FECAFOOT : LA FIFA EN SUZERAIN RÉUSSIT SON HOLD- UP AU CAMEROUN

Un adage camerounais dit que «les cinq doigts de la main n’ont pas la même taille». Moralité : les entités ne se valent pas, qu’importe leur appartenance à un ensemble commun. Le cas échéant, la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) a une importance plus considérée aux yeux des pouvoirs publics camerounais, que n’importe laquelle parmi la quarantaine de fédérations que compte le pays
Du Cameroun : Yannick.Kenné

Une lapalissade que tente de nier le Président de la République, qui n’a souvent de cesse de fredonner dans ses discours «qu’il n’y a pas de  sport majeur, ni de sport mineur, encore moins de sport réservé». Paul Biya se perd en conjecture à expliquer que le football, sport-roi au Cameroun, loge à la même enseigne que les autres disciplines. Que nenni ! La vérité est tout autre, et l’actualité prégnante du sport camerounais tort le cou à cette thèse bancale.

Contre vents et marées

A cause de ce football là, le Cameroun s’est senti contraint de modifier sa loi nationale sur le sport, votée il y a sept ans, le 15 juillet 2011. Laquelle régentait l’ensemble du mouvement sportif camerounais. En dépit d’une levée de boucliers de quelques députés de l’opposition –minoritaires hélas-, visant à «renvoyer le projet de loi en seconde lecture» au Gouvernement car jugé nocif pour le sport camerounais, le projet de loi n°1033/PJL/AN, portant organisation et promotion des activités physiques et sportives au Cameroun, a été adopté contre vents et marées mardi dernier à l’Assemblée nationale, avec le concours de l’écrasante majorité des députés du parti au pouvoir.

En filigrane, il s’est agi de satisfaire aux injonctions de la Fifa, dans sa posture de puissant suzerain intransigeant avec son vassal (Fecafoot), sommé d’achever sa corvée avant de prétendre à se départir de son joug. La Fecafoot, seule interlocutrice de la Fifa auprès de l’Etat du Cameroun, a œuvré en coulisses pour obtenir cette modification de la loi de 2011, aux dépens des autres fédérations sportives, dont les dirigeants n’ont aucunement été associés, ni de près comme de loin, à cette basse manœuvre de l’instance faîtière du football mondial. Laquelle sous-tendait toute idée d’adoption des statuts de la Fecafoot, et l’enclenchement du processus électoral, à l’adoption de ladite loi. Condition sine qua none pour désigner un nouvel exécutif à la tête de la fédé, d’ici avant la fin du bail du Comité de normalisation au 31 août 2018.

Au nom de la CAN 2019…

L’on s’acheminerait donc vers la fin d’une crise qui secoue le football camerounais depuis juillet 2013, si tant est que la Fifa a enfin réussi, avec la complicité des dirigeants du comité de normalisation de la Fecafoot, à avoir la mainmise sur la loi sur le sport qui lui échappait depuis quelques années. Un sacré hold-up adoubé en dernier ressort par un Etat poltron, prêt à toutes concessions –même les plus déshonorantes qui dévoient la souveraineté du pays-, pour préserver sa Coupe d’Afrique des nations, «Cameroun 2019». Car une quelconque objection pourrait exposer le pays à une sanction, ou pire, à une suspension du Cameroun par la Fifa. Laquelle induirait systématiquement le retrait de la CAN 2019 au pays de Roger Milla, et donnerait à nouveau du grain à moudre à la CAF, pour se tourner vers un autre pays hôte. Le Maroc n’ayant pas totalement abandonné le projet.