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Goodbye Cameroun ! «Mon premier Noël a Mbeng : dans la Neige et la Solitude»!

Pour les jeunes compatriotes qui obtiennent leur premier visa et s´apprêtent à partir en fin d´année en Europe, c´est de la nervosité mais aussi de l´euphorie de vivre leur tout premier Noël sous les cieux enneigés. Une fois les pieds posés sur le sol européen, c´est une autre réalité festive qui peut se dresser devant eux! Noël au goût amer de la désillusion et de la solitude extrême. Noël loin du tourbillon et de l´ambiance de Douala, de Yaoundé, de Bamenda! Noël sous la neige et la pluie! Bref, Noël aux antipodes de celui dessiné dans l´imagination d´avant le voyage!

Lorsque Paulin (nom changé) reçoit son visa pour les études au pays de la B.M.W. (L´Allemagne), ses cousins qui y sont installés depuis quelques années, le persuadent, en vain, d´effectuer le voyage au début de l´année suivante. Pour Paulin qui a déjà célébré 19 fêtes de Noël au pays, il est hors de question d´en ajouter encore une année de plus alors que l´occasion inédite de le vivre au «Pays des Blancs» est à lui offerte. Bref, il a hâte de jouer sa partition à cette fête telle que représentée dans les séries télévisées et les romans d´amour, saupoudrée de la neige autour de l´arbre de Noël, parrainée par le Père Noël et sa caravane de cadeaux, enjolivée par les guirlandes et les décorations pompeuses.

Encore couché dans son lit à Douala, les pensées de Paulin s´envolent entre sa ville côtière ensoleillée et l’Europe couverte de la neige blanche. Il imagine des avenues incommensurables et les gratte-ciels à perte de vue. Puis, il se représente un univers plus vaste que celui qui l´entoure et un avenir idyllique dans un monde où tout serait bonheur. Un monde loin des réalités quotidiennes de la ville de ses 19 fêtes de fin d´année. Un monde pour lequel il est prêt à laisser derrière lui son «Afrique en miniature».

En prenant le dernier vol pour Düsseldorf via Roissy-Charles-de-Gaulle, Douala ne semble plus représenter pour Paulin qu´un passé lointain. Lorsque l´avion décolle, notre futur Mbenguiste jette, à travers les hublots, un dernier regard nostalgique sur sa ville natale en perpétuels tourbillon et ambiance. Cette ville lui manquera bientôt! C´est ce qu´il ne sait peut-être pas. Tout ce qui importe pour lui en ce moment, c´est un avenir plus prometteur qui l´attendrait, à bras ouverts, de l´autre côté de l´Atlantique. Il feuillette un peu son passeport, en retire son billet d´avion, lequel symbolise pour lui son ticket pour la liberté dans un monde où il compte donner libre cours à ses émotions et ses frasques de jeunesse, loin du contrôle familial. Voilà le jeune compatriote qui débarque à l´aéroport de Düsseldorf, en plein décembre, malheureusement dans un hiver «chaud».

Si le cousin venu l´accueillir s´empresse de porter les bagages pour rattraper le prochain métro, avant d´aller au travail, Paulin quant à lui, doit se donner beaucoup de peine pour mettre son nez hors de l´aéroport où le froid s´annonce austère. Avec la tenue et les chaussures peu adaptées au temps, il lui faudra beaucoup de courage pour se frayer un chemin dans la neige qui couvre encore le trottoir. Il n´a pas l´impression de vivre la même neige que celle qui, dans les séries télévisées, enchante autant les enfants.

À la cité estudiantine, Paulin est vite laissé à son compte, avec pour seule instruction du cousin: «Gars, fais comme tu veux, hein? Tu es chez toi.» Jusqu´au retour tardif de celui-ci, notre jeune compatriote passera des heures dans la solitude extrême, avec pour seul compagnon, la télévision. L´espoir étant ce qui maintient l´homme en vie, Paulin espère que Noël viendra enfin amoindrir sa solitude et lui donner une raison d´être dans son nouveau pays d´accueil: Noël tel que dessiné dans ses rêves, quelques semaines avant le départ pour l´Europe.

Lorsque le cousin a enfin un jour livre, il se promène avec Paulin à travers la ville: les guirlandes, les cadeaux, les gigantesques arbres de Noël. Pour tout dire, le décor de la ville semble être parfait pour préparer le terrain à une fête excellente. Seulement, le calme qui y règne est inquiétant. Paulin est impatient de vivre le 24 décembre. Et puisque le temps file très vite à Mbeng, comme on a coutume de le dire, voilà ce jour crucial qui arrive dans un silence absolu.
Paulin se lève de bonne, met deux pantalons et deux pull-overs pour s´armer contre le froid dans cette petite chambre que son cousin ne chauffe jamais, pour des raisons d´épargne en énergie. «L´Europe ne rit pas, hein?» Répond-t-il lorsque Paulin lui fait la remarque sur le caractère insupportable de la pièce. La journée du 24 décembre se déroule comme toutes les autres. Elle ne semble pas impressionner le cousin qui s´adonne à ses jeux vidéo. «C´est ça, la vraie nourriture!» Insiste-t-il en dégustant le mets de pistache au goût suave des crevettes séchées que Paulin a apporté du pays, son attention toujours focalisée sur son écran. Paulin, quant à lui, n´a pas quitté son Douala ensoleillé pour venir encore consommer les plats du pays le jour de Noël, au pays du saucisson, pour parodier le comédien Narcisse Kouokam.

La cité estudiantine est presque vide, chacun(e) ayant rejoint les siens pour la période de fêtes. Les journées sont courtes et les nuits longues. Partagé entre l´ordinateur, les jeux vidéo et la télévision, voilà la journée qui tire sa révérence sans que le cousin ne pense aller faire les courses. Les heures s´égrènent et minuit approche. Pas de buffet, pas de bals, pas de visites. Pour tout dire, la fête n´aura pas lieu dans cette petite chambre non chauffée et encore chargée des vivres du pays.

Voilà qui fait long feu, la première fête de Noël à laquelle Paulin comptait donner une touche historique. Dans la solitude et la tristesse extrêmes, il ne peut s´empêcher de constater un calme du cimetière qui règne dehors. Il se regarde dans le miroir, pense à son Douala mouvementé qui lui a offert 19 merveilleuses fêtes de Noël. Pleurer ne peut pas l´aider. D´ailleurs, ses amis qui l´appellent depuis le pays pour les vœux ne cachent pas leur convoitise.

Pour de personnes loin de leurs familles et connaissances, la période des fêtes peut vite se transformer en solitude, surtout que dans la culture allemande, Noël est plus familial que festif. Passer son premier Noël ici est une expérience toute particulière qui requiert une bonne préparation psychologique. Heureusement pour Paulin qu´il va se rapprocher et s´associer aux compatriotes de sa ville, réunis autour de l´association des Camerounais, dans un élan de solidarité, pour donner une touche camerounaise au nouvel an. Depuis cette année là, lorsque les moyens le lui permettent, Paulin retourne souvent au pays natal pour revivre les fêtes de fin d´année, seulement sans plus pouvoir revivre cette atmosphère tant aspirée de sa jeunesse.

 

Sur ce, Joyeux Noël !

Éh Bon Bon Chrissimi !   Mbembe Clisemet !

Engand´ imbue Mès ! Frohe Weihnachten !

Bung Chrissimi ! Merry Christmas !

 

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