L’elite nordiste s’organise contre Boko Haram

L’elite nordiste s’organise contre Boko Haram

Le président de l’Assemblée nationale a réuni les forces vives du Grand Nord à Yaoundé.

Le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril, a pris la mesure des soupçons qui pèsent sur l’élite du Grand-Nord, toute tendance politique confondue, depuis l’enlèvement des trois religieux à Tcheré le 04 avril 2014. D’habitude si prompts à se mobiliser au moindre prétexte pour témoigner de leur fidélité sans faille au Président Paul Biya et à la paix, le silence des barons des régions septentrionales devenait plus que suspect devant une menace aussi grande à la crédibilité du discours politique du chef de l’Etat.

Et certains médias, qui ont mis une couche de vernis en s’interrogeant à haute voix sur les rôles supposés des uns et des autres dans le développement de l’industrie de la prise d’otage dans le Septentrion, a fini par convaincre de l’urgence de sortir du bois. Première personnalité politique du Grand Nord sur le plan protocolaire, Cavaye Yeguié Djibril a donc réuni le 10 avril 2014 à Yaoundé, ministres, députés, sénateurs et autres hauts fonctionnaires originaires des régions septentrionales.

Cette mise en scène dans la capitale est d’abord et avant tout une opération marketing en direction du reste du pays. Accusée à tort, comme du temps de la splendeur des coupeurs de route de tirer avantage de cette situation trouble, l’élite nordiste a d’abord eu à coeur d’afficher sa détermination à combattre les errements d’une secte qui gangrène sérieusement la quiétude des populations.

«Il est difficile de ne rien faire, même à titre symbolique. Le Cameroun nous regarde et bien que nous ayons conscience que cette rencontre est une goutte d’eau dans la  mer, le pire aurait été de rester les bras croisés. Il faut bouger les lignes», témoigne un originaire de l’Extrême-Nord qui a participé à la rencontre. Cependant, sous cape, une partie de l’élite regrette l’absence de stratégie du gouvernement face à la secte Boko Haram. «C’est le brouillard total et cela se voit sur le terrain où chacun va de son côté. Il n’y a pas une politique clairement définie. Nous nous mobilisons contre qui ? Boko Haram. Quelle réponse voulonsnous apporter au problème ? Une   réponse militaire, économique ou politique ? Comment et avec  quelles ressources ?», se demande un ministre.

Du coup, faute de visibilité, l’élite elle-même ne sait plus sur quel pied danser. Elle ignore si la démarche actuelle doit se limiter à empêcher les prises d’otages ou alors à barrer la voie à la secte Boko Haram au Nord-Cameroun ? Ces interrogations laissent d’autant plus songeurs l’élite du Grand Nord qu’elle est coupée depuis plusieurs années des cercles de décisions sur les questions sécuritaires du fait de sa quasi absence dans la chaîne de commandement de l’armée, de la police, de la gendarmerie et des renseignements.

«Au cours de cette rencontre, personne n’a pu dire concrètement quelle est l’ampleur des mesures prises sur le terrain pour faire face au problème, parce que personne d’entre nous n’est associée ni à la réflexion ni à la prise de décision sur le terrain.», regrette un député. Il pointe ainsi la mainmise exclusive des originaires des régions du Centre, du Sud et de l’Est sur l’appareil sécuritaire du pays, toute chose qui a un impact, selon lui, sur la collecte de l’information stratégique auprès des populations locales sans laquelle l’armée ne peut efficacement opérer.

«Nous n’avons pas d’interlocuteur ni dans le milieu du renseignement, ni dans celui de l’armée. On nous demande de mobiliser les chefs traditionnels, de les sensibiliser, mais qui ignore les méfaits de Boko Haram ? Sur le terrain, ils pointent du doigt la corruption des forces de l’ordre, les mêmes éléments de Boko Haram qu’on arrête aujourd’hui et qu’on libère demain.

Dans ces conditions, ils pensent que leur sécurité n’est pas garantie», poursuit-il. De plus, au sein de l’élite du Grand-Nord, les frictions internes, malgré la gravité de la menace, ne contribuent pas à la  mise sur pied d’un cadre commun de réflexion. Il n’est un secret pour personne que le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril, et le vice-Premier ministre Amadou Ali, sont en concurrence sur ce dossier sensible. «Ils disposent de bons relais au Nigeria qui leur a permis d’être actifs lors de la libération de la famille Moulin-Fournier et du père Vandenbeusch. Si c’est pour retrouver les otages, ils ont une longueur d’avance. Si c’est pour travailler à ce que la prise d’otages cesse dans le Septentrion, alors là, les conditions du moment ne s’y prêtent pas en l’absence d’un dispositif de renseignement efficace.

A chaque prise d’otage, trop d’argent circule. Actuellement, il y a plus d’intérêt dans la perpétuation du phénomène que dans son éradication », susurre une élite. Voilà
qui est dit.

 

camernews-bokoharam

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