Crise humanitaire dans le Noso : l’aveu d’échec de Paul Biya

Dans son discours, dont la teneur faisait déjà l’objet de nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux, le président de la République a été incapable de faire le bilan de son action humanitaire dans ces régions du pays.

L’allocution présidentielle d’avant hier mardi 10 septembre, intervient alors que la grogne sociale enfle dans le pays, notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et au moment où l’Onu par le d’une « urgence » à accroître l’aide humanitaire et à la financer.

«Au plan humanitaire, j’ai décidé du lancement d’une vaste plan d’assistance à nos compatriotes éprouvés des régions Nord-Ouest et du Sud-Ouest», précise Paul Biya dans son discours. Il poursuit d’ailleurs en indiquant qu’il «créé un Centre de coordination humanitaire chargé de mettre le dit plan en œuvre».

Selon le secrétaire général adjoint de l’Onu pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, lors d’une réunion informelle inédite du Conseil de sécurité sur le Cameroun, « un Camerounais sur six a besoin d’aide humanitaire, de protection », soit 4,3 millions de personnes, notamment des enfants et des femmes. « Huitrégions sur les dix du pays sont touchées par la crise humanitaire », avait-il ajouté.

Aujourd’hui, l’Onu estime à « 500 000 personnes sont des déplacés internes, la plupart restant cachées dans des forêts » et « plus de 600 000 enfants privés d’éducation » dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Selon le centre d’analyses géopolitiques International Crisis Group, en vingt mois le conflit a fait pas moins de 1850 morts. Le Nigeria accueille plus de 35 000 réfugiés, pour la plupart des femmes et des enfants.

Bilan négatif

Si le discours du 10 septembre du chef de l’Etat paraissait être l’espoir de la dernière chance, il n’en est rien. Il s’agit en fait d’un énième discours du genre prononcé par Paul Biya ces dernières années. À chaque fois, un catalogue de projections dont le gouvernement est incapable d’assurer.

Dans son discours, l’on se serait attendu à ce que le chef de l’Etat fasse le bilan du plan d’assistance humanitaire d’urgence qu’il a créé pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Cet organe qui est placé sous la coordination du ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait un budget prévisionnel était de 12,7 milliards de FCFA.

En somme, Paul Biya n’a finalement rien dit sur les victimes (déplacés internes, orphelins, blessés, handicapés, personnes victimes de destruction de biens) prises en charge par le centre de coordination de l’action humanitaire. Pendant ce temps, les bandes armées séparatistes continuent de dicter leurs lois et menacent d’opérer une scission du pays.

Et la situation ne semble guère changer si l’on se fie aux déclarations officieuses d’un homme d’église, réputé critique envers le gouvernement, évoquant les intentions du régime de Yaoundé : « le gouvernement est obsédé par l’option militaire et par la création des commissions inutiles, il ne veut surtout rien résoudre».