Inspiré de faits réels…

Dans « L’Amour assassin », Ekum’a Mbella Bwelle sert une fiction rondement menée autour de la mort d’une légende de la musique camerounaise

Le doute est dissipé dès les premières pages du roman. « L’Amour assassin », paru aux Editions Ifrikiya, est un hommage rendu à Kotto Bass, oups pardon, Kobas Nyam (héros de l’œuvre), le célèbre musicien camerounais disparu dans des circonstances tragiques en 1996. Evidemment, les noms et les lieux ont été modifiés par l’auteur, Ekum’a Mbella Bwelle, pour préserver la crédibilité et la force de sa fiction de 106 pages, mais l’ombre de l’interprète d’ « Edith » plane avec certitude. L’auteur, ancien reporter, qui se met dans la peau de Ekambo, un jeune journaliste téméraire, dévoile les résultats d’une enquête menée de longue haleine au moment du décès de ce guitariste talentueux à la voix fluette. L’atout séduction du roman réside dans les contours de cette mort aussi brusque que mystérieuse de la vedette.
Le récit replonge les lecteurs dans les décennies 60, 70 et 80, celles qui ont vu éclore le génie de l’artiste, mais aussi sa vie hors-scène, ses amours, ses ennemis, ses ennuis. Une santé fragile durant toute son enfance, la perte de son père et le clou du spectacle, une double relation partagée entre Trésia Mongo et Nyango, etc. Toutes choses qui d’après l’auteur constituent le déclencheur de la disparition prématurée de Kobas Nyam. Le flash-back est remarquable. On sillonne avec beaucoup de curiosité les coulisses de l’enfance du musicien. Il touche de la guitare peu de temps avant d’obtenir son certificat d’études primaires et forme le Makass Boy Connected (MBC) avec Sam, un musicien rencontré au secondaire. Baigné dans les années 70 et 80, il mûrit son talent au gré des concours interscolaires, qui sont légion à l’époque dans les domaines du sport et de la musique.
A la main une basse, et dans la tête, les conseils de Mensah, son modèle et initiateur à cet instrument qui fera sa notoriété. De ses prouesses au lycée de sa ville natale Ewalè, capitale économique du Kamer, à son entrée par la grande porte dans la cour des « pontes », Kobas Nyam s’est laissé porter par cette patte incroyable. Il vivait pour la musique, mais sa vie privée a tourné ses ambitions au désastre. « Nyango ndol’ango e mabwa mba » (Nyango ton amour me tuera) chantait Kobas Nyam. Des paroles, comme une vision des choses à venir selon l’auteur. Ekum’a Mbella Bwelle, communicateur et éditeur de formation, dresse le portrait d’une trahison écœurante qui incite à la vigilance. Pouvez-vous faire confiance à tous ceux qui vous entourent ?.