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Médias et journalismes de la haine

Médias et journalismes de la haine

Les dérives divisionnistes de certains médias kamerunais nécessitent aujourd’hui une attention particulière. Tout en reconnaissant le rôle des médias responsables dans la lutte pour l’avènement d’une société démocratique au Kamerun, la bonne gouvernance, la justice et les droits de l’homme, on voit clairement que le combat actuel de certains médias kamerunais ne va nullement dans le sens de construire. Ils sont plutôt dans une conquête ouverte et acharnée du pouvoir, à l’instar des politiciens et certains éléments qui feignent d’appartenir à la société civile. Ils sont les relais préférés de la politique politicienne d’une opposition qui ne sait pas ce qu’elle veut et qui n’est jamais intéressée par aucun changement susceptible d’améliorer les conditions de vie de la population kamerunaise.

La nouvelle trouvaille des journalistes sur la toile est donc la censure, le dénigrement et l’autopromotion des leaders régionaux. Il n’est point besoin ici de rappeler toutes les dérives rencontrées ces derniers temps, dans les médias en ligne, certaines chaines de télévisions publiques comme privées, les radios et la presse écrites.

Des hommes et des femmes du 4ème pouvoir au Kamerun ont donc choisi de semer la haine par dose homéopathique dans la conscience des kamerunais et ceci parfois avec la connivence des hommes du pouvoir. 2014 s’annonce donc chaud pour une population kamerunaise qui n’a jamais su prendre ses responsabilités, qui pense toujours qu’on doit la prendre par la main. L’herbe de la division, du tribalisme envahit tout le champ public et tout le champ social. Les médias et la corporation qui les animent préparent donc en sourdine l’opinion publique nationale et internationale à un véritable affrontement des factions armées par eux et surtout par ceux qui les financent.

Les émissions télé, les titres des journaux sont là pour nous rappeler ce que nous dénonçons aujourd’hui dans l’indifférence totale. Le peuple est comme pris de transe dans un spectacle de Mistinguett et ne réalise pas que l’ennemi est au-devant de sa porte. Le Kamerun a les journalistes de la haine et du tribalisme, aussitôt que vous ouvrez un journal le simple titre vous signale déjà qui l’a écrit, de quelle religion est son auteur, chez qui il « pointe », de quel tribalisme il se nourrit ou de quel pouvoir il doit sa plume.

En tant que partisane de la justice sociale, je ne saurais me taire. Personnellement, je reste aussi libre de choisir de m´associer à une idéologie politique à laquelle je m´identifie. Tous les Kamerunais devraient d´ailleurs en être capables si nous voulons un Kamerun uni dans sa diversité, prospère et fier de tous ses enfants. Car il ne se construira pas dans l´exclusion de l´autre.

Comment comprendre que ceux qui crient sur tous les toits possibles d´être victimes de discrimination et d´injustices de toute sorte soient les premiers à organiser des injustices par de petits mots d´ordre clandestin à dessein? N´est-ce pas cela de la pure sorcellerie? Comment se dire leader d´opinion et activer la haine, dresser les uns contre les autres pour peu que l´autre ne soit pas de même « village » politique ?

En ce début d’année 2014, chacun devrait se demander les objectifs des radios qui ne diffusent que des malheurs, des presses qui ne voient que des oppositions ethniques et tribales. Nous devons nous interroger sur le silence coupable des autorités gouvernementales car les médias privés sont subventionnés avec l’argent public donc l’argent de nos impôts. S’il est naturel pour les médias de dénoncer le mal, les abus des droits humains, quel que soit leurs auteurs, il est tout de même immoral de vendre la haine entre Kamerunais pour satisfaire des appétits matérialistes pour les uns et politiciens pour les autres. Si les organes de presse et les organisations dites de la société civile pensent qu’ils n’ont rien à perdre même si le Kamerun était à feu et à sang, parce que l’argent continuera à tomber, ils se trompent. Le Kamerun peut exister sans ces organisations, mais elles ne peuvent pas exister sans le Kamerun.

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