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Fortune de Biya : Ahmadou Séhou, « Le passage au séminaire n’est pas une garantie de distance avec les biens matériels »

Fortune de Biya : Ahmadou Séhou, « Le passage au séminaire n’est pas une garantie de distance avec les biens matériels »

Il y a tout d’abord quelques constats à faire en rapport avec ce classement de richestlifestyle qui place le Président Biya parmi les dix plus riches chefs d’Etat en Afrique, en lui octroyant particulièrement la cinquième place avec une fortune personnelle estimée de 100 milliards. Tout d’abord il y a une prédominance de l’Afrique centrale avec l’Angola, la Guinée équatoriale, le Tchad et le Cameroun. En plus, il semble exister une corrélation entre les systèmes politiques en place et l’enrichissement supposé des dirigeants, d’où la sempiternelle question de gouvernance dans les régimes autocratiques monarchisants et à alternance bloquée.

Les pays cités se trouvent dans la zone du continent où la démocratie a très peu avancé et où les présidents capitalisent plusieurs décennies d’exercice du pouvoir, 34 ans pour Dos Santos et 32 ans pour Biya. S’agissant spécifiquement de ce dernier, il faut dire qu’il est difficile d’établir une relation directe entre son passage au séminaire et l’image qu’il renvoie de lui en termes d’humilité ou de crainte de Dieu, appréciations somme toutes subjectives et très relatives. On peut relever que plusieurs personnalités prises dans les serres de l’Epervier revendiquent ce même parcours.

Le passage au séminaire n’est pas une garantie de distance avec les biens matériels. Ce qu’on peut reconnaitre au Président Biya, c’est cette grande discrétion et cette absence d’affichage tapageur en ce qui concerne sa fortune personnelle. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existe pas, surtout après trente-deux années d’exercice du pouvoir dans un contexte d’opacité où la reddition des comptes est la chose la moins partagée, et où la frontière entre les biens de l’Etat et les biens personnels n’est pas établie au niveau de nos gouvernants.

Les dépenses somptuaires dénoncées pour ses vacances dispendieuses à l’extérieur ne peuvent pas être considérées comme étant tirées de sa poche personnelle, surtout que les dispositions règlementaires font supporter les vacances des personnels de l’Etat par la fortune publique. Elles proviennent certainement des caisses de l’Etat, ce qui les rend encore plus dommageables pour le budget national, et assez indécentes vis-à-vis du contribuable et des plus démunis, si les chiffres avancés s’avéraient exacts.


Il y a une ambivalence dans l’image que renvoie le Président Biya. D’une part, une personnalité et sa famille qui rechignent à l’affichage ostentatoire en ce qui concerne ses affaires privées et d’autre part cette volonté de démontrer une certaine magnanimité empreinte de grandiloquence, amplifiée par ses thuriféraires dans les médias pour ramener à sa générosité personnelle tous les actes posés au nom de l’Etat et sur les fonds de l’Etat. Pendant qu’on essaye de nous convaincre de sa modestie et de son humilité, on pose des actes qui renvoient au culte de la personnalité à outrance.

Il en est de même de la scénarisation de ses sorties officielles avec des cortèges démesurés, des blocages des routes et un dispositif sécuritaire hollywoodien, contrastant avec les images d’un pays en paix et d’un culte de la paix érigé en doctrine nationale. Par ailleurs, il faut dire que les gouvernés n’ont pas eu assez d’occasions pour éprouver son humilité durant ces trente-deux ans de règne. Tant ses apparitions publiques et ses descentes au contact des citoyens ont été assez rares, réduites au strict minimum.

Il est difficile de parler du niveau de la fortune personnelle du Président Biya. Autant on peut lui reconnaître légitimement la propriété de quelques biens après cinquante deux ans dans les plus hautes sphères de l’Etat, car c’est depuis 1962 qu’il est entré à la Présidence, autant il est difficile à ses défenseurs de le laver de tout soupçon d’enrichissement dans le contexte actuel. Il aurait pu, en accord avec les dispositions de l’article 66 de la constitution, mettre un terme à toutes ces supputations, en déclarant ses biens. Personne ne peut présumer de la fin de son règne ! Certes il y a l’âge du Président qui est assez avancé, mais son septennat en cours ne finira qu’en octobre 2018 et rien n’indique qu’il ne prolongera pas son bail tant qu’il sera en possession de ses moyens. Juger du comportement d’une personnalité de cette envergure, qui a dirigé pendant plusieurs décennies, ne peut qu’être subjectif. Pour ceux qui ont bénéficié des libéralités de son règne, il ne peut qu’avoir été un bon président ; pour la majorité de Camerounais, il aurait pu être plus actif, plus réactif, plus présent à l’intérieur et à l’extérieur, plus attentif aux préoccupations de son peuple et plus proche de ses difficultés.

 

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