Kayou :Sur les traces de Manu Dibango

Le saxophoniste camerounais est actuellement en séjour au Cameroun où il donne une série de spectacles.
Au domicile familial sis au lieu-dit « Carrefour Vogt », à Yaoundé, une mélodie accueille les visiteurs. Il s’agit des compositions jouées la veille, lors d’un spectacle de collecte de fonds à la Fondation Muna. Un haut-parleur installé au centre de la salle de séjour contribue à amplifier le son. On savoure alors mieux que la veille, ce cocktail de sonorités d’ici et d’ailleurs. Lundi 14 septembre, Kayou, de son vrai nom Emmanuel Noubomo, fait une entrée spectaculaire dans la salle de spectacle de la Fondation Salomon Tandem Muna. Il accompagne, avec son saxophone, le titre «Oh happy day», interprété par l’orchestre de la fondation. Le dos tourné, on dirait du Manu Dibango ! Salve d’applaudissements dans la salle.

Le partage est plein d’émotions. Kayou est ému. «Ravi d’être là ce soir, merci d’être venu pour les enfants qui sont en zone de guerre», lance alors le saxophoniste.

Il vogue d’un instrument à un autre, toujours avec la même assurance. Et ce sourire en coin qui ne le quitte pas. Entre sonorités du terroir et celles d’ailleurs, Kayou manie avec dextérité le saxophone, la flûte, le marimba, entres autres instruments. Le public distingué n’a d’yeux et d’ouïe que pour lui. Des applaudissements ponctuent toutes ses prestations. Humble, il gratifie à chaque fois le public d’un sourire. Cet ancien élève du Collège Stoll d’Akono, où il a eu son premier flirt avec la musique, est accompagné sur scène par son orchestre et d’autres musiciens confirmés. Parmi eux, des jeunes qui bénéficient en ce moment de formations au conservatoire ouvert par l’artiste musicien. Pour la valorisation de la musique camerounaise, le multi-instrumentiste qui a lui-même bénéficié de la sollicitude du gouvernement camerounais est prêt à tout.

Humaniste

«Je cherche encore les locaux où sera logé le conservatoire. Pour le moment, c’est chez moi que les jeunes sont formés. Le conservatoire est actuellement ouvert à tout le monde», affirme celui pour qui la formation est essentielle. Le gros du travail justement reste la formation des formateurs. «Au Cameroun, on a des doués, mais pas des professionnels. Pour l’être véritablement et pouvoir s’imposer sur la scène mondiale, il faut se former. Voilà pourquoi j’accumule encore les connaissances avant de revenir m’installer au Cameroun», poursuit-il.

C’est que, Kayou a le souci de transmettre. Et quoi de mieux que la formation. Faisant déjà parti des valeurs sûres de la classe des instrumentistes camerounais, Kayou continue de se former. Médaillé d’or du conservatoire national de Cergy-Pontoise en France, il passera bientôt un autre concours pour le diplôme d’Etat en musique actuelle.

C’est dans les cabarets qu’il commence à pratiquer. Il sera repéré par le conseiller culturel de l’ambassade de France au Cameroun, qui va lui proposer une formation à l’Iacp de Paris. Mais, au-delà de cette formation, Kayou va apprendre auprès des musiciens de renom. Manu Dibango est celui-là qui lui a donné envie de jouer. Et depuis lors, il rend hommage à ce virtuose de la musique africaine. L’au-revoir au public de la Fondation Muna, lundi dernier, c’était sur des notes du grand Manu.

Kayou est par ailleurs le leader du «Jazz and Roots Project», un carrefour entre jazz et rythmes traditionnels d’Afrique, musiques traditionnelles et sons d’Occident, d’Orient et d’ailleurs. Sur scène, Kayou prend du plaisir et ça se voit. Ce plaisir, il le partage depuis son arrivée au Cameroun, le 3 août dernier. Il a fait un peu plus de cinq spectacles depuis son arrivée. Mais, ce n’est surtout pas pour se remplir les poches. Au contraire. L’argent collecté lors de ses spectacles servira à reconstruire l’école de son village Kananga, dans l’arrondissement de Bokito (Centre). Il continuera la collecte dès son retour à Paris dans une dizaine de jours.