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La suspension d’Afrique media par le CNc : la Chaîne panafricaine est-elle victime d’un complot ourdi par le quai d’orsay et Bolloré ?

La suspension d’Afrique media par le CNc : la Chaîne panafricaine est-elle victime d’un complot ourdi par le quai d’orsay et Bolloré ?

La chaîne panafricaine d’information Afrique a été mise sous scellée par la police le 6 Août 2015 sur ordres du sous-préfet et sur réquisition du CNC .L’organe de régulation reproche à la chaine insoumise des propos tenus par certains intervenants pendant l’émission le <<débat africain>> où la France et les Etats-Unis ont été accusés de soutenir la secte terroriste le Boko Haram. Afrique Media faisait déjà l’objet de récriminations pour la récurrence <<de dérapages professionnels>> que le CNC considérait comme << susceptibles de porter atteinte à l’image et à l’honneur de personnalités, d’institutions et pays étrangers».

La chaîne panafricaine d’information dont le siège est basé à Yaoundé se revendique d’un journalisme résolument engagé. Elle a fait de la dénonciation de la Françafrique, du néocolonialisme, de l’impérialisme, sa ligne éditoriale.

Elle revendique par ailleurs une proximité avec les chefs d’Etat africains. Une attitude que certains trouveront étonnante. Nos chefs d’Etat n’ont-ils pas été accusés d’être des relais du néocolonialisme sur le continent ? Certains l’ont été. Pas tous. Obiang Nguema n’en est pas un. Mugabe est un résistant.

La chaîne panafricaine jouit d’une grande sympathie dans l’opinion publique africaine à l’intérieur du continent et dans la diaspora. Maurice Kamto sait désormais ce que ça coûte politiquement de critiquer une instance aussi représentative des préoccupations de l’Afrique profonde.

La ligne éditoriale d’Afrique Média peut être diversement appréciée. On peut estimer qu’un pays en voie de développement qui veut attirer sur son sol l’investisseur étranger n’a pas intérêt à laisser prospérer des discours dont le contenu xénophobe pourrait nuire à son marketing international. C’est probablement ce qu’on est tenté de penser lorsqu’on fréquente l’univers du commerce international. L’homme d’affaires qui sillonne le monde pour chercher des partenariats sera certainement interpelé par des personnes qui lui demandent pourquoi son pays devient inhospitalier ?

Sorti des soucis de gains et pertes qui obnubilent le monde des affaires, on sera plutôt tenté de considérer le discours d’Afrique Média comme un coup de colère légitime dan un monde où les rapports entre les civilisations sont violents. Le Camerounais d’en bas, celui qui vit des petits métiers regarde les médias français et constate comme tout le monde que la France vire au racisme de masse. Il a vu la montée d’Eric Zemmour. Il a vu un journaliste ouvertement raciste et xénophobe animer pendant des années la plus grande messe de service public,l’émission <<on n’est pas couché>> devant la complaisance du CSA ?devant la complaisance des élites françaises dans leur ensemble. Il a vu ce journaliste devenir une star dans le pays dit des droits de l’homme. On lui a rapporté que ce journaliste faisait en France des conférences à guichets fermés, qu’il a vendu un livre ouvertement raciste à plus de 600 mil exemplaires. Comment expliquer à ce camerounais d’en bas que la chaîne panafricaine Afrique média n’a pas le droit de faire sur l’occident , ce que Zemmour fait en France sur les immigrés. Existerait-il sur cette planète des populations qui méritent l’insulte et d’autres qui ne méritent qu’un traitement : Etre cajoler.

Nous ne savons pas très bien si les personnes qui ont sanctionné Afrique Media se posent ce genre de questions. Sanctionner un journaliste africain, chez lui en Afrique, au motif qu’il a critiqué un Etat de tradition coloniale, hautain et condescendant, dont les sondages révèlent le glissement vers le racisme assumé , ne témoigne pas d’une très sensibilité pour la condition noire dans le monde.

La Suspension d’Afrique s’inscrit dans une dérive dictatoriale déjà dénoncée par le SNJC (Syndicat national des journalistes camerounais).L’organe de régulation est devenu un organe de châtiment. Le gendarme des médias trouve goût à la punition. Le journal la dépêche a été interdit. Le Journal La Nouvelle a été suspendu pour 6 mois.Le soir ,le courrier et le devoir avaient eu des suspensions de 3 mois.

Le Conseil national de la communication a été plusieurs fois entraîné devant le tribunal administratif par des journalistes sanctionnés et a perdu des procès.

Il est souvent très difficile de faire la différence entre l’exercice légitime de la liberté d’expression, la place reconnue à la critique dans une société démocratique et l’atteinte portée à l’honorabilité des gens. Toute personne critiquée par un journal estimera qu’on a porté atteinte à sa dignité.

Le CNC reçoit souvent des plaintes venant des membres du gouvernement qui se plaignent du travail d’un journaliste. Le ministre Issa tchiroma avait saisi Le CNC contre le messager, Mutations et Emergence au motif qu’ils avaient failli aux règles de l’exercice de leur métier dans le traitement de l’affaire concernant la maladie du président Biya et l’affaire d’un photomontage attribué à Etoudi. Ces trois canards reprenaient des informations diffusées par le journal Le Monde. Nous rappelons au ministre tchiroma que le journalisme fonctionne comme la science. Il existe dans le journalisme comme dans la science une hiérarchie dans les sources d’informations. Certaines sources sont largement connues pour leur sérieux et sont respectées de tout le monde. Lorsqu’elles publient une information, elle fait autorité. Le journal le monde est considéré en France et partout sur la planète comme une référence inattaquable en matière de professionnalisme.

Monsieur Tchiroma n’ira quand même pas donner des leçons de journalisme à un quotidien comme le monde. Ce sont les maîtres de la vérification. Le monde est un peu comme le Washington post au Etats-Unis. On dit de ces journaux qu’ils sont plus informés que les services de renseignement.

Et la France dans tout cela

On a souvent parlé dans les pays en développement des élites compradores pour désigner cette population d’en haut qui travaille pour des intérêts extérieurs contre son propre peuple. Le CNC en ferait-il partie ?serait-il une force endogène à la solde des forces exogènes de la domination occidentale ? Serait-il manipulé par le Quai d’Orsay et les forces occultes de la Françafrique comme le suggère Luc Michel un analyste des questions internationales proche de la chaine panafricaine. Que la fermeture de la chaîne dissidente intervienne après le passage de François Hollande au Cameroun n’est pas fortuit. Le président français venait au Cameroun dans un contexte où le sentiment anti-français faisait à Paris l’objet d’une attention particulière. Personne n’est dupe. Il fallait mettre un terme à la flambée des discours xénophobes dont le Cameroun était devenu l’épicentre et Afrique Media le vecteur le plus redoutable. Redoutable , parce qu’il gagnait à sa cause une grande partie de la jeunesse. Rédoutable parce qu’il utilisait le logiciel diopiste. L’arrivée de Kemi Seba dans l’équipe rédactionnelle annonçait un regain de radicalité. L’élite française connaît sa force de frappe. Les services de renseignement américains considèrent le militant afrocentriste comme l’un des leaders d’opinion les plus dangereux au monde.

Si on allait d’une lecture franco-centrée on pourrait penser comme certains commentateurs hexagonaux tentés par le conspirationisme que la suspension d’Afrique media est en rapport avec le retrait de canalsat , le remplacement d’Afrique media sur canalsat par d’autres médias panafricains plus dociles, tout ceci étant bien entendu la conséquence du rachat par Bolloré du groupe multimedia Canal+/canal Sat /Vivendi…Bolloré n’a toujours pas digéré son bras de fer judiciaire avec Pius Njawe. Une Rude confrontation sur le terrain du droit où l’industriel avait perdu la face. Nous savons que depuis lors le besoin de redorer son blason sur le continent est une préoccupation constante dans le cercle de ses conseillers spécialisés l’Afrique. La chaine panafricaine est régulièrement citée dans des dîners parisiens regroupant les gourous du marketing, des lobbyistes, d’anciens militaires reconvertis à la guerre économique.

 

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