France-Diaspora Cameroun:Nadia Ewandè accusé d’usurpation d’identité

Une jeune femme qui avait hébergé la chanteuse lors de son installation en France la soupçonne d’avoir frauduleusement utilisé son nom pour emprunter d’importantes sommes d’argent auprès de plusieurs banques françaises.

Mme Ngangue, une Française d’origine camerounaise y réfléchira désormais à deux fois, avant d’accorder son hospitalité à quelqu’un, fut-il un membre de sa famille. Voilà sans doute la leçon qu’elle aura tiré du différent qui l’oppose à la chanteuse Nadia Ewandè.

Le 13 mars dernier, cette jeune et discrète mère de famille a dû déposer plainte contre X, pour usurpation d’identité. Dans les faits, cet acte juridique vise précisément la chanteuse Nadia Ewandè, qui a publié récemment un nouveau clip musical et se prépare à mettre un nouvel album sur le marché discographique.

Mme Ngangue la soupçonne d’avoir usurpé son identité, pour contracter des crédits auprès de plusieurs établissements financiers français. Les investigations menées par Mme Ngangue et son époux, un cousin de Nadia Ewandè, leur ont permis d’identifier deux crédits dont le montant total se monte à près de 25000 euros. Ces dettes aujourd’hui impayées ont été contractées auprès de la Société générale (19000 euros) et d’un établissement financier du groupe de distribution Carrefour (4600 euros). Les époux Ngangue pensent qu’un troisième crédit existerait, mais n’en ont aucun détail.

C’est lors d’un banal incident bancaire que Mme Ngangue découvre qu’un inconnu utilisé son nom, pour emprunter beaucoup d’argent. En février dernier, elle demande à sa banque, le Crédit industriel commercial (CIC) où elle détient un compte depuis de nombreuses années, de lui fournir un chéquier. Mais elle se voit opposer un refus catégorique. Motif: un incident de payement a été enregistré sur son compte et bloque toute délivrance chéquier par l’établissement bancaire.

En France, seule la Banque de France qui dans son rôle de Banque centrale garantit la sécurité des moyens de payement est habilitée à prendre une telle décision. Elle est également la seule à pouvoir renseigner un usager sur l’origine d’un incident affectant le fonctionnement de son compte.

Les époux Ngangue n’ont donc pas d’autres choix que de saisir cette haute institution monétaire et financières. Laquelle leur révèle l’existence de deux crédits, dont les échéances de remboursement ne sont plus honorées.

La Banque de France peut leur dévoiler aussi les identités des deux banques détentrices des créances litigieuses. Mais pour ce qui est des sommes réclamées, elle leur conseille de se rapprocher de ces établissements.

Les Ngangue prennent donc la direction de la Société générale et de Carrefour, où ils apprennent qu’effectivement des crédits qui se montent à près de 25000 euros ont été contractés au nom de l’épouse.

« Cela a été très dur à encaisser pour mon époux et moi. Nous vivons sobrement et n’avons pas pour habitude d’emprunter de l’argent », assure la jeune femme. « Bien que choqués par cette situation totalement absurde, nous avons quand même pu remarqué que les crédits avaient contractés sous mon nom de jeune fille. Or il se trouve que depuis mon mariage à la fin de l’année 2008, je porte uniquement le nom de mon époux », observe-t-elle.

C’est ce détail qui les met sur la piste de Nadia Ewandè. En novembre 2008, le couple avait accueilli chez eux la chanteuse qui se disait alors malade. Elle y est restée pendant trois ans. Période pendant laquelle, ne possédant pas de titre de séjour, elle a bénéficié de l’aide médicale d’État (EME), une prestation sociale qui permet aux étrangers en situation irrégulière de se soigner gratuitement.

Or pour bénéficier de cette prestation, le demandeur doit prouver qu’il est bien domicilié en France. Pour cela, il doit fournir les papiers d’identité de celui qui l’héberge, en plus d’une preuve de domicile au nom du même hôte, par exemple une quittance d’électricité ou une facture de téléphone fixe.

Nadia Ewandè qui a obtenu l’AME lors de son séjour chez les Ngangue a-t-elle profité du temps de la procédure pour établir frauduleusement un double des pièces que Mme Ngangue lui avait fournies? La plaignante et son époux envisagent sérieusement cette hypothèse. Ils en veulent comme indice de preuve l’usage du nom de jeune fille de Mme Ngangue sur les documents bancaires frauduleux, alors que depuis son mariage, tous ses papiers officiels, y compris sa carte d’identité, portent le patronyme de son époux.

Si cette hypothèse s’avère vraie, Nadia Ewandè a pu ensuite trouver du travail et justifier suffisamment de revenus pour emprunter de l’argent auprès des banques. Lorsqu’elle a rempli les documents de crédit, elle a pu indiqué une adresse différente de celle du couple Ngangue. Les documents bancaires obtenus par Mme Ngangue et son époux situent cette adresse à Maison-Alfort, dans la banlieue parisienne. Nadia Ewandè a ainsi pu éviter que ses bienfaiteurs ne tombent sur ses correspondances avec ses créanciers.

« Je ne peux absolument pas avoir emprunté tout cet argent. Je suis marié sous le régime de la communauté des biens. Si je prend un crédit bancaire, mon époux doit donner son accord puisque cela l’engage aussi », explique Mme Ngangue.

Dans un premier temps, Nadia Ewandè aurait honoré les échéances des dettes. Puis elle a cessé de payer, d’où le déclenchement de la procédure d’incident par la Banque de France.

Interpellée par les époux Ngangue, elle aurait reconnu les faits. « Nous avons organisé des rencontres avec elle. Elle a promis qu’elle rembourserait tout l’argent réclamé par les banques. Mais nous constatons qu’elle ne l’a pas fait », se plaint Mme Ngangue.

La jeune femme dispose d’un document prouvant que Nadia Ewandè, qui évolue désormais sous sa vraie identité a bien déposé le 30 mars un chèque de 522 euros sur le compte qu’elle avait ouvert à Carrefour Banque, sous le nom usurpé de Mme Ngangue.

Lorsque Camer.be a contacté la chanteuse par téléphone, elle a feint d’ignorer les faits. « A ma connaissance, je n’ai aucun problème avec ces gens Ce sont les gens qui m’ont accueilli lorsque je me suis installée en France. M. Ngangue est mon cousin. S’il y avait un problème entre nous, nous l’aurions géré en famille », a-t-elle réagi. Et de poursuivre, feignant la surprise et criant au complot: « Peut-être veut-on me nuire à la veille de la sortie de mon nouvel album? ».

Ne souhaitant pas s’étendre plus longuement par téléphone, Nadia Ewandè a donné rendez-vous à Camer.be à la Porte de Vanves à Paris, le lundi 26 octobre. Cependant, la veille, elle a annulé la rencontre en nous envoyant ce texto;

« C’est pas la peine de vous déplacer demain matin. J’avais déjà un autre rdv ».

Lorsque Camer.be l’a relancé, elle a laissé entendre qu’elle ne souhaitait plus parler de l’affaire, et qu’elle fera contacter le site par son avocat. Lequel ne s’est jamais manifesté.

Pour Mme Ngangue qui demeure fichée à la Banque de France, le calvaire se poursuit.