La Musique dans tous ses etats par Suzanne Kala-Lobè

Comme une célébration en vaut bien une autre, la rituelle Fête de la Musique, inventée  par Jack Lang il y a trente ans et plus a du mal à cadencer le temps  et marque le pas. Devenue juste un rituel

structurant culturel, elle est célébrée dans cent pays de manière anodine, ordinaire  et sans tonus. Au Cameroun alors c’est le comble : des initiatives çà et là. Des sons d’ici et de là-bas. Des chanteurs, des chanteuses et musiciens en herbe sans grand éclat ni talent. Mais… The  show Goes on!!Sous des chapiteaux de  fortune, la sono peine à faire des arrangements! Il émane de la rue,  un son à faire   douter le fils d’Agatha Moudio  et trépigner d’impatience  Messie Martin.   Des pâles copies d’une musique de variété qui a du mal à  trouver le tempo  rythme la ville. Sous   un dimanche pluvieux donc ce 21 juin 2015, la Fête de la Musique traine lourdement ses notes. Elle a du mal à trouver ses émois et s’empêtre les gammes  dans la ville avec des ilots de sons, de bruits  et de musique. Que s’est-il passé pour que 30 ans après, ce rituel n’ait pas réussi à prendre ses marques au Cameroun ? Pourquoi ce jour-là faut-il  récupérer tous  les musiciens populaires en les amenant derrière la lutte contre Boko Haram, comme si tout l’avenir du Cameroun  culturel en  dépendait ? Un célèbre  stratège disait qu’il faut accepter de  perdre le présent pour préserver  l’avenir !!Mais tout se passe comme  si chacun avait choisi d’écraser les chances   du  futur en plombant le présent.

A l’origine de la Fête de la Musique lancée par Jack Lang il y avait une demande. Une réalité sociologique. Un développement sans précédent  de la  pratique  musicale  amateur qui impose à la puissance publique de  booster la rue afin que sa musique prenne ses marques dans la Cité. Il y avait des musiques parallèles qui se jouaient hors des conservatoires et  cette  musique populaire qui faisait ses gammes dans les  métros et  d’autres agoras publics.  Il y avait là où une femme à la voix pas possible interprétait  Edith Piaf comme  un ciel bleu ! Alors lui, le ministre de la culture, serviteur de l’Etat, s’intéresse à ce phénomène et fait entrer la pratique sociale dans l’histoire des besoins culturels. La Fête de la Musique est  donc instituée le soir d’un soliste d’été, le jour où le printemps passe la main à l’automne  et où les saisons promettent aux homes et aux femmes, des jours lumineux. Le son est de mise et le rythme  ne fait pas de fausses notes. Pas de dissonances. The show Goes on! Et puis les pays africains de manière mécanique, entrainés par les Centres Culturels Français, embrayent et emboitent le pas. La Fête de la Musique au Cameroun, n’arrive cependant pas à battre son plein ! Certes il y eu des moments  mémorables : cette année où Rido Bayonne avec son orchestre  fit danser Douala. Il y a  eu des balbutiements. Ces années où curieux le public  vint  s’agglutiner devant les scènes ouvertes où l’on voulait faire danser toute la variété camerounaise.  Mais il n’y eut jamais fête de la Musique en Juin qui put donner le ton et du souffle à la musique camerounaise.

En  ce dimanche pluvieux de Juin 2015, des  artistes de renom se sont massés à Yaoundé pour jouer. Sans joie. Sans sonates. Sans cadence. Juste pour ramasser les miettes que traine toujours Ama Tutu derrière elle, pour les appâter encore et toujours! Comment expliquer qu’un concept festif qui avait du sens  autrefois n’ait jamais pu prendre corps ni même forme au Cameroun ? Parce que les événements sont toujours la conjonction de plusieurs facteurs mais surtout la conjugaison de deux principes. Avoir le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté. Le pessimisme de l’intelligence permet d’analyser à un  moment x, l’attitude et le comportement de la demande sociale et de prendre la mesure des risques; l’optimisme de la volonté vous fait voir le côté où le verre au lieu d’être à moitié vide est  plutôt à moitié plein. Une façon d’évaluer  le potentiel de la mobilisation sociale et de l’exploiter. Ensuite il y a les mutations propres à la société dans laquelle et sur laquelle vous voulez agir. Dans la morosité structurelle de la musique camerounaise  sans douter de la créativité intrinsèque de chaque artiste,  que peut une Fête de la  Musique là où le Minac n’a guère de politique de promotion de la musique populaire ni même de  mise en valeur de ses musiciens ? Comment peut-on penser sous la pluie et en pleine saison des inondations, une Fête de la Musique en  plein-air quand les trombes d’eau  mouillent les partitions en  se déversant dans les rigoles? Comment peut-on célébrer la musique un dimanche sans innovation, sans utiliser les églises, sans  vedettes   locomotive,   sans mythe,  ni hymne,  ni rimes,  ni  allitérations ?

La Fête de la Musique disait Tom Yom’s, c’est en décembre,  l’été camerounais. Lui avait initié un rituel en tenant compte des réalités sociologiques, climatologiques et anthropologiques des conditions de production de la musique chez nous ! Un temps de Musique à une époque de l’année. Avec ses ambitions. Son imagination. Son organisation.  Ses approximations même! Il avait créé la Real Time Music. La première radio musicale du Cameroun. Avec des concepts esthétiques et artistiques.  Des voix féminines qui avaient du caractère. Il  a lancé sa première Fête de la Musique, Les Journées Camerounaises de la Musique (Jcm) en Décembre 2006 : l’année même de ses 50 ans. El l’année  au cours de laquelle  la variété camerounaise  devait fêter son demi-siècle. La musique sonnait. Les rythmes aussi. C’était en décembre. L’été camerounais. Depuis les expériences disparates laissent croire qu’il y  a encore des promoteurs de la musique. Ils se débrouillent en mettant  du son ici et là. Ils offrent des scènes ouvertes, mais le génie n’est pas là. Alors chacun  fait son groove et les villes murmurent sous le vide des bruits. La musique fait  un tintamarre et elle n’a pas de son. La Fête passe et… La vie continue tout doucement sans faire de bruit …. Begin the biguine …