Le Cameroun refuse de signer la charte sur la sécurité maritime

« Un jour, les générations futures diront que vous avez été de grands visionnaires. » Durant une courte saynète jouée en préambule de la cérémonie d’ouverture du sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la sécurité maritime, quatre enfants prophétisent un futur à l’Afrique, devant les 17 chefs d’Etat et 38 délégations présentes à Lomé, au Togo.

Quelques heures plus tard, l’Union africaine adoptera une charte sur la sécurité maritime, la première du genre dans le monde. L’objectif était en effet ambitieux. Pour Faure Gnassimbe, président du Togo et organisateur du sommet, il s’agissait de rassembler l’Afrique autour d’engagements contraignants contre la piraterie, contre la pêche illégale, ou encore pour la promotion de l’économie bleue. Avec 38 pays sur 54 ayant une frontière maritime, les enjeux maritimes sont une priorité pour le continent, et plus particulièrement dans le Golfe de Guinée, où 40 % du poisson pêché l’est de façon illégale et où la piraterie est devenue, depuis quelques années, la plus importante au monde.
Malgré la multiplicité des thématiques abordés, les sourires étaient de mise à la fin du sommet, une fois la charte adoptée. « On ne peut que saluer le fait que nous décidons de mettre ensemble nos moyens », s’est réjoui le

président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, signataire du texte, en rejoignant son véhicule.
« C’est la première fois que tous les pays du continent se mettent d’accord sur une thématique pareille, continue dans la foulée du président un ambassadeur burkinabè proche des négociations, avant d’ajouter : ce n’est pas grave si tout le monde ne l’a pas signé, l’essentiel est qu’elle ait été adoptée ».
Le refus de certains est en effet l’un des points noirs de cette journée : sur les 52 pays représentés à Lomé, 21 n’ont pas signé le texte. Parmi eux, de nombreux pays d’Afrique de l’Est (Ethiopie, Djibouti, Erythrée) et d’Afrique australe (Afrique du Sud, Namibie, Maurice, entre autres). « Il faut comprendre que ces régions sont moins touchées par la piraterie maritime, donc c’est normal qu’ils se sentent moins concernés », analyse Barthélémy Blédé, chercheur à l’Institute of Security Studies.

Des ratifications sont nécessaires
Mais le coup de théâtre de la journée réside sans doute dans le refus du Cameroun de signer le texte, alors que le pays avait pourtant organisé le sommet de Yaoundé en 2013 sur la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée.
Le sommet de Yaoundé, qui avait abouti sur une régionalisation des moyens de sécurité maritime, n’avait en effet pas eu les effets escomptés. Sur les deux centres de coordination régionaux prévus dans le Golfe de Guinée, celui d’Abidjan – le Centre régional de la Sécurité maritime pour l’Afrique de l’Ouest –, n’a pas encore vu le jour, alors que celui de Pointe-Noire – le Centre régional de la Sécurité maritime pour l’Afrique centrale –, affiche d’importantes lacunes techniques, selon plusieurs observateurs.
« Ça n’a aucun intérêt de vouloir créer des nouveaux organes alors que des mesures existent déjà au niveau national » Ousmane Diallo, direction du port de Dakar.
Dans le hall de l’hôtel, des remarques fusent, et la prudence est de mise. « Il ne faudrait pas que Lomé soit comme Yaoundé, et qu’on ne fasse plus rien dès que chacun est rentré chez soi après le sommet », soupire ainsi un membre d’une délégation d’Afrique de l’Ouest. « Ça n’a aucun intérêt de vouloir créer des nouveaux organes alors que des mesures existent déjà au niveau national », souligne de son côté avec insistance Ousmane Diallo, de la direction du port de Dakar, au Sénégal.