Eyebe Ayissi, Essimi Menye et Ndong Soumhet doivent-ils rester au gouvernement ?

Eyebe Ayissi, Essimi Menye et Ndong Soumhet doivent-ils rester au gouvernement ?

Les auteurs de «l’Appel de la Lékié» n’ont toujours pas fait amende honorable.

La réaction prompte de l’élite de la région du Sud, le 05 septembre 2014, après l’étonnante gaffe d’Henri Eyebe Ayissi qui a accusé, au nom de toute la Lékié, les régions septentrionales de fomenter une rébellion visant à déstabiliser les institutions républicaines en se cachant derrière la secte islamiste Boko Haram, a recentré le débat. Celle-ci a montré que non seulement la tentative de l’artificier en chef, ministre délégué à la Présidence en charge du Contrôle supérieur de l’Etat, de dynamiter l’unité nationale était l’une des plus grosses fautes politiques de ces dernières années, mais qu’elle ne pouvait guère être assimilée à une initiative collective du «Grand Sud».

Autrement dit, Henri Eyebe Ayissi et ses acolytes ne représentent qu’eux-mêmes. Ou à tout le moins ne sont confinés qu’à la seule Lékié.

LÂCHAGE

Ce même 5 septembre 2014, le gouvernement, par la voix de son porte-parole, Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication, prenait ses distances avec l’aventure haineuse de l’ancien patron de la diplomatie camerounaise et de ses comparses de la «rwandisation». «Au moment où l’étau se resserre de plus en plus autour de l’ennemi, certaines voix, animées d’intentions malveillantes, choisissent de faire croire que les exactions de Boko Haram contre le Cameroun sont en réalité la manifestation d’une rébellion interne à notre pays. Je voudrais condamner sans équivoque, avec la plus grande fermeté, de telles allégations infondées et irresponsables, qui sont susceptibles de semer le trouble dans des esprits fragiles», a indiqué Issa Tchiroma Bakary.

Il ne reste plus que le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), qui n’a pas toujours fait oeuvre de salubrité publique en condamnant clairement l’initiative malheureuse prise aussi en son nom par le ministre Henri Eyebe Ayissi et ses compagnons. Puisque c’est un séminaire des militants du parti au pouvoir qui a servi de prétexte à la rédaction de ce discours célèbrant la stigmatisation du «Grand Nord».

Lâché de toutes parts, et davantage par ses frères dont il affirmait pourtant être le portevoix, le ministre Henri Eyebe Ayissi et les siens devraient subir prochainement une fronde à la chambre basse du Parlement. En effet, selon nos informations, un groupe de députés du parti au pouvoir a engagé une concertation visant à former une large coalition des élus de tout bord, pour demander des explications au gouvernement au sujet de la démarche politique d’Henri Eyebe Ayissi, Essimi Menye, Benoît Ndong Soumhet et compagnie.

«Quel que puisse être le sort qui leur sera réservé entre temps, nous allons poser la question de confiance au gouvernement, pour savoir s’il est toujours pour la paix et l’unité ou s’il milite désormais pour la division et le désordre », explique un député. Quant au président du groupe parlementaire Rdpc à l’Assemblée nationale, Jean Bernard Ndongo Essomba, ses camarades originaires des régions septentrionales demandent ni plus ni moins que sa démission. «Il n’est plus crédible. Il a clairement affiché au grand jour son mépris de l’unité, de la paix.

Il ne peut plus nous représenter. Et si notre formation politique défend les idéaux de paix, de concorde et d’unité comme nous le prônons au quotidien au nom de notre Président, alors il n’a plus sa place parmi nous», lâche un député.

LIMOGEAGE

Il reste que désavouer publiquement «l’Appel de la Lékié» comme vient de le faire le gouvernement à travers son porte parole Issa Tchiroma Bakary, est un premier pas salué par nombre d’acteurs politiques et par une frange importante de la population. Mais beaucoup attendent encore des sanctions politiques concrètes pour qu’elles fassent tâche d’huile dans le landernau politique. «Plusieurs jours après avoir distillé leur venin de la haine et de la division, ils n’ont toujours pas présenté des excuses publiques. Malgré une position indéfendable, insoutenable, ils continuent de collecter des signatures comme autant d’adhérents à une idée qu’ils veulent populaire. Cela veut dire qu’ils assument l’acte posé et mettent donc au défi la République», constate Palou Hervé, opérateur économique à Ngaoundéré.

En d’autres termes, le maintien de certains ministres au gouvernement irait à l’encontre de la position officiel du gouvernement. Il est vrai que l’on ne peut prêcher la haine et la division et appartenir à un gouvernement de paix et d’unité. C’est cette contradiction que le chef de l’Etat, Paul Biya, est appelé à clarifier à moins qu’il ne choisisse de slalomer entre la paix et le désordre. Logiquement, les coupables lui auraient facilité la tâche en présentant eux-mêmes leur démission, tirant ainsi toutes les conséquences de leur isolement sur le champ politique. Mais puisqu’il est impossible d’attendre d’eux un acte d’une telle bravoure, le président de la République, garant de l’unité de la nation, au nom de la paix et de l’unité, doit prendre toutes ses responsabilités

 

 

camernews-Benoit-Ndong

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