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Je suis Camerounais, j’ai rencontré Mami Wata

Je suis Camerounais, j’ai rencontré Mami Wata

Durant mes lointaines années de fac, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme de la tribu Batanga. Une tribu de la côte, dont les membres passent pour des experts dans le dialogue avec les génies de l’eau, notamment la fameuse Mami Wata, Mère des Océans, que certains appellent également Yémanja. Ce week-end, alors que je me promenais dans les rues d’Edéa, je suis tombé sur la Belle, que je n’avais pas revu depuis de longues années. Cette rencontre a provoqué un afflux de souvenirs que je partage avec vous.

Selon la croyance populaire, le culte de Mami Wata serait tellement ancré dans le quotidien du peuple Batanga que la quasi-totalité des jeunes filles issues de cette tribu se voient accorder à leur naissance un esprit de l’eau émanation de la Déesse. Elles deviennent des hôtes de Mami Wata. Dès que mes copains de l’époque, une bande d’ados post-pubères, amateurs (frustrés) de chair fraîche eurent vent de ma nouvelle conquête, je dus affronter tous les préjugés que la société avait conçus à l’égard des Batanga: Elle va te tuer, te livrer à Mami Wata Tu vas mourir après votre premier rapport sexuel Ne laisse jamais trace de ta semence dans sa chambre Elle va s’arranger pour concevoir un enfant unique qu’elle va sacrifier pour devenir riche Après avoir couché avec elle, tu ne pourras plus te marier Moi j’ai rigolé hein ?

J’ai rigolé parce que les commentaires de ce type glissaient sur ma conscience  comme les gouttes d’eau de pluie sur les plumes d’un canard sauvage. Laisser tomber ? Ils ne savaient rien de la douceur sucrée des lèvres de la fille, ils n’avaient jamais posé leurs mains xénophobes sur la cambrure extraordinaire de ses reins, ils ne s’étaient jamais noyé dans la volupté de son regard. J’ai «valid » ma conquête, et j’ai même découvert quelque chose que les mauvaises langues avaient omis de me dire : les filles Batanga sont… OK ! Je m’arrête là.

Voyant que leurs efforts n’aboutissaient pas, les jaloux et autres petits cons qui formaient le groupe peu épanoui de mes amis ont usé d’une autre tactique. Ils m’ont affirmé que j’étais assis sur une mine d’or. En effet, Mami Wata, d’habitude jalouse, semblait m’avoir toléré, donc, j’avais «un bon sang». Elle pouvait, si je me donnais la peine de la convoquer, faire mon bonheur. J’ai appris à cette occasion que le fond de l’océan serait un vrai paradis, rempli des choses les plus convoitées par l’humanité : argent, or, bijoux dans des proportions inimaginables. Un trésor appartenant à la déesse qui, sur simple demande, pouvait m’en accorder une part, à la seule condition que je réussisse à la faire apparaître, à l’insu de son hôte, ma copine. Vous vous dites peut-être que j’ai éclaté de rire et les ai envoyé balader… euh, non. Je les ai crus.

Il y avait diverses façons de faire apparaître la déesse : Tapoter le dos de la jeune fille durant l’acte sexuel. M’attacher la langue avec du fil à tresser noir et prononcer le nom de la déesse, à minuit exactement en ayant soin d’être dans le même lit que l’hôte. Faire l’amour avec l’hôte sur une plage à minuit en ayant soin d’avoir préalablement enterré un oeuf sur la plage. Attacher un fil noir au chambranle et dormir la porte entrouverte avec l’hôte à ses côtés.

Je ne vous citerai pas toutes les techniques qui m’ont été conseillées, ce qu’il faut savoir, c’est qu’après une semaine de tentatives, ma belle a commencé à me regarder avec des yeux un peu bizarres. De fait, c’est moi qui étais bizarre. Combien de fois ai-je martyrisé le dos de la pauvre fille tandis que nous jouions à la bête à deux dos? Combien de fois avons-nous échappé aux bandits de Yaoundé qui heureusement ne s’étaient pas rendu compte que j’avais pris l’habitude bizarre de dormir la porte ouverte ?

Imaginez-moi dans mon lit, la langue attachée jusqu’au sang, essayant de dire « Mami Wata » et ne réussissant qu’à produire une suite de sons inaudibles. J’ai même sacrifié mes économies et improvisé un voyage à Kribi sur la côte. Si les oeufs donnaient des arbres, une certaine plage serait aujourd’hui une vraie forêt… Bref, après une semaine de joutes sexuelles ininterrompues, la fille effrayée par cet amant transformé en acteur porno doublé d’un alchimiste, me plaqua pour aller proclamer dans tout l’amphi que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Les bassa’a sont tous des sorciers, dirent les gens bien-pensants. Une phrase qui servit d’oraison funèbre à notre idylle.

Je n’ai toujours pas rencontré Mami Wata et pire, je suis toujours aussi pauvre. Ne vous moquez pas de moi hein? Les Camerounais de ma génération croyaient dur comme fer que si l’Inde ne joue pas la coupe du Monde de foot, c’est pour avoir vaincu le Brésil 1000 buts à zéro lors d’un match d’anthologie (nulle part homologué) où les joueurs se dédoublaient, où les ballons se dirigeaient tout seuls etc. Match à l’issue duquel ils furent rayés des tablettes du foot par la FIFA. Si ! Si ! Ne le niez pas ! Alors je ne suis pas seul hein ? Nous sommes ainsi, nous sommes Camerounais.

Peace mes frères ! Peace Mami Wata !

 

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