Lucas Abaga Nchama: «Nous ne sommes pas les otages des Français»

Le gouverneur de la BEAC a présidé à Malabo, en fin de semaine dernière, la 38ème réunion annuelle du Conseil des gouverneurs de l’Association des banques centrales africaines. Pour une monnaie unique

 

Les gouverneurs des banques centrales africaines entrevoient la mise en place d’une monnaie unique sur le continent… «peut-être en 2030», avance le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Lucas Abaga Nchama a présidé la semaine dernière, la 38ème réunion annuelle du Conseil des gouverneurs de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), clôturée à Malabo vendredi, 14 août 2015.

Le nouveau président de l’ABCA – association créée en 1965 sous les auspices de l’Organisation de l’unité africaine – qui cumule avec les fonctions de gouverneur de la BEAC, estime que le projet n’est pas irréalisable, malgré les conventions liant les pays de la zone Franc à la France.

«C’est comme l’intégration à l’intérieur de la Cemac. Un Etat peut décider d’aller avec les autres, comme il peut décider de revenir. Je rappelle que le Tchad était sorti. Je rappelle qu’en Afrique équatoriale française, le Cameroun n’était pas avec les autres. Je rappelle que la Guinée est entrée en 1985. Donc, l’Etat est toujours souverain pour entre et pour sortir», confie Lucas Abaga Nchama, dans des propos rapportés par le quotidien gouvernemental camerounais, mardi 18 août 2015. «Nous ne sommes pas les otages des Français. Ce sont des partenaires. C’est juste pour la convertibilité extérieure que nous avons signé une convention monétaire avec le Trésor. Nous sommes libres», défend-il.

 

Lucas Abaga Nchama, Gouverneur de la BEAC et président de l’ABCA

Le projet de la création d’une banque centrale africaine et d’une monnaie unique sur le continent date de 1963, année marquant la naissance de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Elle a été dissoute en 2002 pour céder la place à l’Union cafricaine (UA), portée sur ses fonts baptismaux deux ans auparavant, à Durban, en Afrique du Sud.

«Nous sommes en train de travailler. On peut fixer un horizon. Peut être 2030. Nous avons préféré adopter une approche graduelle. Constituer d’abord des sous-régions. Il y en a six. Pour rester conforme à la théorie économique, notamment celles des zones monétaires optimales où il faut d’abord un minimum de convergence macroéconomique au niveau de l’économie réelle avant de passer au monétaire. C’est pour cela que nous avons préféré constituer ces groupements sous régionaux», soutient le gouverneur de la BEAC.

La création d’une monnaie unique et d’une seule banque centrale en Afrique charrie de nombreux espoirs. L’ABCA estime que la concrétisation de ces projets favorisera, entre autres, de plus importants échanges inter-africains et une intégration politique projetée depuis un demi-siècle. «S’il y a une intégration africaine avec une population jeune, avec tout ce dont regorge le continent africain, nous sommes capables de rêver qu’avant 2050, comme la Chine l’a montré au monde, l’Afrique est capable de devenir une puissance économique mondiale. C’est dans cette perspective que nous travaillons», assure Lucas Abaga Nchama.