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DROIT DE POURSUITE CONTRE LES DJIHADISTES NIGERIANS : QUAND GOODLUCK FAIT LE JEU DE BOKO HARAM

DROIT DE POURSUITE CONTRE LES DJIHADISTES NIGERIANS : QUAND GOODLUCK FAIT LE JEU DE BOKO HARAM

Depuis l’entrée en guerre des pays voisins du Nigeria contre Boko Haram, la donne est en train de changer sur le terrain. Naguère omnipotente, la secte islamiste est aujourd’hui traquée de toutes parts et subit de lourdes pertes dans ses rangs, en même temps qu’elle perd des territoires qu’elle avait conquis. C’est le cas avec l’armée tchadienne qui a remporté plusieurs batailles devant les islamistes qu’elle traque jusqu’en territoire nigérian. Récemment, elle a même repris le contrôle de la ville de Dikwa dans le nord-est du Nigeria, qui était occupée par les djihadistes.

Mais si l’armée tchadienne a une telle liberté de déploiement de ses troupes face à Boko Haram, il n’en est pas de même pour les autres pays engagés dans cette guerre, notamment le Cameroun qui ne bénéficie pas du « droit de poursuite » contre les éléments de la secte en territoire nigérian. Si fait que les soldats camerounais restent bloqués à leur frontière, sans pouvoir aller plus en avant. Cette situation n’est pas sans conséquence sur leur action, étant donné qu’elle limite considérablement leur marge de manœuvre dans la traque des insurgés. D’autant plus que le Nigeria devient, à ce moment, comme une sorte de base-arrière où ces derniers peuvent replier, se réorganiser et revenir à la charge. Et pour ne rien arranger, du côté nigérian, l’on ne sent pas le même engagement ni la même détermination à en découdre avec les troupes d’Abubakar Shekau.

Il est impératif de trouver une alternative

Vue sous cet angle, l’attitude des autorités nigérianes paraît incompréhensible, car elle sert plus les intérêts des insurgés. Même si elle peut s’expliquer par le vieux contentieux de la presqu’île de Bakassi, cet eldorado pétrolier d’environ mille kilomètres carrés à la frontière des deux pays, que se disputent depuis longtemps Abuja et Yaoundé.  De toute évidence, bien que ce contentieux ait été techniquement réglé par la Cour internationale de justice de la Haye en faveur du Cameroun, dans les cœurs, les ressentiments semblent persister.

Toutefois,  Abuja gagnerait à reconsidérer sa position si c’était le cas,  compte tenu de l’enjeu du moment qui voit une mobilisation régionale contre cette pieuvre  terroriste dont les tentacules se déploient  jusqu’au Cameroun. Autrement, consciemment ou inconsciemment, Goodluck continuera de faire le jeu de Boko Haram.  Car, ses réticences peuvent traduire une certaine méfiance vis-à-vis de son voisin. Mais elles pourraient aussi impacter négativement la lutte contre la secte, en freinant l’élan des troupes camerounaises, voire nigériennes.

Or, l’heure est grave et aucune mesure ne serait de trop, surtout au moment où Boko Haram semble de plus en plus acculé.  C’est  pourquoi les Nations unies souhaitent que la force multinationale qui se met en place soit dotée d’un droit de poursuite en territoire nigérian. Une résolution sera même examinée en avril pour que cette force reçoive un soutien financier et logistique de l’ONU. Au demeurant, sans l’intervention des troupes des pays voisins, il est presque certain que Boko Haram aurait considérablement étendu son influence sur tous les territoires qu’elle convoitait, tant l’armée nigériane pesait comme un fétu de paille devant elle.

C’est pourquoi pour ne pas faire le travail à moitié, il est impératif de trouver une alternative pour donner une plus grande marge de manœuvre à toutes les troupes engagées dans ce combat commun, pour traquer la secte jusque dans ses derniers retranchements. Tout le monde y gagnerait, à commencer par le Nigeria qui subit le plus les exactions de ces illuminés.  Mais, sans doute que pour des raisons politiciennes et électoralistes, Goodluck lui-même n’a pas intérêt à ce que le problème Boko Haram se résolve tout de suite, ce qui priverait à coup sûr son challenger, le général Buhari, d’un électorat important  dans la région Nord, majoritairement islamique, et favorable à ce dernier.

En attendant, c’est Boko Haram qui boit son petit lait.

 

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