« Kamerun unification » : l’opuscule publié à londres en 1956 par m.s.a. Georges, ministre du « gouvernement autonome du cameroun britannique » d’endeley

Au début de 1956, M.S.A. Georges, Ministre du Gouvernement du Sud-Cameroun à Buea, a publié un opuscule dans lequel il se prononçait sur l’unification du Cameroun. Le « Daily times », un quotidien nigérian, dans son édition du 9 mai 1956, lui avait donné la parole pour en présenter la quintessence :
« Nous devons cesser de regarder vers le Nigeria et la France métropolitaine, et commencer à regarder l’un vers l’autre, par-dessus la rivière Mungo. Le problème du « Kamerun » est d’être de nouveau ce qu’il était avant d’être coupé en deux après la première guerre mondiale. Je propose une solution en sept points aux problèmes du « Kamerun » :
1/- l’Assemblée Générale des Nations Unies serait appelée à réviser les deux accords de Tutelle, en vue d’établir une administration intérimaire du Cameroun sous tutelle commune française et britannique ;

2/- le gouvernement de Sa Majesté et le gouvernement de l’Union Française devraient entamer des pourparlers après août 1956, en vue de créer une « Commission franco-britannique » qui assumerait les fonctions actuelles dévolues au Gouverneur Général du Nigeria et au Haut-Commissaire de la République Française au Cameroun ;

3/- il devrait être établi une « Commission d’Administration franco-britannique » composée de deux membres désignés par le Gouvernement français et le Gouvernement britannique ;

4/- il devrait également …. (illisible, hélas … document très abîmé) ;

5/- un Parlement de deux chambres serait élu ; sa composition, en plus des membres camerounais, comprendrait un membre européen représentant les 13.000 colons européens et les autres intérêts européens ;

6/- dans le but de déterminer la représentation des populations au Conseil des Ministres et au Parlement dans le respect des groupes ethniques, il serait reconnu trois ou quatre « Unités gouvernementales » dans le cadre de la nation camerounaise ; chacune de ces « unités » assumerait des pouvoirs législatifs et des fonctions exécutives dans les limites du niveau local du développement politique et social de chacun ;

7/- les élections se feraient suivant un système progressif dans les régions les moins avancées, et par le suffrage universel des adultes dans les autres.

Ce document avait connu un grand retentissement à l’époque.

Le point de vue original de Z.N. Efamba, dirigeant du « Cameroon People Party ».

Z.N. Efamba, également en 1956, quant à lui, membre du bureau du « Cameroon People Party », condamnait l’opinion selon laquelle le Sud-Cameroun devait rester dans la Fédération du Nigéria jusqu’à ce que le gouvernement nigérian obtienne l’indépendance. Ce n’est qu’à ce moment-là que le Sud-Cameroun devait définitivement se séparer du Nigéria.

Il préconisait plutôt que le Cameroun se gouverne lui-même avec le Nigéria et que le Sud-Cameroun devienne membre des Nations Unies avec le Nigéria. Enfin, il préconisait que la question de la réunification soit soulevée aux Nations Unies en vue d’amener le Cameroun français dans le Commonwealth. Bref, il était un intégrationniste d’un genre inconnu jusque-là. C’était un personnage fortement attaché à la Grande-Bretagne.

Deux points de vue opposés entre eux, mais également avec les politiciens du « Cameroun français ».

Quoi qu’il en soit, nous tirons deux enseignements de ce qui précède :
1/- à l’époque, les hommes politiques camerounais réfléchissaient réellement sur le devenir de notre pays. Cet esprit, aujourd’hui, a malheureusement disparu. Qu’ils appartiennent à la majorité comme à l’opposition, nos hommes politiques à présent ne rêvent, pour la plupart d’entre eux, qu’ils soient de la majorité comme de l’opposition, que de postes ministériels ; ils s’interdisent de réfléchir et de soulever les problèmes de la nation, de peur de compromettre « leurs chances » d’entrer au gouvernement. Alors, ils se lancent dans des banalités du genre, « élections présidentielles à deux tours », ou bien « réduction du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une seule fois ». Rien de véritablement original dans leur discours.

2/- hélas, face aux leaders politiques du Sud-Cameroun britannique, ne s’étaient retrouvés en 1956 de l’autre côté du Mungo, que des pro-français pour qui, les questions de réunification et d’indépendance du Cameroun n’étaient rien d’autre que des chimères de « communistes » et « rêveurs » upécistes. Ceux qui se battaient réellement pour ces deux objectifs, étaient bannis de la scène politique légale et pourchassés depuis le mois de mai 1955. Cette situation est à l’origine des nombreuses récriminations formulées actuellement par la communauté anglophone au Cameroun, depuis la réalisation de la réunification.