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La «feuille de route» : ce qu’Ahmadou Ahidjo a laissé à son successeur constitutionnel au moment de la transition en novembre 1982

La «feuille de route» : ce qu’Ahmadou Ahidjo a laissé à son successeur constitutionnel au moment de la transition en novembre 1982

Le 04 novembre 1982, le président Ahmadou Ahidjo annonce sa démission de ses fonctions de président de la République Unie du Cameroun. Il fait un bilan général de la situation du pays qu’il a dirigé pendant plus d’un quart de siècle:

«S’il reste beaucoup à faire dans la grande et longue oeuvre de construction de notre cher et beau pays, nous avons ensemble accompli après l’indépendance, la Réunification et l’Unification, des progrès considérables dans tous les domaines. Notre pays dispose d’atouts importants. L’unité nationale consolidée, une économie en expansion continue, des finances saines, une justice sociale en amélioration, une population laborieuse et une jeunesse dynamique, de solides et fructueuses relations d’amitié et de coopération en Afrique et dans le monde ». Cette déclaration solennelle de l’ancien chef de l’Etat sert de base à la « feuille de route » qui sera léguée au successeur constitutionnel pour réussir sa mission. Ahmadou Ahidjo commence par énoncer la ligne directe de cette « feuille de route ».

« Des études récentes révèlent qu’à la faveur d’un taux de natalité élevé (5,7 naissances vivantes en moyenne par Camerounais), et d’un taux de mortalité en réduction sensible, le taux de mortalité en réduction sensible, le taux d’augmentation naturelle de notre population est d’environ 2,3% par an. Si l’amélioration des services de santé se développe, le taux d’augmentation naturelle de la population passera de 3% par an en 1985 et à 3,5 en l’an 2000 et, de 7,7 millions qu’était notre population en 1976, elle atteindra 16,5 millions d’habitants en l’an 2000. En l’an 2025, si ce scénario se maintient, notre population aura dépassé les 40 millions d’habitants »

« Nous devons en conséquence considérer que l’accroissement impétueux de la population est inquiétant et pose de sérieux problèmes dont la solution conditionne notre devenir. Notre devoir est alors de faire appel à nos ressources d’imagination, à nos facultés d’innovation et de créativité pour faire en sorte que la stratégie de la croissance économique intègre les problèmes que pose l’expansion démographique à la politique de développement ».

Puis, le président Ahidjo fait une évaluation sur les incidences amples et profondes de la croissance démographique. Au plan de la main d’oeuvre et des emplois des jeunes, Ahmadou Ahidjo déclare : «La proposition élevée des jeunes dans la population active signifie qu’un nombre important et rapidement croissant de ces derniers a entreront dans les rangs de demandeurs d’emplois ». « Il faut naturellement leur trouver des emplois. Si ces nouveaux actifs ne trouvent pas des emplois, ils iront grossir les rangs des non employés et des chômeurs. L’écart dans la répartition du revenu national pourrait alors s’aggraver et accroître les disparités sociales, créant ainsi un environnement propice à la délinquance et aux tensions sociales ».

Après l’évaluation, Ahmadou Ahidjo passe aux solutions : le processus de lutte contre l’exode rural et l’effort pour le développement maximum de l’espace national restent subordonnés à la mise en oeuvre d’un certain nombre de mesures qui permettent ;

  • D’assurer, au sein de campagnes, de développement des activités communautaires dans un cadre compétitif;
  • de garantir une juste rémunération des produits agricoles ;
  • de promouvoir l’organisation du cadre de la vie dans les campagnes en vue de les rendre plus attrayantes ;
  • de garantir l’octroi des facilités pour l’installation des jeunes et leur accès à la propriété
  • de mettre en oeuvre une meilleure organisation des circuits d’écoulement et de commercialisation des produits;
  • d’encourager la diversification des produits agricoles dans le sens de la revalorisation des produits vivriers.

Au début des années 80, Ahmadou Ahidjo fait le bilan de la situation économique de la nation : « La situation économique actuelle se caractérise à travers différents secteurs, par une nette reprise de croissance et une accélération des investissements productifs… Ainsi, l’économie camerounaise vient de franchir en 1979 le cap de 1000 milliards de FCFA constants pour le produit intérieur brut, ce qui est un résultat encourageant comparé aux 113 milliards de Fcfa en 1960». 1000 milliards en 1979 contre 113 milliards en 1960! Le milliard représentait pour l’ancien chef de l’Etat une valeur et une référence pour le « bien commun ». Sous le régime de son successeur, le milliard sera une somme modique que l’on peut détourner et accumuler sans scrupules. D’une manière générale, la « feuille de route » laissée par le président Ahidjo à son successeur concernait tous les secteurs de l’économie nationale: l’agriculture, l’industrie, les voies de communications, l’énergie et l’eau, l’urbanisme et l’habitat, les finances.

La feuille de route laissée par Ahmadou Ahidjo à son successeur dans le secteur industriel comportait sept points précis :

  • L’intensification de la politique de transformation des matières premières locales ;
  • La création des complexes agricoles agro-industriels de grande superficie ;
  • La promotion d’une industrie lourde qui sera facilitée par la réalisation des barrages de Songloulou et de Lagdo;
  • La création d’industries manufacturières compétitives contribuant à l’approvisionnement du marché local et l’accroissement des exportations;
  • La poursuite de la politique de création d’entreprises à dirigeants et capitaux camerounais;
  • La politique de décentralisation industrielle
  • La révision du code des investissements.

Il est à noter que cette « feuille de route ne sera pas suivie par le successeur. Las d’attendre des réalisations industrielles qui tardent à venir, la population occupera anarchiquement la quasi-totalité des zones de la Magzi. Ce qui donne lieu, aujourd’- hui, à un contentieux difficile à gérer par l’administration. Le troisième secteur à considérer est le secteur des infrastructures routières. L’état des lieux dans le secteur des voies de communications au moment de la transition en novembre 1982 était le suivant: « 828 km de routes bitumées ont été réalisés, pour un montant global de l’ordre de 45 milliards. C’est le cas des routes Bafoussam Bamenda, Douala-Kekem, Garoua-Maroua Mora, Meidugu-Tibati. « (…) les ponts sur le Nkam à Yabassi et sur la Kadei à Pana ont été inaugurés… »

Des études routières ont été effectuées jusqu’au stade d’exécution. Il en est ainsi des routes Yaoundé- Bafoussarn, Belabo-Bertoua, Edéa- Kribi, Maltam-Kousseri, Limbe- Idenau. « Le réseau routier s’est accru de 2 300 km grâce à l’exécution des programmes successifs des pistes de collecte cacaoyères et vivrières. De même, 2 200 km de pistes rurales ont été aménagés dans les provinces de l’Est, de l’Ouest, et du Nord-ouest ». Et Ahmadou Ahidjo d’élaborer la « feuille de route » pour son successeur, qui prévoyait la mise en place:

  • d’un système de grands axes routiers construits sur des caractéristiques définitives qui relierait directement la capitale aux chefs-lieux de toutes les Provinces avec prolongation jusqu’ aux frontières et sur lesquels viendront se raccorder tous les autres axes secondaires;
  • des réseaux d’infrastructures conduisant à une intégration des zones de production différents secteurs du réseau des produits, le désenclavement de certaines régions du pays et l’amélioration de la qualité des échanges inter – régionaux;
  • d’un système de maintenance permettant d’assurer efficacement l’entretien des différents réseaux.

Près de 26 ans après l’élaboration de la «feuille de route » dans le secteur routier, la situation reste déplorable : des villes et villages sont enclavés en toutes saisons; il a fallu attendre la mise en place d’un financement extérieur (Fonds routier) pour améliorer à partir de 2006, les voiries urbaines des villes de Yaoundé et de Douala.

Moloundou, située à l’extrême Est sur le fleuve Ngoko, est une ville isolée du reste du pays, du fait de l’absence de route bitumée la reliant à Bertoua, via Yokadouma et Batouri. En prolongeant cet axe sur la pointe Est on fait la jonction avec le Nord du Congo par Ouesso. L’importance de la région de l’Est, son écosystème est un atout pour le tourisme national ou international. La ville, de Yabassi connaît un enclavement qui ne dit pas son nom. Appelée à être un carrefour entre les régions du Centre (par Ndlkinimeki), de l’Ouest par Bafang, du Moungo (par Loum), du Wouri (par Douala), de la Sanaga-Maritime (par Edéa), Yabassi doit renaître de sa plus belle splendeur dans le domaine des ponts et chaussées.

Il en est de même de l’importance axe Kumba-Manfé-frontière Nigeria qui a été abandonnée paralysant les échanges entre notre pays et le grand voisin d’un marché de plus de 150 millions de consommateurs. Ahmadou Ahidjo fait un bilan dans le secteur de l’énergie : La production hydroélectrique couvre 95 de nos besoins et connaîtra un net essor avec la fin de la réalisation des barrages de Song-loulou et de lagdo. Le programme d’électrification de la Sonel doit couvrir les provinces du Centre-Sud, du Nord et de l’Est » Ahmadou Ahidjo révèle que notre production pétrolière a début- en février 1978, avec une production annuelle d’environ 2 millions de tonnes. De même, des perspectives d’exploitation de gaz naturel sont devenues réelles, aussi bien dans la région de RIO Del Rey qui produit déjà du pétrole brut, qu’à Logbaba- Douala, et au large de Kribi où l’existence des gisements de gaz exploitables a été révélée.

Afin de mieux gérer la production  pétrolière, Ahmadou Ahidjo crée la Société Nationale de Raffinage (Sonara). La Société Camerounaise de Dépôts Pétroliers (SCDP), et la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), véritables vaches à lait sous le régime de son successeur! Pourtant, la « feuille de route » dans le secteur de l’énergie, prévoyait «Pour ce qui concerne l’énergie électrique »: Le renforcement des moyens de production ; La mise en place d’un dispositif de transport adapté à l’accroissement des besoins et l’industrialisation du Cameroun; Il sera poursuivi la réalisationd’un inventaire sur les possibilités hydro-électriques du Cameroun en vue de compléter les données sur les sites et les réseaux hydro-électriques, de mettre en évidence de nouveaux schémas d’équipements de divers sites, notamment sur le Nyong et la Sanaga, et de répondre ainsi à la demande toujours croissante d’énergie pour les besoins industriels et les besoins de consommation courante; Les programmes d’électrification rurale en cours seront menés à terme et de nouveaux programmes définis pour l’ensemble des Provinces.

« Dans les domaines de l’eau, il s’agira : De définir la meilleure approche en vue de faire, face aux besoins toujours croissants en eau potable des grandes agglomérations de Yaoundé et de Douala, de poursuivre et intensifier le programme de forages des puits dans la province du Nord De poursuivre les programmes d’adduction d’eau dans les centres secondaires de toutes les provinces du pays et de mettre sur pied une industrie d’eau minérale. Rien de tout cela ne sera réalisé par le successeur constitutionnel. En dépit de la construction de deux grands châteaux à Bonabéri, il faudra attendre l’an 2009, soit plus de 25 ans après le départ de l’ancien chef de l’Etat, pour confier aux Chinois, le marché d’approvisionnement en eau potable dans le département du Wouri.

On aura ainsi sacrifié la population sur l’autel de la navigation à vue et des détournements de fonds publics. Par ailleurs la mauvaise gestion de la SONEL et de la SNEC entrainera leur liquidation pure et simple. Une véritable catastrophe! En matière d’urbanisme Ahmadou Ahidjo avait retenu quatre modalités d’intervention ; Premièrement, l’organisation globale des villes. Ainsi la quasi-totalité des chefs-lieux des provinces et la plupart des chefs lieu des départements sont pourvues de plans d’urbanisme. Mais l’ampleur de la croissance urbaine pour a conduit à entreprendre la révision des plans d’urbanisme de certaines villes : notamment Yaoundé, Douala, Garoua, Nkongsamba, Edéa, Bafoussam, Maroua, Bertoua, Kumba, Bamenda ; Deuxièmement, la réalisation d’opérations d’aménagement de zones d’accueil dans la périphérie des grandes villes.

Ainsi, une zone d’extension de 8 500 ha pour la ville de Yaoundé est prévue, de même qu’une zone de 4 500ha pour la ville de DouaIa Troisièmement, la restauration et la rénovation de certains quartiers surpeuplés de nos villes. Il convient de citer : Yaoundé : l’opération Nord- Ouest qui concerne les quartiers : Briqueterie, Madagascar, Carrière et l’opération Yaoundé Centre – Est qui intéresse les quartiers Mvog-Ada et Mvog-Mbi ; Douala : les opérations quartiers Nylon, soit 450 ha pour une population de 90 000 habitants, et New- Bell, soit 435 ha pour une population de 150 000 habitants. Quatrièmement, enfin, l’aménagement de certains équipements urbains comme l’aménagement de la vallée de l’ancienne gare de Yaoundé, importante opération dont le Coût est estimé à plus de 6 milliards de Fcfa.

L’une des priorités fixée au successeur, « dans la feuille de route » sera la mise en place d’une politique d’accession du plus grand nombre de Camerounais à la propriété. On en est éloigné. Les trois organismes d’intervention dans le secteur de l’habitat (CREDIT FONCIER, MAETUR, SIC), connaîtront une inertie due à leur mauvaise gestion. Résultat : aucun nouveau chantier ne sera entrepris sous l’ère du Renouveau. Incapable de construire de nouveaux logements administratifs, l’équipe au pouvoir va réquisitionner certains logements sociaux pour servir de bureaux à des souspréfectures ou à des mairies. Dans les campus universitaires, la question de logement pour les étudiants se pose avec acuité. La cité universitaire comprenait à l’époque de la création de l’université de. Yaoundé dans les années 60 environ un millier de chambres. Plus tard, avec l’extension de l’ESSEC à Douala, une cité universitaire fut construite, pour une centaine de chambres. Il en sera de même pour le Centre universitaire de Dschang. Plus de vingt ans après la grande décentralisation universitaire intervenue dans les années 90, les structures de logement en faveur des étudiants font cruellement défaut dans toutes les universités d’Etat en général et aux universités de Dschang, Douala Yaoundé II, Buea et Ngaoundéré en particulier.

 

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