affaires cessantes, je décide d’abord de joindre ma copine qui me jure qu’elle n’a ni ex ni amant gendarme et qu’elle n’a rien à voir dans cette histoire. Ce que je me permets de croire au vu des relations que j’ai avec certains membres de sa famille. Apeuré et prenant ces menaces de plus en plus persistantes au sérieux, j’emprunte un taxi qui me conduit au commissariat du 4e arrondissement d’Ekounou, pourtant situé à 50 m de là.

Plainte à la police

Une fois dans cette unité de police, j’expose les menaces de mort dont je suis l’objet aux sous-officiers de police (un homme et une dame) qui s’y trouvaient. Ils me conseillent de joindre le 113 (numéro gratuit de la gendarmerie). Ce que je fais par deux fois. En vain. C’est alors qu’ils me demandent d’aller déposer une plainte à la brigade de gendarmerie de Nkomo. Ce que je trouve risqué ayant à l’idée qu’il pourrait surgir de nulle part et m’abattre comme promis. Je décide donc de rester à l’intérieur du commissariat du 4e d’Ekounou pour des raisons de sécurité.

Y étant, je fais appel à certain membres de ma famille dont un cousin maternel en service dans les Renseignements Généraux (Rg) camerounais. Puis, je reçois l’appel téléphonique d’un confrère depuis les USA, un certain Mohamed (j’apprendrai plus tard qu’il est membre du Comité de protection des journalistes). Ce dernier me fait comprendre que je dois faire gaffe parce qu’il a joint le colonel en question qui à l’air extrêmement menaçant et dangereux.

Toujours au commissariat d’Ekounou, je reçois le coup de fil d’un autre confrère (que j’ai tenté de joindre en vain) en service dans une radio très célèbre à Yaoundé. Il commence d’entrée de jeu par me faire une petite blague sur mon soutien à Michel Thierry Atangana, sur ce que cela m’aura rapporté et patati et patata. Des paroles presqu’inaudibles, la connexion étant mauvaise. A moi de lui répondre que j’avais un problème plus sérieux et que ce n’était pas le moment d’en parler.

Lorsque mon cousin des Rg arrive au commissariat d’Ekounou, il se joint à ses camarades d’armes de la police. Je les rejoins et lui explique ce qui s’est passé. Puis, je fais enregistrer mes déclarations sur la main courante. Mon cousin décide de joindre le ‘gendarme en question’ pour lui demander d’arrêter avec ses menaces. Le ‘colonel Mbabena’ lui aurait répondu : « attendez, je vous passe mon patron ! ».

Bien avant cela, le numéro de ce ‘colonel’ m’a à nouveau joint. Il ne s’agit plus de lui mais d’un homme qui s’est présenté comme son supérieur hiérarchique. A son tour, il s’est mis à me menacer : « ce monsieur qui vient de vous appelez là, je suis son supérieur hiérarchique, je suis un officier, ainsi, quand il vous demande de ne plus sortir avec sa femme, vous l’insultez, comme vous dites que vous êtes journaliste, vous appelez vos collègues et maintenant, les gens appellent de partout dans le monde ? Sachez que vous aurez des problèmes parce qu’on ne s’attaque pas aussi facilement à un homme en tenue… ». Je lui raccroche au nez.

En effet, j’apprendrai par la suite que ce ‘colonel de gendarmerie’ a reçu des appels de par le monde lui demandant d’arrêter avec ses menaces. Notamment de la responsable Afrique centrale et Grand Lacs de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et d’un Avocat au barreau de Bruxelles et Conseiller à Cour Pénale Internationale.

Manœuvres d’intimidation

Une fois sorti du commissariat d’Ekounou, mon cousin me raccompagne chez moi et prends congé de moi. Le lendemain, lundi 26 mai, dans l’après-midi, je rencontre Félix Ebolé Bola du Syndicat national des journalistes camerounais. Je lui expose les menaces de mort que j’ai reçu la veille. Il me fait la promesse de rédiger une plainte au nom du syndicat et de la transmettre au secrétaire d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie, Jean Baptiste Bokam. C’est d’Ebolé Bola que j’apprendrai que le ‘colonel de gendarmerie’ a dit aux confrères qui l’ont appelé qu’il me reproche plutôt de sortir avec sa fille de 17 ans (ma compagne, elle, en a 23).

Les faits sus-exposés appellent plusieurs interrogations. Si ‘le colonel de gendarmerie en question avait des preuves irréfutables que je sortais avec sa femme ou sa fille de 17 ans, pourquoi ne pas décliner son identité complète, le nom de la brigade où il exerce et m’interpeller pour ‘détournement de mineur’ ? Pourquoi procéder par des menaces de mort au téléphone ? Si le monsieur en question n’était pas un homme en tenue (comme certains qui minimisent cet incident s’évertuent à me le faire croire), comment comprendre qu’un ‘plaisantin’ se montre aussi menaçant envers un citoyen et envers le monde entier (et ce de façon insistante) sans être sûr de lui, avec tout ce que cela comporte comme risque ?

Il est indéniable que le ‘colonel de gendarmerie’ en question, au vu de l’aplomb qu’il affichait ce jour-là aussi bien vis-à-vis de moi que de ceux qui l’ont rappelé à l’ordre, même s’il n’est pas un homme en tenue est sans doute une personne influente de ce pays et son insistance à m’appeler est la preuve qu’il savait à qui il avait affaire. Tout de suite, je ne peux m’empêcher de faire un lien entre ces menaces de mort et la signature ces dernières semaines de certains articles sur le site d’information camer.be et au journal Le Soir en faveur de certains prisonniers célèbres de l’opération Epervier. Et pour que ces menaces puissent mieux passer au sein de l’opinion, il fallait me coller une histoire de mœurs. Les menaces sont retombées certes mais je reste sur mes gardes, l’ennemi étant invisible.

 

 

camernews-Michel-Biem-Tong

camernews-Michel-Biem-Tong