le Président Paul Biya et les Papes

le Président Paul Biya et les Papes

Nombreux sont les Chefs d’État du monde et d’Afrique qui aimeraient bénéficier de la sollicitude dont jouit Paul Biya auprès des instances romaines, particulièrement auprès des Papes qui, depuis la fin du IIème millénaire, marquent la vie de l’Église universelle. En accédant à la Magistrature suprême, le 6 novembre 1982, Paul Biya annonçait un programme politique autour de deux principes fondamentaux : la Rigueur et la Moralisation, qui n’étaient autre chose qu’un paradigme spirituel, façonné depuis l’école primaire catholique de Nden par son Curé de l’époque, Antoine Wollenschneider, et consolidé par ses années de formation au pré-séminaire d’Edéa et au petit séminaire d’Akono,de 1947 à 1954. L’homme est resté très proche du moule ecclésial qui a constitué le substrat de son éducation, autant religieuse que sociale et politique et qui a donné à sa personnalité, un humanisme qui explique, à notre sens, sa longévité au pouvoir.En 1978, le siège pétrinien est occupé le Pape Jean Paul II, un Polonais qui est venu rompre une tradition qu’on n’avait plus vécue à Rome depuis 1522, par l’élection d’un Pape non italien. Élu le 16 octobre 1978, Jean Paul II entreprend de nombreux voyages pastoraux dans le monde. C’est en 1980, qu’il organise son premier voyage en Afrique. Du 2 au 12 mai 1980, il visite six pays : le Zaïre, le Congo, le Kenya, le Ghana, le Burkina-Faso et la Côte-d’Ivoire.

Il faudra attendre son troisième voyage, du 8 au 19 août 1985, pour que le Cameroun soit honoré par sa visite. Du 10 au 14 août 1985, le Pape Jean Paul II visite le Cameroun et se rend dans chacune des quatre Provinces Ecclésiastique que comptait alors notre Église locale. En 1985, Paul Biya ne comptait que trois ans d’exercice du pouvoir. la visite du Pape venait le conforter dans ses options et son intention d’entreprendre la démocratisation des institutions de la République. Il faut le dire sans ambages, cette visite était surtout un réconfort moral pour Paul Biya qui, le 6 avril 1984, avait fait face à un coup d’État, qui fort heureusement, avait échoué. Mais ce coup d’État manqué a tout de même endeuillé de nombreuses familles camerounaises. La visite du Pape Jean Paul II, pour tout dire, était alors une bouffée d’oxygène spirituel qui permettra au Chef d’État de poursuivre les réformes dont le pays avait besoin sur le double plan démocratique et économique. Cette visite était donc un signe d’espérance.

C’est d’ailleurs par ce mot que Paul Biya salua le Successeur de Pierre Apôtre, à son arrivée à l’aéroport de Yaoundé « Vous êtes l’incarnation de la justice, de la dignité et de l’espérance des hommes ».En quittant le Cameroun le 14 août 1985, personne ne songeait à une autre visite du Pape au Cameroun. Mais la Providence avait placé notre pays au cœur de la 1ére Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques. En effet, notre pays, en raison de sa stabilité politique et des conditions de sécurité qu’il offrait, fut choisi comme la 1 ère étape de la promulgation de l’Exhortation Apostolique Post synodale Ecclesia in Africa. Ainsi, dix ans après sa première visite, le Pape Jean Paul II revenait au Cameroun pour remettre aux Églises d’Afrique les conclusions du premier Synode des Évêques consacré à l’Afrique. Paul Biya est aux avant postes de cet événement, non seulement pour avoir invité le Pape à venir promulguer l’Exhortation au Cameroun, mais encore et surtout, en sa qualité de Chef d’État, c’est lui qui doit accueillir le Pape à son arrivée au Cameroun. Le 14 septembre 1995, le Pape Jean Paul II qui effectue son onzième voyage missionnaire, est effectivement accueilli à Yaoundé par Paul Biya.

Dès la signature de l’Exhortation Apostolique Post Synodale Ecclesia in Africa, dans la salle des Actes de la Nonciature Apostolique à Yaoundé, Paul Biya est le premier Chef d’État et le premier laïc africain à se voir remettre le texte d’Exhortation, un privilège à la hauteur de sa politique qui fait du Cameroun un des pays les plus stables d’Afrique, et de sa foi religieuse certes discrète mais réelle et profonde. Un synode pouvant en cacher un autre , le Pape Jean Paul II, avant sa mort le 2 avril 2005, a prévu une deuxième Assemblée synodale que son successeur, le Pape Benoît XVI, va faire aboutir en 2009. Le Cameroun, déjà considéré comme « terre synodale » est choisi par le premier Pape du troisième millénaire, (élu le 19 avril 2005) pour remettre aux Eglises d’Afrique l’Instrumentum Laboris (Document de travail). Il séjourne au Cameroun, du 17 au 20 mars 2009. Paul Biya, qui a préparé cette visite avec l’attention exigée, peut à juste titre se prévaloir de la qualité d’un homme d’État qui a eu l’insigne honneur de recevoir en moins de 25 ans trois visites papales et deux Papes. En tout cas, en Afrique, il est le seul Chef d’État que la Providence a gratifié d’un tel privilège.

La renonciation du Pape Benoît XVI, le 28 février 2013, et l’élection du Pape François le 13 mars 2013 ont été suivies au Cameroun avec le maximum d’attention. Des messes d’action de grâce ont été célébrées dans tous les diocèses du pays. Mais rien ne laissait croire que Paul Biya serait reçu de si tôt par le Pape François, dont la première année de pontificat s’est annoncée si serrée en activités. Les milieux informés avaient parlé d’une audience que le Pape Benoît avait prévue le jour même où il renonçait à sa fonction de Pape, mais l’agenda du Pape Benoît XVI n’engageait pas forcément celui du Pape François. Et c’est donc contre toute attente et à la grande satisfaction de l’opinion publique camerounaise qu’on a appris que le Pape François allait recevoir le Président Paul Biya le 18 octobre 2013 à Rome.Il est important de souligner que ce n’est pas la première visite que Paul Biya effectue au Vatican. En diplomatie, le principe de réciprocité est de règle.

Les relations diplomatiques qui lient le Cameroun au Saint-Siège depuis 1966, ont fait jouer ce principe .Mais au-delà de la diplomatie, il y a entre Paul Biya et les Papes, un lien affectif très fort. En octobre 1986, Paul Biya est reçu à Rome par le Pape Jean Paul II. Cette visite a permis de raffermir les relations entre le Vatican et l’État du Cameroun. Aussi en 2002, Paul Biya, va-t-il nommer un Ambassadeur à Rome couvrant uniquement le Saint-Siège, en la personne de Philipe Mataga. Décédé avant d’avoir pris le service, Paul Biya nomme un nouvel Ambassadeur, le 25 janvier 2008, en la personne d’Antoine Zanga qui est actuellement en poste.Le 8 avril 2005, Paul Biya participe en personne aux obsèques du Pape Jean Paul II, à Rome.

Il convient de mentionner également la participation du couple présidentiel à la messe de béatification du Pape Jean Paul II, le 1er mai 2011. C’est dire toute l’attention dont le Chef d’État camerounais entoure les relations entre la Cité du Vatican et son propre pays. La proximité entre Paul Biya et les Papes, depuis son accession à la Magistrature suprême, s’explique par un autre paramètre qui est celui d’une laïcité ouverte à toutes les communautés de foi qui œuvrent pour le bien spirituel et l’épanouissement socio-économique des Camerounais.L’Église catholique, dont il est un des fidèles les plus illustres, œuvre dans ce sens. Paul Biya est un homme d’État qui réussit à vivre sa foi , sans mettre en péril la laïcité dans un État où le pluralisme religieux est la caractéristique indélébile du paysage

religieux.

La rencontre officielle du 18 octobre 2013 a permis au Pape François et au Président Paul BIYA d’avoir une large convergence de vues sur le dialogue et les négociations en Afrique ainsi que sur la nécessaire mondialisation de la fraternité et de la solidarité. Cette rencontre et celle avec le Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, Mgr Dominique Mamberti, ont permis d’évoquer la signature prochaine d’un accord juridique sur le statut de l’Église catholique dans le pays. Les deux parties ont souligné la contribution positive de l’action de l’Eglise au Cameroun, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, mais aussi en faveur de la paix et de la réconciliation. Il a été aussi question de « certains défis auxquels fait face l’Afrique sub-saharienne et de l’engagement camerounais en faveur de la sécurité et de la paix dans la Région».

Pr Jean Paul Messina