Eau en sachet : La mort a vil prix

Ce produit dangereux pour la santé est vendu dans tous les coins de rue de la ville de Yaoundé.

Le 20 mai dernier, les vendeurs d’eau en sachet ont pris d’assaut le boulevard du 20 mai de la ville de Yaoundé, dès les premières lueurs du jour. Ils ont chacun un sceau sur la tête. Ce récipient contient un ballot d’eau en sachet qu’une boule de glace contribue à rafraichir. Pas besoin de crier à tue-tête pour se faire remarquer. Le temps qu’il fait est favorable à l’activité. 50 Fcfa, c’est la somme qu’il faut débourser pour étancher sa soif. «Donne-moi un sachet d’eau», peut-on entendre çà et là.

Au fil des heures, les sceaux des uns et des autres se vident, ils sont très vite ravitaillés par un grossiste installé non loin de la boulangerie Acropole. Si les vendeurs d’eau en sachet ont su saisir l’occasion de la fête de l’unité pour faire recette, l’activité de vente de ces sachets se porte bien dans la ville de Yaoundé.

Au marché Mokolo comme au Marché central, les sachets d’eau trouvent preneurs. «Je peux vendre quatre voire cinq ballots de sachets par jour», affirme un commerçant au Marché central. C’est dire que le commerce nourrit son homme. Bonheur, Cristalline, Cristal water, Sawawa, Bosvi, Golden, Royal, Aquavita, Yassa, Onil, Aquaba, Africa pure water, Sweet water, Geca…Toutes ces marques sont proposées aux populations qui arrivent à avoir l’embarras du choix.

Danger

Même si elle permet à certains de survivre, la vente d’eau en sachet est illégale. Le 25 mars 2011, le préfet du Mfoundi, Jean Claude Tsila, signait une décision interdisant la vente d’eau en sachet dans sa zone de compétence. L’épidémie de choléra frappait alors dangereusement certaines zones du pays. Dans la même veine, le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda avait déclaré impropre la consommation d’eau en sachet après une étude de l’Institut Pasteur de Yaoundé sur la qualité de l’eau en sachet. Cette étude avait révélé que cette eau contenait des matières fécales. Du côté de l’Agence des normes et de la qualité (Anor) l’on maintient que ces eaux ne devraient pas être consommées. «Les risques sont chimiques, physiques et microbiologiques», explique le directeur de la certification de cette agence. Ce dernier rappelle que «exposé à une certaine température, les molécules du contenant vont migrer vers le contenu. Il y a également la présence des particules physiques telles que de la poussière, les conditions d’hygiène sont également à questionner dans le processus d’ensachement de ces eaux», explique Jean Blaise Mani.

Le principal problème de cette eau reste prioritairement le contenant, car «même s’il arrivait que l’eau qu’on commercialise en sachets soit de bonne qualité, elle se dégraderait au fil du temps à cause de la migration des molécules», explique le directeur de la certification.