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A L’INSTAR DE MONGO BETI HIER, AUJOURD’HUI, JE PARTAGE LA VISION ET LE COMBAT DE M. TITUS EDZOA POUR LE CAMEROUN

A L’INSTAR DE MONGO BETI HIER, AUJOURD’HUI, JE PARTAGE LA VISION ET LE COMBAT DE M. TITUS EDZOA POUR LE CAMEROUN

Depuis que M. Edzoa Titus est sorti de prison, je fais partie de ceux qui faute de pouvoir suivre ses faits et gestes sur place au Cameroun, lisent et écoutent attentivement, tout ce qu’il dit. Dans cette démarche, pour me prémunir contre les éventuelles déceptions et frustrations que génèrent forcément les promesses non tenues, j’ai deux mesures de sauvegarde. La première a été inspirée par le président Jacques Chirac auquel on attribue la paternité de la célèbre formule : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Et la deuxième n’est rien d’autre que l’excellent livre de Paul Biya : « Pour le libéralisme communautaire », dont le contenu n’a strictement rien avoir avec le bilan catastrophique du régime de son auteur. Un paradoxe qui m’a déjà fait dire avec beaucoup de regret dans les colonnes camer.be que, « Ah, si seulement Biya faisait tout ce qu’il dit. ». Un cri de cœur qui traduit la douleur et le constat impuissant d’un immense gâchis humain d’abord, et matériel, ensuite.

L’une des choses que je partage avec M. Titus Edzoa qui, au cours de l’interview qu’il a donné deux jours seulement après sa libération, à de très loin, dit plus de choses profondes et importantes que le président Biya en trente deux ans de règne, est sa conception de la politique. En effet, quand il dit ce qui suit : « J’aimerais tout simplement dire que la violence ne saurait être une vertu en politique comme ailleurs. C’est pourquoi il faut respecter l’autre physiquement, mentalement, respecter ses idées, ses pensées même si elles ne sont pas conformes aux nôtres. Cela fera changer tout le contexte dans notre pays », j’applaudie des deux mains et, me réjouis qu’il y ait dans notre pays un homme comme lui car, en effet la politique, au sens noble et pratique du terme, ce n’est pas la ruse, ce n’est pas la brutalité même habillement maquillée comme sait si bien le faire le régime en place à Yaoundé. Et ce n’est d’ailleurs pas par hasard que l’on dit de son chef qu’il cache une main de fer dans un gant de velours. La politique, voyez-vous, c’est le respect, l’amour, le dialogue même avec ceux qui ne pensent pas comme vous. Et dans ce registre, je dis très souvent et en apparence trivialement, aux jeunes compatriotes qui pensent qu’il faudra se venger de tout le mal qui nous est fait que, quand le régime de Biya prendra d’une façon ou d’une autre fin – car, à cause de sa propre myopie et sa méchante bêtise, il n’est pas exclu qu’il prenne hélas fin dans la douleur et la tourmente -, je serai de ceux qui se mettrons en travers du chemin de tous ceux qui voudront attenter à la vie du président déchu, de sa femme et de ses enfants.

Il m’a été rapporté, il y a quelques années que, après le changement de régime en Guinée Conakry, la femme du président Sékou Touré avait été violée par la soldatesque qui entendait humilier et prouver à la première Dame qu’elle n’était plus rien, maintenant que son mari de président n’était plus aux commandes. Qu’elle ne valait plus rien et donc ne méritait plus aucun respect de leur part. Non au Cameroun, si des gens comme moi et M.

Titus Edzoa qui dit ceci : « Ce qui est important c’est que mes convictions politiques sont des convictions pour le bien-être collectif, le bien-être de l’autre. Quand le bien-être de l’autre réussit, le mien réussit deux fois », se trouvent dans les fourgons de la révolution qui mettra un terme à la gabegie et à la soft dictature qui caractérisent notre pays depuis plus de trois décennies maintenant. Il ne sera plus jamais question, de tels infamies et, actes ignobles et dégradants. Au prix de ma vie notamment, Mme Biya sera respectueusement traitée et n’aura de comptes à rendre qu’à la Justice de notre pays devant laquelle ses droits seront strictement et absolument garantis. Qu’est-ce qui justifiera une telle attitude de ma part ? Deux raisons simples au moins : Premièrement, je suis humaniste, et à ce titre, j’ai un profond et réel respect pour la personne humaine en tant qu’entité, et sa vie qui, est un don précieux et unique en son genre, de Dieu notre Père Créateur. Deuxièmement, je ne souhaite pas voir se reproduire dans mon pays dont j’ai une très haute idée, toutes les méchancetés gratuites du régime de Paul Biya. En effet, c’est tout autre chose et ceci sur tous les plans, moral ou esthétique, que nous allons mettre en place car, le Cameroun le mérite bien et c’est l’idée que nous nous faisons, mes amis et moi, de notre pays qui, n’a absolument rien à voir avec toutes les turpitudes et autres absurdités qui s’y déroule depuis que Paul Biya en a la charge suprême et en exerce le magistère.

Pour donner sommairement une idée des grandes lignes de ce qui se fera pendant le nouveau régime, le Cameroun ne sera plus la propriété d’un chef d’Etat comme cela est le cas aujourd’hui. Il sera celle de toutes ses populations et on entendra plus jamais dire à la CRTV comme je l’ai entendu dire il n’y a pas longtemps par un vil et malheureux serviteur du régime que l’on présenta comme membre du RDPC, parlant des prérogatives en matière de nomination, je crois : « Le président de la République fait ce qu’il veut ». Le pauvre hère, croyais être intéressant en faisant une telle déclaration surannée. Savait-il seulement que le président Obama des USA, qui ne joue pourtant pas dans les championnats de quartier comme où se produit Paul Biya, dans le domaine des nominations, est obligé de se conformer aux décisions du Sénat des Etats-Unis qui doit approuver constitutionnellement ses choix ? S’il le savait, il ne parlerait pas avec autant d’emphase. Non. Le président de la République qui sera mise en place dans le nouveau régime, ne fera pas ce qu’il veut, il ne sera pas au-dessus des lois de notre pays et surtout pas de sa constitution et de ses populations. Ce sera même plutôt l’inverse. Dans cette République-là, personne ne sera plus jamais exclu de la réflexion et des décisions devant concourir au bien-être des populations. Cela peut paraître inimaginable, incroyable à entendre et même comme une vue de l’esprit en comparaison de ce que vivent les Camerounais depuis trente ans. Nous le comprenons car, ils ont fini par croire par ignorance et par toutes sortes d’artifices dont use et abuse le régime pour arriver à ses fins, que ce qui a cours dans la gouvernance de leur pays aujourd’hui, est la norme des choses. Non, pour s’en convaincre et savoir que ceci ne relève pas du miracle, mais des choses tout à fait palpables, tangibles et possibles, nous invitons nos compatriotes à regarder comment les choses se passent dans d’autres pays. Bien évidemment pas en Centrafrique, ni au Soudan du Sud, des pays qui ne sauraient être des parangons.

L’autre chose que je partage avec M. Titus Edzoa qui, comprendra que je ne donne pas du professeur en parlant de lui depuis le début dans ce texte, simplement parce que je ne sais plus ce que vaut en réalité ce titre dans ce pandémonium qu’est devenu le Cameroun, est qu’en seulement cinq minutes, il ait compris et reconnu que mon ami et compatriote Alexandre Awala Biyidi, alias Mongo Béti, était une icône. Lisez et appréciez vous-mêmes ce qu’il dit de cette illustre compatriote qui m’a le très grand honneur de m’accepter comme ami. Chose que Odile peut confirmer, s’il en était besoin : « Qu’est devenu le Comité de soutien de Titus Edzoa ? Ceux qui ont lu mon ouvrage ont vu que dans les remerciements, le Comité de libération de ma personne a été signalé avec beaucoup d’appui. Parce qu’à ce moment-là, ils étaient peu nombreux qui étaient prêts à s’afficher. Paix à son âme, M. Mongo Beti a pris mon parti. Je ne l’avais jamais rencontré auparavant. C’est ça les grandes âmes qui vivent par rapport aux valeurs. Un jour, il vint me rendre visite au Sed, il était habillé en jeans et en tricot.

Quand je sors de la cellule, je vois un visiteur insolite. Il se lève tout de suite. Il me dit «Ah ! Cher ami. Je suis venu vous serrer la main. Vous avez eu le courage de faire le combat au Cameroun. La seule chose que je regrette c’est que moi je l’ai fait à l’extérieur. Mais, nos convictions se rejoignent». Qui étais-je à côté de cette icône ? Ceci s’est passé en cinq minutes. Quand les geôliers se sont rendus compte que c’était Mongo Béti, ils lui ont dit qu’ils regrettaient, que l’entretien ne pouvait plus continuer. C’est la dernière fois que je vis ce grand homme. Je ne sais pas ce qu’est devenu ce comité. Mais, je vais les contacter pour leur dire merci. Je vais envoyer une invitation à Mme Odile Tobner [qui a préfacé son livre «Méditations de prison», Ndlr], l’épouse de Mongo Béti pour lui dire merci. ».

Monsieur Titus Edzoa, en attendant qu’Odile prenne langue avec vous, l’ami de Mongo Béti que je suis, pour avoir été de tous ses combats et bien que n’ayant pas été membre du COLICITE, parce que le destin en a décidé autrement avant que cela ne se fasse, avec le rappel à Dieu de son fondateur, accepte fraternellement et sincèrement, vos remerciements. En effet, Mongo était une icône dont l’image et la pensée patriotique, le moment venu, à l’instar de ce qui est fait dans les Eglises de rite oriental, sera affiché dans tous les lieux publics de notre pays qui le célébrera alors comme il se doit et le mérite. Mongo, Béti ne vous connaissez pas plus que vous ne le connaissiez. C’est vous qui nous le dites. En prenant fait et cause pour vous, l’humaniste et démocrate qu’il était foncièrement défendait simplement votre droit de citoyen à prétendre aux plus hautes fonctions de notre pays en vous présentant à l’élection présidentielle. En nous ayant livré, deux jours seulement après votre sortie de bagne, le fond de votre pensée, je pense sans aucune crainte de trahir sa mémoire ou sa pensée, que Mongo Béti vous aurez approuvé et soutenu, en apprenant que, comme lui, vous n’avez pas le syndrome des hauteurs, ce terrible mal insidieux qui, a fait de nombreux gouvernants et dirigeants du continent, des assoiffés de pouvoir prêts à tout pour le conquérir, l’exercer et le conserver, Ad vitam æternam: « Nous avons la culture du poste dans notre pays. C’est une des caractéristiques de notre système que j’abhorre. Comment pouvez-vous pensez qu’on doit vivre en attendant d’être nommé ? C’est incroyable. C’est pour cela que quand on est nommé, que ce soit dans le bon sens ou dans le mauvais sens, on prend des dispositions qui n’ont rien à voir avec l’intérêt collectif. Alors je voudrais vous répondre avec précision. Je n’attends rien, aucun poste ! Et ça ne me gêne pas. Il y a mille façons d’être utile dans la République. Si le poste arrive, je peux le refuser ou l’accepter mais j’aurais le devoir de vous expliquer. »

En conclusion de cette adresse qui ne saurait surprendra le phœnix que vous dites être, ainsi que vous l’affirmez dans votre propos ci-après que je cite encore : « Dernièrement à la Cour suprême, j’ai dû dissocier les deux choses en faisant une comparaison anodine entre deux oiseaux. L’un l’épervier et l’autre le phœnix. L’épervier vole très bas et attrape les poussins. Le phœnix vole très haut, autour du soleil et il a la faculté de renaître toujours de ses cendres. Je fais plutôt partie de cet univers-là. C’est pour cela que vous me voyez devant vous, je me crois assez lucide, après 17 ans. Le phœnix qui habite chacun d’entre nous, nous aide à traverser les épreuves difficiles et ce sont ces épreuves qui libèrent l’homme. C’est ça la philosophie de l’homme politique que je suis », le militant de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) que je suis depuis 1975, le fidèle compagnon de lutte de Ngouo Woungly-Massaga, son ancien secrétaire général émérite, que vous connaissez très bien, M. Edzoa, ne serait-ce que pour l’avoir reçu une fois au moins, dans votre logis, vous assure d’une part, de sa fraternelle compassion pour l’indicible épreuve que vous venez si injustement de vivre pendant 17 ans, et d’autre part, vous accorde son ferme soutien si jamais, vous décidiez de vous remettre au service du bonheur des Camerounais, notre cause commune, en vous lançant de nouveau résolument, dans le combat politique. Un engagement de votre part, qui ne viendrait alors que mettre en cohérence ce qui suit et qui est encore une fois de vous : « Avant ma détention, j’avais la vision d’un homme d’État et un homme d’État est formé. Mais aujourd’hui, j’ai la vision d’un homme politique et un homme politique se forme. Le jour où j’ai démissionné, où j’ai décidé de me présenter comme candidat, c’est ce jour que j’ai décidé d’être un homme politique. Si un homme politique se forme, ce n’est pas du jour au lendemain. Ça se prépare intérieurement, extérieurement. Je peux vous le dire, je n’ai pas souhaité la prison, mais la prison m’a donné une occasion unique. J’ai appris des choses que je ne pouvais pas apprendre autrement. Si bien que j’aurais tout le temps pour partager avec vous mes pensées politiques. Je peux déjà vous rassurer qu’elles sont ce qu’elles ont été il y a 17 ans. Mais avec des ouvertures beaucoup plus puissantes. »

Monsieur Titus Edzoa, cher compatriote, au nom de l’amour que nous avons tous les deux pour notre beau pays dont nous avons une haute idée absolument aux antipodes du triste sort qui lui est malheureusement fait à notre corps défendant, depuis plus trente ans, le militant et patriote que je suis, déclare solennellement être solidaire de votre combat future pour la libération véritable et l’honneur du Cameroun jusqu’ici foulés aux pieds. Peut-être, êtes-vous le maillon qui manquait à notre héroïque et noble lutte dont, le but ultime doit permettre au soleil, de briller de nouveau sur le Cameroun.

Aux noms de tous les patriotes ayant un certain niveau de discernement politique et une certaine intelligence politique des événements, je vous souhaite la bienvenue dans notre combat car, comme vous, nous pensons que : « … qu’il faut toujours regarder l’avenir avec optimisme. Tout ce qui arrive même si apparemment cela paraît négatif ou tumultueux, il y a toujours un enseignement. Pour notre pays en ce moment c’est chacun qui doit être vigilant et surtout éviter la violence. Ça n’amène nulle part cette force physique. Souvent ceux qui veulent démontrer qu’ils sont forts démontrent par-là leur faiblesse cachée. Je suis un martial, vous le savez. Il faut être fort mais ce qui est important c’est la puissance. Quand cette force est mise en mouvement, il faut savoir la maîtriser. Il n’est pas question de démontrer qu’on est plus fort que l’autre. Il faut attendre un mouvement pour un intérêt collectif. Ce n’est pas pour un clan ni pour un groupe de personnes. C’est ça l’espoir du Cameroun. »

*Jean-Pierre Djemba,Militant de l’UPC depuis 1975,Fidèle collaborateur du Commandant Kissamba et membre de son Secrétariat Particulier (SPK),Secrétaire général du Conseil des Cameroun de la Diaspora (CCD).

 

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