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LE CHEF DES ARMÉES CAMEROUNAISES DÉSERTE

GUERRE CONTRE BOKO HARAM : LE CHEF DES ARMÉES CAMEROUNAISES DÉSERTE

Le président de la République a quitté le pays dimanche pour «un bref séjour privé en Europe», alors que la guerre continue de faire rage contre les islamistes armés du Nigeria.

C’est dimanche en fin de matinée que le chef de l’Etat, en compagnie de son épouse et de ses proches collaborateurs, a quitté le Cameroun pour «un bref séjour privé en Europe», selon un communiqué laconique du Cabinet civil de la présidence de la République. Le même communiqué ne précise ni le lieu, ni la durée, et encore moins le but de ce «séjour privé». Si la constitution, et les textes réglementaires de la République n’interdisent pas au président de la République de prendre des congés, il reste que le caractère privé de cette visite, aux forts relents de villégiature, laisse plus d’un pantois dans le contexte actuel où des soldats laissent quotidiennement leurs vies au front pour la sauvegarde de l’intégrité territoriale. Ayant habitué ses concitoyens à ses «courts séjours privés en Europe» -un à deux mois hors du pays-il parait évident, aujourd’hui, que le chef des armées a opté pour le luxe de l’hôtel Intercontinental de Suisse où il aurait ses habitudes en Europe, pendant que les soldats qu’il a déployés au front s’assurent, au prix de leur vie, que le pays ne tombe pas dans le chaos et la barbarie du radicalisme religieux de Boko Haram.

Bien que ne se formalisant plus sur ces absences de leur président, les Camerounais conçoivent mal que dans le contexte actuel, ce dernier préfère le farniente sur les bords du lac Leman près duquel s’élève  le   prestigieux Intercontinental. «On est en guerre, et toute la nation est mobilisée. Tout ce que nous voulons savoir, tout ce que nos soldats veulent savoir, c’est que leur chef est là avec eux», relève Daniel. T, employé d’assurance. Ndi Eugène Ndi, rédacteur en chef à Watch éructe : « bien que le président ait vraiment été en poste tout ce temps, je pense que partir en vacances à un moment où le pays est en guerre est déplacé. Il est le commandant en chef des forces armées et ne devrait pas être absent quand ses éléments sont au front. Je pense que même nos soldats voient d’un mauvais œil le fait qu’ils se battent pour l’Etat et le chef de l’Etat les abandonne pour des vacances en Europe». Des positions tranchées que relativisent cependant certains observateurs.

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Beaucoup en effet, à l’instar de Mathias Eric Owona Nguini, pensent qu’il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. Pour ce politologue et enseignant d’Université, si le président se permet aujourd’hui des vacances, c’est qu’il « est sûr de son dispositif Le pays fonctionne depuis longtemps sous dispositif automatique, et le président est confiant que son absence n’est pas un handicap». « Le niveau d’information qui est celui du chef de l’Etat lui permet également de juger que la situation actuelle sur le front n’impose pas sa présence permanente», ajoute-t-il. Mathias Eric Owona Nguini apporte pourtant un bémol : ‹‹si l’absence du chef de l’Etat se prolonge, de plusieurs semaines par exemple, alors il y aura des questions à se poser sur l’incidence sur le moral des troupes engagées».

On ne peut cependant ne pas relever que le président Paul Biya fait montre, depuis le début de ce conflit, d’une superbe indifférence sur le volet humain. Le commandant en chef n’a par exemple jamais daigné se rendre sur le terrain, pour apporter in situ son soutien aux soldats, préférant de loin le faire sous les lambris dorés de Yaoundé au travers de discours politiques. De même, en septembre dernier, Paul Biya ignorait la vingtaine de soldats tombés au front et dont les hommages militaires au quartier général de Yaoundé avaient provoqué une vive émotion au sein de la population.

C’est pourtant en tant que chef de l’Etat que le président déclarait à Paris au terme d’une conférence sur le terrorisme, la guerre à Boko Haram. On était le 17 mai 2014, et la secte d’illuminés armés du Coran avait déjà fait de nombreuses incursions meurtrières sur le sol camerounais. Et c’est en sa qualité de chef des armées qu’il ‘déployait quelques jours plus tard les forces de défense et de sécurité tout le long de la frontière avec le Nigéria pour enrayer les actions de Boko Haram. Si les militaires n’ont jamais boudé leurs traitements ou encore moins critiqué les choix stratégiques de la hiérarchie militaire, il n’en demeure pas moins que le président fait preuve d’une absence totale d’humanité dans ce conflit, trait essentiel à tout grand chef militaire.

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