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LE PEUPLE NOUS PARLE, MAIS L’ÉCOUTONS-NOUS ? PAR VINCENT-SOSTHÈNE FOUDA

LE PEUPLE NOUS PARLE, MAIS L’ÉCOUTONS-NOUS ? PAR VINCENT-SOSTHÈNE FOUDA

Non, ce n’est pas une prédication au cœur d’une république des chapelles et des dieux. C’est un regard aussi froid que celui du monstre dont parle le philosophe allemand Nietzche. Notre peuple, celui des campagnes comme celui des bureaux, celui des vendeuses du sexe comme celui des vendeurs à la sauvette, le monde des étudiants comme celui des chômeurs nous parle tous les jours, mais avons-nous le temps pour l’écouter et des yeux pour le voir ?

Dans un premier temps, il faut déjà s’arrêter pour pouvoir se mettre à l’écoute. Beaucoup de personnes semblent entendre, suivre la conversation, mais en fait il n’en est rien. Elles continuent à s’affairer, à s’agiter. D’où l’importance de tout stopper, de faire comme un « arrêt sur ma vie » et là, je me pose, je ne fais rien d’autre à part tendre l’oreille et écouter pour entendre… Cela peut paraître stupide, inutile ou anodin d’écrire ces mots, mais dans la société actuelle, s’arrêter rien qu’un instant est pour certains un véritable défi !

Alors une fois que je m’arrête physiquement, il faut aussi que je m’arrête de penser. Bien souvent, alors que l’on nous parle, notre cerveau est comme en ébullition. Nous ne sommes pas à l’écoute mentalement. Il faut donc faire un effort là encore pour que notre esprit se mette en mode veille. Écouter, c’est aussi prêter attention à ce qui va être dit, que l’on soit d’accord ou non. Un avis, un conseil ne se donnent pas dans l’échange ou le dialogue. J’ai une personne à mes côtés qui prend du temps pour moi et même si ce n’est que cinq minutes, c’est la moindre des choses, que de me taire pour l’entendre. Trop souvent on accepte de faire la première étape, s’arrêter un instant, mais quand la personne donne son avis (surtout s’il est différent du nôtre) on n’arrive pas à se taire et on réagit. Pourtant cette phase est de loin la plus importante pour bien entendre : faire silence et surtout se taire. Eh oui ! Vous êtes des milliers à m’interpeller au quotidien ici, @ZDE2THREE, @WISEMAN, @KILZOK, @OSSUBITA, @MEDIATOR2012 etc., vous le faites avec élégance ou avec désinvolture, est-ce que je prends le temps de vous écouter ? Parce que vous êtes de ce peuple qui nous parle au quotidien.

Quel que soit l’avis donné, il faut que je l’entende pour pouvoir ensuite y réfléchir. Que je sois d’accord ou non, je pourrai alors peser le pour et le contre. Un avis, un conseil sont donnés dans le but d’avancer, de trouver une solution, de franchir une étape. Écouter et y réfléchir sera salvateur dans la plupart des cas parce que cela me permettra de faire la part des choses, de me repositionner, de relativiser aussi. Ce n’est pas pour autant que je vais changer d’avis sur le sujet, mais écouter me permettra peut-être d’apporter une nouvelle couleur, une nuance à mon point de vue, d’avoir une nouvelle perspective. Oui, aujourd’hui alors que chaque fibre de mon corps est en ce moment à la limite de l’épuisement ; de la rupture ! La bête immonde est de retour. J’ai beau me dire que nous devons aller lentement, oui plus c’est lent, meilleur c’est… Mais la vérité est ailleurs et je crois que je passe à côté de quelque chose d’important, de capital dans cette dernière bataille… mon épouse m’a monté un thé dans mon bureau et m’a dit, « je souhaite que tu écoutes ça, c’est bon pour toi » c’est une chanson de Elodie Frege et les premiers m’ont inspiré le titre de ce papier :

Fais tomber les armures Viens casser pierre à pierre tous les murs Et combler les distances qui t’éloignent de moi Je partage tes blessures Je comprends tes erreurs, tes ratures Si tu me dis les mots que tu pensais tout bas Viens jusqu’à moi Viens jusqu’à moi

Comment et après ces mots ne pas m’arrêter, ne pas prêter l’oreille ? Notre peuple nous parle au quotidien, les arbres de la forêt nous parlent, les eaux des ruisseaux, des rivières, des fleuves nous parlent, la faune, la flore nous parlent. Le cri de notre peuple ne saurait nous laisser indifférents encore longtemps… Qui peut comprendre qu’à Douala le centre d’oncologie (pour le cancer) reçoit au quotidien 100 patients, que celui de Yaoundé est fermé depuis 3 ans ? Qui peut comprendre que le dernier rapport de l’ONU (paru ce jour) s’inquiète de la gestion de l’eau alors que dans 70% des localités du Cameroun les populations ont soif d’eau potable ? Qui peut croire que chez nous les enfants des voisins et les nôtres sortent tous les matins pour étudier dans un tel établissement ? Qui peut croire que de nombreuses familles font leurs courses quotidiennes dans les poubelles des marchés de nos villes ? Qui peut croire que de nombreuses femmes sont violées au quotidien dans nos villes, dans nos villages, dans les établissements scolaires ? Quand la source intérieure s’assèche que nous reste-t-il ?

Place CES de DATCEKA:Camer.be
CES DATCEKA:Camer.be

(crédit photo Bernard Njonga)

Qui peut alors croire que dans ce pays où les populations (la majorité) manquent du strict minimum l’on organise des obsèques à 400 000 millions de Francs CFA et que l’on distribue de l’argent aux populations pour pleurer un mort ? Oui, ceci se comprend dans l’état de désespoir dans lequel est plongée la population. Mais n’y a-t-il pas un message ? Ce peuple ne nous parle-t-il pas ?

 

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