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Fru Ndi : L’«excellence» de Ntarikon

Fru Ndi : L’«excellence» de Ntarikon

A défaut du graal (le palais d’Etoudi), le leader de l’opposition se contente de régner dans son palais situé dans son fief de Bamenda.

«Excellency (Excellence NDLR)!» Ainsi répond un employé de maison se dirigeant en petites foulées, tête baissée, mains croisées derrière le dos, vers Ni John Fru Ndi, le président du SDF, qui vient de l’appeler. Ici à Ntarikon, l’homme est plus qu’un simple président de parti… Il est «l’espoir» des uns, le «papa» des autres, le «dieu» de certains. Et cela n’est pas pour déplaire au natif de Baba II (arrondissement de Santa) qui joue le jeu à fond. Les membres du Club des journalistes politiques du Cameroun (Club Po) l’ont d’ailleurs appris à leur dépend.

Pour l’organisation de la première édition du « Café politique », une  sorte de conférence de presse géante, cette association de journaliste que dirige George Alain Boyomo, le rédacteur-en-chef du quotidien Mutations, avait souhaité rencontrer le chairman du SDF à Yaoundé. Mais elle a dû se résoudre de faire voyager la vingtaine de journalistes qui devaient interviewer le leader du premier parti de l’opposition parlementaire. Raison : Fru Ndi a estimé qu’il ne pouvait pas faire le déplacement de Yaoundé à cause du mauvais état de la nationale numéro 2 qui relie la capitale politique à la capitale régionale du Nord-ouest.

Interdits

Cette nuit du vendredi 28 août 2015, après un long et pénible voyage de 10 heures pour parcourir les 370 kilomètres qui séparent Yaoundé et Bamenda, c’est sur un Fru Ndi très peu avenant que tombent les journalistes. Pour la bienvenue, tout restera verbal. Le chairman du SDF s’étant gardé de serrer ne se reste que la main à ses convives encore moins de partager avec eux le repas apprêté. Les membres du Club po se feront même rappeler à l’ordre pour avoir violé des interdits en vigueur à Ntarikon comme boire dans une bouteille ou encore tenir un verre de la main gauche en présence du maître des lieux.

Mais le clou sera la réaction de l’ancien libraire après la présentation des journalistes ayant fait le déplacement pour Bamenda : «Je suis un peu déçu. Je m’attendais à être interviewé par des grands journalistes et non par des jeunes gens comme vous qui avez encore beaucoup à apprendre de vos ainés. D’ailleurs, je n’ai vu aucun d’entre vous faire un stand-up au front depuis que la guerre contre Boko Haram a éclaté.», lance Fru Ndi. Il y avait pourtant du beau monde à Bamenda. Les chefs de services politiques ou les journalistes traitant régulièrement des questions politiques dans l’essentiel des médias qui ont pignon sur rue étaient présents. «Il n’est définitivement pas si différent des caciques actuellement au pouvoir qui pensent que pour occuper des fonctions importantes il faut avoir des cheveux blancs», regrette un journaliste.

De fait, Fru Ndi, 75 ans, a du mal à adapter son discours au temps. Le leader du premier parti de l’opposition parlementaire estime par exemple encore inadmissible en 2015 qu’un citoyen non originaire de Bamenda, de Bafoussam ou encore de Garoua soit à la tête de l’exécutif communal dans ces villes. Pourtant, l’homme s’obstine à s’accrocher à son fauteuil de président du SDF qu’il occupe depuis la création du parti en mai 1990. Il n’exclut même pas une candidature à la présidentielle de 2018.

 

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