Jeux africains 2015 : la délégation pléthorique du Cameroun

Des fonctionnaires de la République font gonfler inutilement les effectifs. Athlètes et encadreurs à l’étroit.

Les nouvelles qui viennent de Brazzaville ne sont pas bonnes. Non seulement le Cameroun peine sur le plan sportif après une dizaine de jours de compétition, mais encore, le pays de Roger Milla, meilleur footballeur du siècle selon le quotidien sportif français L’Équipe en 2001, suscite vives polémiques et moqueries en raison de la taille de sa délégation présente dans la capitale politique congolaise depuis plus d’une semaine, à l’effet de prendre part à la 11e édition des Jeux africains.
285, c’est le nombre d’athlètes sélectionnés par les autorités camerounaises. Ces sportifs sont répartis dans onze (11) disciplines, notamment athlétisme (déficients visuels et valides), basketball (dames), boxe, football (dames), haltérophilie, handball (dames), judo, karaté, lutte, powerlifting et volley-ball (dames et messieurs). Mais, en plus des compétiteurs, d’autres individus, par dizaines, encombrent la Cameroon team. Il s’agit, selon des sources dignes de foi au sein de la délégation, des fonctionnaires du

ministère des Sports et de l’Éducation physique (Minsep), des services du Premier ministre et même, de la présidence de la République.
Ces personnes ont embarqué dans le vol à destination de Brazzaville, moins dans le but de porter main forte au groupe, que de percevoir des frais de missions sur le dos du contribuable camerounais. De sources bien introduites sont formelles quant à la dimension peu ordinaire de la team Cameroon. En effet, au hit-parade des délégations pléthoriques au Congo, le Cameroun est certainement parmi le duo de tête. C’est du moins l’avis des médias congolais qui s’amusent à suivre les membres de cette délégation, véritable melting-pot de tout et n’importe quoi, dans les rues et hôtels de «Brazza», question de savoir à quoi tout ce monde sert.
Joint au téléphone depuis Yaoundé, un responsable de fédération civile nationale a confirmé la présence de personnes non expertes au sein de la délégation camerounaise. Selon notre interlocuteur, qui a requis l’anonymat, «l’activité principale de ces intrus est de flâner à l’hôtel ou dans les gymnases, en attendant l’heure du repas. Quand il n’est pas question de séances de shopping avec leurs petites amies qui ont eu la gentillesse de venir jouer les dames de compagnie».
Aucun autre officiel de la délégation camerounaise n’a souhaité répondre à nos questions. Tous ceux qui ont été contactés semblent s’être entendus pour évoquer «le droit de réserve». En réalité, il s’agit d’une fuite en avant. Mais dont les conséquences se répercutent déjà sur la performance des athlètes camerounais. Ces derniers sont toujours à la recherche d’une première médaille d’or.
Mal encadrés et encombrés par des coureurs de jupons, les athlètes camerounais auront certainement du mal à atteindre leur objectif, à savoir finir la compétition au cinquième rang. Ce qui serait bien entendu un grand pas vers l’excellence, contrairement aux Xe jeux africains de Maputo au Mozambique, quand les Camerounais gonflés à bloc avaient terminé 7e au classement général.

Préparation calamiteuse
Le scandale de Brazzaville n’émeut apparemment personne. Les pouvoirs publics restent étrangement muets sur la question. Pareil phénomène avait déjà été décrié lors de la participation du Cameroun à la coupe du monde de football au Brésil. Avec près de 250 personnes dont seulement 50 faisaient partie de la délégation officielle, le Cameroun avait été présenté par des commentateurs brésiliens comme le plus gros contingent de ce mondial. Au final, les Lions indomptables, quadruples champions d’Afrique des nations (1984, 1988, 2000 et 2002) et septuples mondialistes (1982, 1990, 1990, 1994, 1998, 2002, 2010 et 2014) avaient été éliminés au premier tour de la compétition, après des défaites face au Mexique (0-1), la Croatie (0-4) et le Brésil (1-4).
La prestation mi-figue, mi-raisin du Cameroun en vue des Jeux africains ne s’est pas faite dans de bonnes conditions. La mise au vert de la Cameroon team a été bâclée, en raison justement de la gestion calamiteuse et amateur non seulement des dirigeant des Fédérations sportives civiles nationales, mais aussi et davantage en raison du laxisme et manque de vision sportive du ministre des Sports et de l’Éducation physique. Et pourtant, lors de sa nomination, en décembre 2011, Adoum Garoua avait promis un traitement d’égale valeur pour toutes les fédérations. Mais, dans les faits, l’ex ministre de la Jeunesse a plutôt contribué à appauvrir le mouvement sportif national.
En effet, au quotidien seul le football et notamment l’équipe nationale de football fanion, Lions indomptables, bénéficient de tous les privilèges. Une quarantaine de fédérations civiles nationales croupissent dans la misère. Ce qui, malheureusement, favorise l’exode massif des athlètes vers des pays d’Europe, d’Amérique, en Afrique du Sud ou au Maghreb, à la recherche de meilleures conditions de vie et de travail. La situation n’émeut pas les pouvoirs publics, qui se contentent des discours.
La promesse de fixer les montant des primes à 2 millions de Fcfa pour la médaille d’or, 1,5 millions pour l’argent et un million pour tout bronze gagné pourrait peut-être galvaniser les Camerounais, nostalgiques des exploits réalisés il y a quatre ans aux Xe Jeux de Maputo, quand ils avaient occupé la septième place au classement général avec 33 médailles (8 en or, 5 en argent et 20 en bronze).