Livraisons dans les débits de boisson: ces retards qui coûtent cher

Les exploitants se tournent vers les dépôts et répercutent les coûts supplémentaires sur le prix final des produits.

Depuis plusieurs mois, Rosine Ebélè, habitante de Bonapriso, n’achète plus son jus préféré au bar d’à côté. Elle accuse notamment la tenancière de vouloir faire de grosses recettes en ajoutant 50 F par rapport au prix conseillé. La consommatrice est  aussi courroucée du fait que le débit de boisson est régulièrement en rupture de stock sur certains produits : «C’est fatigant », s’exclame-t-elle. Résultat, elle s’approvisionne dans une grande surface où, non seulement les rayons sont toujours approvisionnés, mais le prix est nettement plus attractif.
Pourtant, la situation est plus complexe qu’il n’y paraît du côté d’Adèle K., la tenancière. Approchée, la quadragénaire explique : « Je ne suis pas la seule à connaître ce problème. J’ai du mal à me faire livrer. Pourtant, j’écoule près de 50 casiers par semaine. Les camions ne passent pas toujours et quand c’est cas, les produits dont j’ai besoin ne sont pas disponibles. Résultat, je suis obligée de me tourner vers les dépôts qui sont plus chers, mais en plus ne nous reversent pas de ristournes. »
Conséquence, comme le souligne Hervé Nana, président régional du Syndicat national des exploitants des débits de boisson du Cameroun (SYNEDEBOC) pour le Littoral, «c’est de là que part le problème de non application des prix conseillés ou indiqués dans certains points de vente. Pour quelqu’un qui paie au dépôt, c’est difficile d’appliquer ce prix. Ses marges bénéficiaires sont réduites, alors qu’il a des charges. »
Sur cet impact de la non livraison par les camions sur les prix conseillés, un autre exploitant avoue, exemple à l’appui : « Pour moi qui ai un bar du côté de Bonamoussadi, s’il faut aller chercher les jus en PET (emballage plastique, ndlr) à Akwa, payer mon transport, assurer celui des produits achetés, vous pensez que qui va supporter les charges supplémentaires ? » Le consommateur bien sûr !
Quant à la rareté des produits, M. Omam, également propriétaire d’un débit de boisson, pointe du doigt des collusions entre les livreurs et les gros opérateurs : « Il y a des exploitants qui sont capables de prendre 200 à 300 casiers. Donc, même quand ce n’est pas leur jour de livraison, ils arrivent à se faire approvisionner moyennant  un petit bakchich. Et quand il arrive chez toi, parce qu’il faut respecter le calendrier de tournée, il te montre le camion vide. »
Du côté des sociétés brassicoles, on prend des mesures pour lutter contre le phénomène. Aux Brasseries du Cameroun par exemple, il y a un système de précommande, mais il n’est pas encore appliqué à la totalité des clients. Objectif à terme de l’entreprise.

Ils ont dit

Hervé Nana: « Nous avons engagé des pourparlers »

Président régional du Synedeboc pour le Littoral.

« Nous reconnaissons que ce problème existe sur le terrain depuis des années et nous avons engagé des pourparlers avec les sociétés brassicoles afin que les camions approvisionnent réellement tous ceux qui sont abonnés chez elles et qu’on arrête le marchandage. Toutefois, nous comprenons le chauffeur de camion. L’entreprise brassicole lui fixe des objectifs et c’est à partir de ses recettes qu’il paie ses charges. Sans oublier les primes qu’il reçoit. Il est donc obligé de satisfaire ceux qu’il appelle les gros portefeuilles. Mais de façon générale, c’est un problème de l’offre et de la demande. Les gens demandent beaucoup, mais la quantité qui est produite est petite ».

 Miguel Angel Claramonte Gil: « On n’oublie pas les petits clients »

Directeur de la distribution Groupe SABC.

« Notre entreprise a un nombre assez élevé de clients indirects, environ 21 000 qui doivent être livrés deux fois par semaine avec une force de distribution de 230 camions. Nous avons fait une segmentation de notre clientèle, priorisée par ordre de clients à très fort volume, moyen volume et petit volume. Mais ça ne signifie pas qu’on oublie les clients à petit volume. En parallèle, nous avons mis en place des indicateurs de performance par transporteur. C’est-à-dire combien de clients doivent être visités, combien le sont effectivement et combien ont fait des achats. De plus, le service qualité de chaque région a la responsabilité de suivre les réclamations des clients. Donc à chaque fois qu’un client exprime ses difficultés à la livraison, on entreprend des actions correctives. »