camernews-bakassi-route

INVESTISSEMENTS PUBLICS: Le Scandale BAKASSI

INVESTISSEMENTS PUBLICS: Le Scandale BAKASSI

Marchés attribués sans étude de faisabilité préalable, projets mal exécutés ou simplement abandonnés…Entre 2007 et 2011, les pouvoirs publics ont financé 353 projets à hauteur de 18 milliards de FCFA. Un audit du Contrôle supérieur de l’Etat constate que la viabilisation de cette zone a été un véritable gouffre à sous.

Deux ans après l’audit de la mise en oeuvre du Programme prioritaire de viabilisation et de développement de la zone de Bakassi pour la période 2007-2011, le rapport de la mission d’inspection du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) déployée sur le terrain du 26 juin au 3 décembre 2012 n’a toujours pas été finalisé.

D’après des sources internes au Consupe, sa finalisation est bloquée par des intérêts qui s’entrechoquent. Pourtant, au terme de ses investigations, la brigade mobile de vérification est parvenue à la conclusion que le projet de viabilisation de cette zone stratégique est très loin d’avoir atteint ses objectifs. Il s’est plutôt révélé un gouffre à sous.

Par exemple, entre 2007 et 2012, le ministère de la Communication a engagé 1 086 610 198 FCFA pour la construction des bâtiments et la fourniture des équipements dans les centres de diffusion de la CRTV d’Ekondo Titti et de Mundemba. Mais la mission de contrôle déplore que ces projets censés connecter toute la zone de Bakassi au réseau radio-télé de la Crtv « se sont transformés en éléphants blancs et en cauchemar pour les populations et les autorités locales ». Car, « en dépit d’importantes sommes déjà engagées, la mission de contrôle constate que non seulement les deux signaux n’ont pas été installés dans les deux sites comme le prévoyaient les contrats y afférents, mais certains équipements notamment les centrales de diffusion, les émetteurs et les composantes des pylônes gisaient encore au sol ».

Pour mieux illustrer ce gâchis, la mission de contrôle souligne qu’une radio communautaire locale basée à Ekondo Titti et ayant pour promoteur le maire et captée normalement sur un rayon de 100 km fonctionne à merveille et arrose même les villes nigérianes d’Enugu et de Calabar.

L’investissement n’a pourtant coûté que 15 millions de FCFA. Autant dire qu’à financements plus importants, les pouvoirs publics ont globalement obtenu de piètres résultats à Bakassi. La vérification des opérations de planification et de passation des marchés publics révèle, pour ne considérer que les points saillants, que 45 % de la dépense publique effectuée à Bakassi a été réalisée suivant la procédure de gré à gré, en l’absence de toute autorisation spéciale du Premier ministre comme l’exige la réglementation en la matière.

Quand il y a eu appels à soumission, la mission c o n s t a t e que les notes ont été attribuées aux prestataires de manière occulte et sans fondement. La sous-commi s s i o n t e chnique d ’a n a l y s e des offres n’était pas outre mesure regardante sur les capacités techniques (engins, personnels qualifiés, expérience, etc.) des soumissionnaires. D’où la conviction que les marchés ont globalement été attribués dans cette zone de manière subjective.

Surtout que les contrôleurs notent une absence systématique des procès verbaux d’ouverture des plis qui auraient permis d’avoir une idée de l’offre financière des différents soumissionnaires. Pis, les marchés à plus de 90 % ont été passés sans étude de faisabilité préalable. Conséquence : les marchés ont été attribués alors que « soit il n’y a pas de site viable pour sa mise en oeuvre, soit il n’y a pas de besoin réel pour cet ouvrage, soit le matériau livré et les dosages appliqués ne sont pas adaptés aux conditions climatiques et géologiques de la zone, soit aussi que les constructions n’ont pas tenu compte du caractère marécageux de la zone requérant les fondations sur pilotis, soit enfin qu’il n’y a pas de moyen prévu pour la pérennité de l’ouvrage réalisé ». La mission conclut alors à un gaspillage de la fortune publique.

D’autant que l’audit de l’exécution physico-financière des projets met en lumière de graves manquements. De nombreux projets ont été mal exécutés ou simplement abandonnés, à cause notamment de l’absence de coordination ou de suivi des maîtres d’ouvrages et du Comité de coordination et de suivi de la mise en oeuvre des projets prioritaires à réaliser à Bakassi ayant reçu mission de susciter, d’harmoniser et de rationaliser les interventions de l’Etat et des partenaires au développement dans cette partie du pays.

Au regard de tout ce gaspillage, et compte tenu des enjeux économiques que charrie cette zone constituée de cinq arrondissements abritant 75.000 habitants et qui « regorge 10 %, d’après la mission de contrôle, des réserves mondiales de pétrole et de gaz (157 milliards de mètres cubes prouvés pour un potentiel de 270 à 300 milliards de mètres cubes) », les contrôleurs ont jugé nécessaire de requérir les avis des populations sur l’impact des réalisations afin de formuler des recommandations.

Les populations ont ainsi confié à la mission du Consupe leur souhait de voir toute la zone de Bakassi érigée en département. Elles espèrent aussi l’instauration d’une autorité spéciale chargée de son développement qui, à ce titre, se chargera de centraliser les besoins des populations, de les traduire en projets de développement tout en assurant leur coordination et suivi.

Autre doléance, les populations « souhaitent que le chef de l’Etat soit informé de l’escroquerie dont  elles ont été victimes de la part de la ‘’mission Inoni’’. En effet, courant 2002, les populations de Bakassi ont été invitées à Mundemba dans le cadre de la mission d’indemnisation des victimes de guerre de Bakassi, conduite par monsieur Inoni Ephraim, ex-Premier ministre, pour aller percevoir les compensations financières relatives aux pertes subies (maisons, plantations, embarcations, bétail, terres, etc.) par les populations de Bakassi pendant la guerre entre le Nigeria et le Cameroun. Malgré le naufrage de la pirogue qui transportait plus de 200 passagers, les intéressés ont été très déçus de percevoir chacun la modique somme de trois mille francs CFA ».

Dominique Mbassi

21 milliards pour 355 projets

Entre 2007 et 2011, les pouvoirs publics ont investi 18 426 386 991 FCFA dans 353 projets à Bakassi. Des projets portés par 25 administrations publiques et autres démembrements de l’Etat. A ces projets, la mission a intégré deux projets d’entretien routier ne se situant pas dans la péninsule mais qui permettent de relier cette zone au reste du Cameroun. Il s’agit du projet d’entretien triennal (2009-2011) de la route Kumba-Ekondo Titi-Mundemba-Toko financé à hauteur de 2 072 065 438 FCFA par le Fonds routier et de la réhabilitation d’ouvrages d’art sur le même tronçon financée grâce à un financement de 993 357 598 FCFA issu du C2D. Soit au total 21 491 810 027 FCFA affectés à 355 projets. Mais l’audit n’a porté que sur les marchés d’un montant supérieur ou égal à 4 millions de FCFA. Tout comme l’équipe de contrôle ne s’est intéressée qu’aux projets à délégation automatique de crédits, les projets à délégation ponctuelle de crédits, à gestion centrale de crédits ou bénéficiant des financements de l’Union européenne ayant déjà fait l’objet d’un contrôle exhaustif.

La mission déplore l’absence des fonds de dossiers des marchés passés au niveau central. Elle cite le ministère des Travaux publics, le ministère de la Communication et le Feicom pour des projets ayant bénéficié d’un financement global de 5,9 milliards FCFA. En revanche, la mission de contrôle indique avoir reçu la documentation du Minepat, du Minsanté, du Minatd, du Minesec, du Minedub et de la Dgsn. Ces cinq administrations ont à mis disposition des fonds de dossiers pour des projets évalués à 6,7 milliards.

 

 

camernews-bakassi-route

camernews-bakassi-route